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Le Premier ministre, Oumar Tatam Ly, est à Bruxelles depuis le lundi soir pour participer à la deuxième réunion de suivi de la conférence des donateurs pour le développement du Mali ainsi qu’à réunion ministérielle sur le Sahel. Une vingtaine d’organisations internationales et régionales et plus d’une cinquantaine de pays participent à la réunion de Bruxelles. Cette rencontre intervient neuf mois après la conférence de la capitale belge et de l’Union européenne au cours de laquelle la communauté internationale s’était engagée à appuyer le redécollage post crise du Mali à hauteur de 1902 milliards de Fcfa.

Le Cadtm (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde), section Mali, dénonce cette aide qu’il qualifie d’imposture. L’un de ses membres, M. Nouhoum Kéïta, nous a fait parvenir une reflexion du Cadtm-Mali sur la deuxième réunion de suivi de la conférence des donateurs pour le développement du Mali qui se tient depuis hier à Bruxelles. Lisez.

Ce mercredi 5 février se tient à Bruxelles une nouvelle rencontre internationale des “donateurs” pour la reconstruction et le développement du Mali. L’objectif est d’assurer le suivi de l’ “aide” de 3,25 milliards d’euros annoncée en mai 2013 par 80 pays et les 28 organisations internationales.

Pour le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde, cette “aide” est une supercherie pour au moins trois raisons.

– Primo, elle est composée de nombreux prêts qui vont alourdir la dette malienne. A titre d’exemples, 36% de l’“aide” promise par la France constitue des prêts. Pour la Banque Africaine de Développement (Bad), la Banque mondiale et la Banque Islamique de Développement (Bid) ces prêts représentent respectivement 87 %, 78% et 88% de leurs contributions. Enfin, concernant la Banque Ouest Africaine de Développement (Boad) et le Fmi, leur “aide” est composée uniquement de prêts !

– Secundo, cette “aide” inclut des montants qui avaient déjà été annoncés avant la mutinerie du 22 mars 2012.

– Tertio, les conditions attachées à ces prêts violent la Souveraineté et le Droit au développement du peuple malien. En effet, pour obtenir l’intégralité du prêt de 46 millions de dollars du FMI, le gouvernement malien s’est engagé en décembre 2013 à mettre en œuvre un programme d’ajustement structurel pendant 3 ans (2014-2016) sous la supervision du Fmi qui en évaluera son application tous les 6 mois. Ce programme fait du remboursement de la dette extérieure du Mali la priorité absolue du nouveau Gouvernement. Pour pouvoir la rembourser, Il doit notamment améliorer le “climat des affaires” ; autrement dit privatiser, libéraliser les secteurs stratégiques comme l’Eau, l’Energie…

– Quarto, par imposition de la logique de Partenariat Public– Privé, il y a le risque que l’essentiel de ces fonds soit utilisé pour la promotion des entreprises étrangères partenaires des donateurs.

Pour Sékou Diarra (président de la Cad-Mali, une coalition représentant 103 organisations de la société civile malienne, membre du réseau Cadtm), “cette aide internationale est une imposture qui vise à maintenir le pays dans l’esclavage de la dette”.

La Cadtm exige :

– que l’aide soit composée uniquement de dons et qu’elle ne soit assortie d’aucune conditionnalité ;

– la suspension immédiate du paiement de la dette malienne et du programme conclu avec le FMI;

– l’annulation de toutes les dettes illégitimes du Mali. Seul un audit citoyen permettra d’établir la légitimité des prêts, processus déjà enclenché par la Cad-Mali;

– La mise en place par le Gouvernement malien d’un dispositif souverain de déblocage des 3,25 milliards d’euros et de suivi – évaluation des impacts sur le Droit à la vie et du vivre ensemble des maliens.

Source: Cadtm