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Malgré des petits problèmes ça ou là dans l’approvisionnement des semences et dans l’acheminement des engrais, les producteurs de riz sont décidés à atteindre l’objectif fixé par « l’Initiative riz » dans la région de Sikasso. Pour constater de visu cet engagement, une mission de la Primature a conduit, du 11 au 14 juillet, des journalistes sur le terrain.

Dans le but d’apporter une réponse structurelle à la crise céréalière généralisée et de mettre les populations à l’abri des soubresauts des marchés internationaux, le gouvernement Modibo Sidibé a décidé de mobiliser tous les atouts dont le pays dispose et les mettre en synergie dans une démarche volontariste à travers la mise en œuvre d’un plan d’opération dit « Initiative riz ».

« L’Initiative riz » entend accroître la productivité des différents systèmes de production par une intensification agricole basée sur la disponibilité de l’eau, l’approvisionnement correct en engrais et en semences, l’équipement des petits producteurs, la mécanisation… La production de riz attendue pour la campagne à venir est de 1 618 323 tonnes, soit une hausse de 50 % par rapport à la campagne précédente.

Pour constater le déroulement des travaux notamment l’approvisionnement en intrants (semences, engrais, équipements), une équipe de journaliste a sillonné du 11 au 14 juillet dernier des zones réputées dans la culture du riz notamment la variété Nerica, semée dans les champs de maïs, coton et pendant l’hivernage.

De Sélingué dans la zone Office de développement rural de Sélingué (ORDS), à Manicoura dans le Périmètre rizicole en passant par Niamala, Siembougou (Bougouni), la plaine des femmes à Niéna, N’tosso et Siguè (Sikasso), les hommes de médias ont touché du doigt les réalités du terrain en ce qui concerne l’opération « Initiative riz ».

Une descente dans les champs de riz avec les producteurs, les encadreurs, les responsables leur a permis d’avoir une idée claire de la situation de l’approvisionnement, l’acheminement et s’imprégner de l’état d’avancement de la culture.

Ce qui a été vu dans la zone ODRS est rassurant malgré les petites difficultés.

Les paysans rencontrés sont optimistes. « Nous sommes très heureux que le gouvernement ait pu prendre les mesures à la hauteur de la dimension par rapport à la situation que nous vivons.

En tout cas nous sommes avec eux dans cette opération qui entend donner un plus à la culture du riz dans le pays », indique Fodé Traoré, président de l’Union des sociétés coopératives de la zone ODRS. Bakary Togola, président de l’Apcam, est on ne peut plus clair : « Avec la subvention des intrants, nous allons pouvoir aller au-delà de ce que nous faisions ».

Mais, l’adhésion des populations à l’initiative n’est pas sans conséquence.

Contrairement à l’année dernière, les superficies emblavées ont doublé, voire triplé. Toutefois, que ce soit dans les zones de culture du riz « Nerica » à l’ODRS, à Manicoura, Niamala, dans les plaines de Niéna, Siembougou et N’tosso et Siguè, il a été constaté que la campagne agricole a démarré dans les délais.

Si certaines semences ont été repiquées il y a quelque 3 semaines, les journalistes ont pu constater que d’autres ont accusé un peu de retard et sont au stade des labours. « Cela est dû à l’installation tardive de la pluie », affirment la présidente de la Coopérative des femmes de Niéna et le chef de village de la Coopérative des femmes de N’tosso à Bougoula-Hameau.

Malgré ce léger retard pluviométrique par endroits, l’espoir est tout de même permis.

L’espoir de produire plus de céréales n’est-il pas conditionné à l’approvisionnement correct des semences et des engrais ? Toujours est-il que le gouvernement a subventionné l’engrais pour que le producteur paye le sac à 12 500 F CFA, mais aussi les semences.

C’est ainsi que dans toutes les zones visitées, il a été constaté qu’effectivement les engrais sont disponibles au prix fixé par l’Etat.

« Nous avons payé l’engrais à 12 500 le sac. Pour mes deux hectares de riz Nerica, j’ai exprimé un besoin de 6 sacs et tous m’ont été livrés », témoigne Yaya Bagayoko, producteur à Zantiébougou, ce que confirme le chef de zone d’exploitation du périmètre de Manikoura « un producteur recensé qui exprime son besoin d’engrais et de semences est fourni ».

Cependant, les difficultés d’approvisionnement en semence existent même si les producteurs ne se plaignent pas assez de l’acheminement des engrais. Les échanges avec les producteurs ont permis de comprendre que les problèmes posés dans l’approvisionnement du Nerica concernent les nouveaux producteurs qui ont adhéré à « l’Initiative riz ». Et qui ont fait une extension des superficies.

Sinon à voir de près, les anciens producteurs n’ont aucun problème avec les semences. Certains ont même fini par vendre le reste à d’autres. « Effectivement, c’est cette année que nous avons commencé avec le Nerica.

L’Initiative riz m’a conduit à faire une extension de mon champ. L’année dernière on a piqué 130 hectares et cette année nous avons ajouté 20 hectares, ce qui fait que nous avons des difficultés à repiquer tous les 20 ha rajoutés. Nous avons reçu 9 tonnes de semences avec Bakary Togola », souligne Mme Diallo Rokiatou Diallo, présidente de la Coopérative des femmes de Niéna Est.

Outre la solidarité entre producteurs, l’Etat, au-delà de la subvention, a distribué gratuitement des semences. Dans les périmètres de Manicoura, 45 tonnes de semences ont été données aux producteurs « L’ODRS m’a donné les semences à zéro franc. Je ne m’attendais pas à cela », affirme Nagoma Camara, producteur de la Coopérative « Benso » à Sansando Selefo.


3e campagne dans la zone ODRS

Pour le département de l’Agriculture, cette situation s’explique par le fait que la demande est plus élevée avec « l’Initiative riz ». « Des efforts ont été faits pour que tous reçoivent des semences cette année », assure Dr. Louis S. Kéita de la Cellule « Initiative riz ».

« Les quantités nécessaires disponibles n’étaient pas disponibles dans le pays ». Sur ce manque à gagner, le programme a déjà la solution. « Le reste des superficies seront programmées sur la campagne de la contre-saison », dit le directeur de l’ODRS, Ibrahima Siby.

Sur ce plan, l’ODRS a déjà pris des dispositions. Une 3e campagne dans le périmètre de Sélingué prévue sur 100 ha est retenue entre novembre et février en raison de l’intensification de la production agricole dans la zone.

Il a pour objectif d’absorber le manque à gagner dans la zone ODRS. « Par rapport au calendrier, il est bien possible de faire une expérimentation de 3e campagne. Les analyses, les observations ont été faites. Les paysans ont accepté de participer à cette activité intégrée dans l’Initiative riz à Sélingué », explique le chef appui conseil exploitation des périmètres de Manicoura et Sélingué, Gaoussou Mamari Traoré.

« L’Initiative riz », c’est aussi l’acheminement des engrais dans les zones de culture. Il a commencé seulement la semaine dernière.

Les engrais (urée, nyéleni) ont commencé à être livrés la semaine dernière. Des camions étaient en train de décharger les engrais au dépôt de Sélingué. « Sur les 1450 tonnes attendues, nous venons de décharger 280 et d’ici dimanche 14 juillet le reste sera sur place », selon Mama Koné, représentant du fournisseur qui achemine les engrais à partir de la Côte d’Ivoire.

Les paysans dont certains sont rentrés en possession de l’engrais le 13 juillet dernier, ont dit leur fierté à payer l’engrais à 12 500 F CFA le sac « Si ce n’était pas cette subvention de l’Etat, nous ne savions ce qu’on allait devenir. Les prix des engrais ne cessent de grimper. Ici, nous l’achetions à 20 000, voire 22 500 FCFA » Néanmoins, M. Bagayoko demande à l’Etat de continuer à toujours les approvisionner en intrants.

A Sélingué comme dans les autres zones visitées, l’objectif de « l’Initiative riz » sera atteint et même dépassé. A Niamala, M. Togola à l’image de beaucoup de producteurs du riz Nerica et autres ont pour certains doublé voire triplé la surface emblavée. Les 80 ha du président de l’Apcam ont dépassé les 160 tonnes. « J’attends une prévision de plus de 150 tonnes pour cette campagne de riz Nerica ».

Les femmes de Niéna n’entendent pas demeurer en reste. « Si nous avons l’engrais comme on le souhaite, nous allons produire 75 tonnes contre une vingtaine l’année dernière », promet Mme Diallo, Rokiatou Diallo.

Dans la zone ODRS, il est prévu 15 000 à 16 000 tonnes. « Le rendement dépend fortement de la fertilisation. Cette année avec la baisse du prix des engrais, la fertilisation sera à un niveau souhaitable », dit le DG de l’ODRS.

Pour mener à bien ce travail, l’encadrement a été mis à contribution afin de contrecarrer les éventuels problèmes. « Nous avons reçu des informations sur comment faire une bonne campagne agricole dans le cadre de l’Initiative riz. Il est vrai qu’avant nous cultivions cette variété. Mais il faut reconnaître que pour cette campagne nous avons reçu fréquemment la visite des techniciens », reconnaissent des producteurs à l’image de M. Bagayoko.

Une des questions qui peut porter atteinte à « l’Initiative riz » dans les zones visitées est la dotation des paysans en équipements agricoles. Il est attendu des batteuses et décortiqueuses dans les zones de production du Nerica.

Mais à la date d’aujourd’hui, aucune mention n’est faite de ses matériels que les paysans attendent beaucoup. « La culture du Nerica n’est pas facile surtout au moment du battage. Nous ne sommes pas encore à ce stade mais nous espérons beaucoup sur les matériels afin le travail soit bien et vite fait. L’immensité des surfaces l’exige ».


Amadou Sidibé

(envoyé spécial)

16 Juillet 2008