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Certes, Mudi Bawa, pêcheur dans le nord-est du Nigeria est Haoussa et musulman, comme le président Muhammadu Buhari. Mais ce qui l’avait décidé à voter pour lui en 2015, c’est qu’il lui avait fait la promesse de vivre en paix et en sécurité. Dans cette région dévastée par le conflit meurtrier du groupe jihadiste Boko Haram, l’ancien général Buhari apparaissait, lors de son élection, tel un messie. « Il y a eu beaucoup beaucoup d’améliorations au point de vue de la sécurité quand Buhari est devenu président », se souvient Mudi, originaire de Baga, sur les rives du lac Tchad, au coeur de l’insurrection. « Malheureusement, ces derniers mois Boko Haram a refait surface et la situation s’est détériorée », regrette le pêcheur. Un constat partagé par presque tous, au Nigeria, à un mois de la présidentielle, lors de laquelle Muhammadu Buhari brigue un nouveau mandat. Il y a quatre ans, il avait bénéficié des erreurs de son prédécesseur et adversaire Goodluck Jonathan, et notamment de son inaction face à Boko Haram. Entre 2014 et 2015, les jihadistes étaient parvenus à s’imposer sur de larges portions de territoires du nord-est, et le monde entier s’était ému de l’enlèvement de plus 200 lycéennes à Chibok. Buhari, grâce à son origine nordiste et son passé militaire, paraissait à même de résoudre ce conflit. Ses débuts ont été prometteurs. Les territoires aux mains du groupe ont été repris, et le moral des soldats était au beau fixe, avec un équipement de meilleure qualité et des salaires enfin versés régulièrement. Des milliers de personnes, en otage ou vivant sous la domination des jihadistes, ont été libérées par l’armée ou après d’âpres négociations, comme ce fût le cas pour 107 des 219 lycéennes de Chibok. – Débuts prometteurs – Quelques mois après son arrivée au pouvoir, en décembre 2015, Buhari était assez confiant pour dire que Boko Haram était « techniquement vaincu ». Pourtant, les attentats-suicides n’ont jamais vraiment cessé, les raids sur les villages, et les enlèvements de masse non plus. Mais plus inquiétant encore, ISWAP, une faction de Boko Haram directement affiliée au groupe Etat Islamique, mène depuis plus de six mois des attaques d’envergure visant directement les bases militaires, qui ont fait des dizaines voir des centaines de morts parmi les soldats. Début janvier, le chef de l’Etat, qui s’était désigné également chef des armées a reconnu qu’après dix années de conflit, les troupes étaient épuisées et démoralisées. « Boko Haram a prouvé qu’ils étaient encore là », explique à l’AFP Josh Lipowsky, chercheur pour le Counter Extremism Project à New-York. « Le gouvernement nigérian doit prendre des mesures pour tenir ses promesses, ce qu’il n’a pas fait jusqu’à présent, malgré ce qu’il affirme ». En dix ans, plus de 27.000 personnes ont été tuées. Mudi Bawa fait partie des 1,8 million d’habitants qui ne peuvent toujours pas regagner leur foyer. Les ONG lancent régulièrement des appels à l’aide, alertant sur la « tragédie humanitaire » en cours autour du lac Tchad. Cet échec est d’autant plus retentissant que d’autres conflits ont vu le jour ou ont empiré sous le dernier mandat: le conflit entre éleveurs peuls et agriculteurs pour l’accès aux terres a fait des milliers de morts dans les Etats de la ceinture fertile du Nigeria. AFP