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Depuis le 17 Mars 2009, les acteurs politiques membres des associations et organisations du Mouvement Démocratique sont à pied d’oeuvre dans l’organisation d’activités multiples en vue de perpétuer la mémoire des martyrs.

Toutes ces activités : dépôt de gerbe de fleurs au Carré des Martyrs, au Monument Cabral, conférences-débats entre autres, participent de cette dynamique de souvenir de Abdoul Karim Camara dit Cabral, leader estudiantin, ses compagnons de lutte et tous ceux et toutes celles qui ont payé de leur vie pour l’ouverture démocratique au Mali.


L’insatisfaction de certains participants

La conférence-débats animée par le Pr Abdoul Traoré dit Diop, président de l’Association pour la Démocratie et la Justice (ADJ), une association politique dont l’objectif est de redorer le blason des partis politiques, face aux candidatures indépendantes, a donné lieu à beaucoup de gymnastiques de la part de certains acteurs politiques qui avaient du mal à parler le même langage, malgré qu’ils étaient là pour redynamiser les associations et organisations du Mouvement Démocratique.

C’était le dimanche 22 Mars au stade municipal de Djélibougou, en Commune I du District de Bamako. Au nombre des participants, en plus du Pr Abdoul Traoré dit Diop, on pouvait noter la présence remarquée de: Ousmane Sy, Victor SY, Moustaphe Soumaré, PPR, du représentant du Pr Ali Nouhoum Diallo, de l’Adéma association, du CNID, de l’URD, entre autres.

Le stade municipal de Djélibougou avait été pris d’assaut par une foule nombreuse, mais au milieu des débats, certains ont exprimé leur impatience, estimant que leurs attentes n’avaient pas été comblées. Ils ont regretté de retourner à la maison sans avoir satisfaction.

Il fallait être présent à ces débats pour constater les incompréhensions et les mises au point qui les ont émaillé. Finalement on s’est demandé à quel niveau il fallait situer les responsabilités des déroutes des partis politiques, notamment ceux issus du Mouvement démocratique.


Entre passions et regrets

Moment de souvenir, en même temps de bilan du parcours et de projections pour le futur, la célébration de la semaine des martyrs se révèle parfois un moment de passions, de regrets, d’accusations, mais aussi de repentir pour ceux qui prennent part aux activités, chacun allant avec ses satisfactions ou ses desiderata.

Le plus important, ce n’est pas de s’entre accuser, mais de saluer la mémoire de ceux qui ont consenti le sacrifice ultime pour des idéaux précis et dont on est loin aujourd’hui de traduire dans les faits dans plusieurs domaines de la vie socio-économique.

Dans ce processus, malheureusement, peu d’acteurs politiques se montrent sincères dans leurs propos et prises de position. Certains, de bonne foi, croient à la nécessité de dire la vérité à la postérité.

D’autres, malheureusement, ont opté de mettre leur talent, leur intelligence et leur énergie au service de la désinformation afin de pouvoir dérouter les générations montantes qui ont besoin aujourd’hui, plus que jamais, de savoir la vérité.

Une chose est sûre, c’est que les gens de bonne fois ne laisseront pas faire. Ceux qui parlent aujourd’hui au nom du Mouvement Démocratique pour avoir évolué dans le cadre des associations et organisations démocratiques ont-ils aujourd’hui tous la conscience tranquille?

Ont-ils tous bien fait après l’ouverture démocratique? Ont-ils tous travaillé en ayant à l’esprit la mémoire des martyrs, la sauvegarde de leurs idéaux? Rien n’est moins sûr que cela.


Des accusations à partir de la gestion des affaires publiques

Certains actes posés de l’ouverture démocratique à ce jour le démontrent. En effet, l’ouverture démocratique, l’affirmation des libertés individuelles et collectives, le pluralisme politiques étaient les ambitions premières de la lutte des forces vives de le nation contre le régime de Moussa Traoré.

Mais ces éléments si essentiels n’étaient pas une fin en soi. Le changement prôné concernait une nouvelle gestion des affaires publiques en vue de l’amélioration des conditions de vie, d’études, de santé et de travail. C’est à ce niveau qu’il y a problèmes et c’est là aussi que certains ne disent pas la vérité.

Malgré les acrobaties des uns et des autres, force est de constater que les lacunes et insuffisances dans la gestion des affaires publiques de l’ouverture démocratique à ce jour n’a pas été des lus reluisantes.

De la fuite de responsabilité

C’est pourquoi, à chaque anniversaire du 17 et du 26 Mars, des acteurs politiques accablent d’autres, si bien qu’on a souvent l’impression que certains avaient quitté le pays depuis la victoire populaire contre le régime de Moussa Traoré.

Pourtant, paradoxalement, il s’agit de ceux qui, pour la plupart, ont pris une part active à la gestion des affaires publiques pendant les dix années du règne de l’Adéma. On se rappelle qu’il a même fallu créer des ministères afin de pourvoir certains en portefeuilles ministériels.

Dès fois, il s’agissait de départements dont la création avait été jugée superflue par nombre de Maliens. Mais, certains avec l’ambition d’avoir des porte feuilles ministériels se sont alors frottés les mains pour cette aubaine. Par la suite, ledit département a été supprimé comme il fallait s’y attendre. Peut-on affirmer qu’à l’époque ils étaient soucieux de la bonne gouvernance? De l’utilisation rationnelle des ressources de l’Etat? Loin s’en faut.

Les intérêts individuels au détriment de l’intérêt collectif

Pour ceux-ci, la gestion des affaires publiques était peu reprochable, étant donné qu’ils tiraient personnellement profit de cette situation. Il n’est pas du tout surprenant que ces mêmes acteurs politiques montent au créneau aujourd’hui pour critiquer et mettre en cause la gestion actuelle des affaires publiques.

Ils pourraient être considérés comme des complices du pouvoir d’alors dans tout ce qu’il y a eu comme déroutes dans la gestion des affaires publique, consécutivement auxquelles des questions d’intérêt national, à force de ne pas être bien gérées pendant une décennie, se sont plutôt compliquées davantage.

Pendant la même période, n’a-t-on pas dit qu’il y a eu des nouveaux riches, des milliardaires? Comment se sont-ils enrichis, quand on sait que quelques années auparavant certains étaient de célèbres inconnus, d’autres n’avaient pas autant de moyens financiers?


Une mauvaise compréhension de la démocratie

La démocratie est très mal perçue par certains, d’autres et ils sont les plus nombreux au sein de la classe politique, ne raisonnent qu’en terme de promotion dans la haute sphère d l’administration. Pendant qu’ils sont là, tout est considéré comme bien, mais dès lors qu’ils se sentent écartés, ils alimentent la contestation, voire la négation de tout.

La démocratie malienne souffre de la cupidité et du mercantilisme de certains qui auraient pu nous éviter la situation que nous vivons en ce moment. C’est pourquoi, à l’occasion de chaque anniversaire du 26 Mars certains crient à la trahison. Mais dans tout cela, que peuvent dire ceux qui ont participé à la gestion des affaires publiques pendant près d’une décennie? N’ont-il pas donné la preuve de leur incompétence à conduire le pays de manière à combler les attentes des populations?

La démocratie malienne souffre surtout des facilités avec lesquelles des acteurs politiques veulent par tous les moyens réussir dans la vie à partir de la politique. Les intérêts individuels ou de groupuscules ont eu raison de la cohésion de la plupart des partis dont la crédibilité a été progressivement entamée.

Ansi, il ressort que la mauvaise gestion des partis et les promesses non tenues de certains acteurs politiques ont poussé les électeurs vers les indépendants qui ont été la cible de certains conférenciers lors de cette rencontre. Il faudra beaucoup d’intelligence et de persévérance pour redorer le blason des partis politiques dont la vocation première est la conquête du pouvoir.

L’ADJ a-t-elle les compétences et l’énergie nécessaires pour accomplir efficacement cette mission qui tient à coeur à ses animateurs? C’est le temps qui nous en dira.


Moussa SOW

24 Mars 2009