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Où est donc passé Saïf al Islam ? Depuis bientôt 72h les rumeurs vont bon train et la polémique ne cesse d’enfler à propos du sort réservé par ses geôliers au plus célèbre prisonnier de Libye. Alors, le fils ainé du défunt Guide libyen aurait-il, comme le prétendent ses avocats, recouvré la liberté ? serait-il toujours entre les mains des hommes de la milice de Zenten, les mêmes qui l’avaient capturé en 2011 et qui, depuis lors, le détiennent ? ou au contraire a-t-il été remis aux autorités de Tobrouk, comme l’affirment certains ?

Libre, pas libre… à l’évidence la confusion règne dans cette affaire, à l’image de la situation d’ensemble de ce pays qui, décidément, a bien de la peine à se remettre des tourments de sa guerre de libération.

Il est vrai que depuis avril dernier, le ministre de la Justice du gouvernement de Tobrouk avait demandé son élargissement au nom de l’amnistie générale annoncée en 2015 par les autorités de la région. Une aubaine pour les avocats de celui qui, au temps de sa gloire, était présenté comme le successeur putatif de son dictateur de père.

Ainsi, depuis juin ils n’auront cessé de réclamer la mise en application de la décision ministérielle dont l’authenticité est elle-même restée sujette à caution et pour cause ! Car dans cette Libye livrée à elle-même et aux prises avec ses pires démons, il n’est point de principe de continuité de l’Etat qui tienne. Malheureusement pour leur client, son auteur, décédé en juin, n’est plus là pour attester de son authenticité.

Reste à savoir si Saïf al-Islam Kadhafi, condamné à mort par contumace en 2015 par un tribunal libyen et dont la CPI réclame, par ailleurs, l’extradition pour des charges relevant de sa compétence, est bel et bien concerné par la fameuse amnistie et donc libérable sans autre forme de procès, ce qui reste à prouver.

Mais une chose est sûre ; cette histoire ne fera que saper un peu plus le travail et les efforts répétés que ne cessent de déployer les rescapés du naufrage libyen pour reconstituer, ne serait-ce qu’un semblant d’unité nationale dans un pays écartelé entre plusieurs pôles de décision parfois antagonistes. Un pays ravagé, miné par la violence et l’anarchie, et que la communauté internationale s’applique laborieusement à remettre sur les rails.

En tout cas, qu’il soit libre de ses mouvements ou encore aux mains de ses geôliers d’Enten, l’héritier de Kadhafi peut s’estimer heureux d’être toujours en vie et assisté par des avocats. D’autres comme ses frères Khamis, mort au combat, et Mouatassim, victime avec leur père de la vindicte populaire, n’auront pas eu cette chance.

H. Marie Ouédraogo
L’Observateur Paalga du 8 Juillet 2016