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C’est du moins ce qui ressort des conclusions de la réunion d’expertise du Système d’alerte précoce (SAP) sur l’évaluation définitive de la situation alimentaire à l’issue de la campagne agricole 2008-2009 qui s’est tenue du 9 au 14 février 2009 à Bamako.

Contrairement aux travaux du pronostic provisoire du SAP (octobre 2008), qui avaient identifié 58 communes en difficultés alimentaires, la réunion d’expertise a abouti au ciblage de 24 communes en « difficultés économiques », aucune commune n’ayant été classée en « difficultés alimentaires » sur un total de 703 communes.

Le Système d’alerte précoce est un système de collecte permanente d’informations sur la situation alimentaire. Sa mission consiste essentiellement à fournir les informations nécessaires à une affectation optimale du stock national de sécurité dans le cadre d’opérations d’aides alimentaires ciblées ou à une utilisation efficiente des fonds de sécurité alimentaire dans des actions d’atténuation d’insécurité alimentaire. Sa réunion d’expertise du mois dernier donne l’évaluation définitive de la situation alimentaire à l’issue de la campagne agricole 2008-2009.


Campagne agro-pastorale 2008-2009

La production céréalière de la campagne agricole 2008-2009 est jugée bonne dans l’ensemble. Comme indiqué plus haut, sur le plan national, cette production est nettement supérieure à celle de 2007-2008 et à celle de la moyenne des 5 dernières années.

Les cultures céréalières et graminées

L’installation à bonne date des pluies et leur assez bonne répartition dans le temps et dans l’espace ont permis aux producteurs d’effectuer à temps les opérations culturales dans les zones agricoles. Les cultures ont évolué normalement de façon générale jusqu’en septembre où des poches de sécheresse ont été enregistrées sur les cultures sèches dans certaines zones de Mopti et Tombouctou.

De façon générale, la pluviométrie a permis cette année aux cultures pluviales et de décrue de boucler convenablement leur cycle. Toutefois, les sautériaux, coléoptères et oiseaux granivores ont causé des dégâts importants par endroits dans le Sahel occidental et sur le plateau dogon.
La crue a atteint des niveaux satisfaisants pour la riziculture notamment dans le delta intérieur du Niger. L’initiative « riz » a stimulé la production dans les zones rizicoles (engrais disponibles à prix subventionné). Les niveaux de réalisations sont globalement très satisfaisants aussi bien pour les céréales sèches que pour le riz. Par contre, les réalisations en coton sont demeurées faibles en raison de décisions volontaristes des paysans de réduire les superficies cultivables.

Par rapport au mil-sorgho, la production est bonne dans l’ensemble. Il en est de même de la culture du riz de submersion (dont la production est nettement meilleure que celle de l’année dernière) et du riz irrigué.

Par contre, les rendements et la production de la culture du maïs sont inférieurs à ceux de la campagne 2007-20008.

Tout comme les réalisations en coton qui sont en recul depuis 4 ans. Les rendements du coton ont été bons dans la zone CMDT, mais la production de coton graine est plus faible que l’année dernière (190 000 tonnes contre 242 238 t en 2007/2008). La réduction des superficies cultivées s’explique essentiellement par les difficultés de remboursement des crédits intrants liées à la caution solidaire et par le coût élevé des intrants coton.

Les productions d’arachide, de niébé et de sésame sont nettement supérieures à celles de l’an dernier dans tout le pays et singulièrement dans les bassins céréaliers où le coton est en net recul. Les cultures de pastèques et de calebasse ont été intensifiées dans les régions de Koulikoro, Ségou et Mopti, mais la production est relativement mauvaise (qualité des semences, déficit pluviométrique en fin de campagne par endroits).

Les perspectives de production maraîchère sont bonnes grâce à la bonne crue sur les cours d’eau, au bon niveau de remplissage des barrages, mares et lacs et à l’appui des partenaires au développement dans certaines zones.

La cueillette du karité est jugée bonne, mais le prix des amandes est bas et les ressources générées seront nettement inférieures à celles de l’année dernière.

Les productions animales

Au sortir de la saison des pluies, l’état des pâturages exondés était bon dans l’ensemble excepté dans le Gourma des régions de Gao et Tombouctou où ils étaient nettement en dessous de la normale.

Quant aux pâturages inondés, ils sont assez bien fournis notamment les bourgoutières dans la région de Mopti. Les conditions d’abreuvement sont bonnes dans l’ensemble. L’état d’embonpoint du cheptel est partout satisfaisant et les troupeaux sont dans les pâturages de saison sèche.

Les éleveurs connaîtront des conditions générales d’élevage satisfaisantes sauf dans le Gourma des régions de Tombouctou, Gao et le nord du cercle de Tombouctou où un déficit en fourrage est prévisible.

Les activités de pêche sont en phase active avec la décrue des cours d’eau dans les régions de Ségou, Mopti, Tombouctou et Gao.

Les captures sont en nette amélioration. On s’attend à une production halieutique nettement meilleure que celle de l’année dernière surtout avec la baisse des prix des filets de pêche.

Hausse paradoxale des prix

Malgré une bonne campagne agricole 2008-2009, la baisse des prix à la récolte-battage a été de très courte durée. Le niveau des prix céréaliers reste élevé. La tendance à la hausse est susceptible de se poursuivre au cours des mois à venir. L’augmentation des prix devrait néanmoins être limitée compte tenu du retrait progressif de certains demandeurs et grâce aux cultures de contre-saison pratiquées au Mali et à la mise en marché de certains produits alimentaires issus de Côte d’Ivoire (maïs, tubercules). Sans oublier l’importation de certaines catégories de riz autorisée par le gouvernement depuis le début de ce mois de mars jusqu’au 31 mai.

La hausse des prix s’explique par plusieurs facteurs : la cherté de la vie; le niveau déjà élevé des prix des mil, sorgho, maïs et riz en début même de la campagne de commercialisation au sortir de la soudure ; l’augmentation réelle des coûts de production, intrants et main d’œuvre (par exemple, un ha de riz qui était récolté à 20 000 F CFA est passé aujourd’hui à 35 000F à Mopti et à Ségou) ; le paiement effectif du prix du coton 30 jours environ après la livraison ; l’achat au comptant à 500 F/kg du riz Paddy Nérika (R1) et (R2) semences dans la région de Sikasso ; la sensibilisation des producteurs pour la constitution de stocks familiaux conséquents; l’organisation actuelle du monde rural (organisations paysannes, coopératives, associations, syndicats agricoles, etc.) avec une capacité réelle de négociation commerciale ; l’amélioration notoire des moyens de communication entre les villes et les campagnes, entre les producteurs et les consommateurs grâce à la téléphonie mobile.

En outre, pour cette campagne, les besoins financiers des producteurs sont en bonne partie couverts, entre autres, par les ventes des cultures secondaires comme, l’arachide, le niébé et le sésame qui ont donné des productions record.

Dans les zones CMDT, le coton n’ayant pas été beaucoup cultivé, les paysans sont moins endettés et peuvent alors différer la vente de leurs productions céréalières mil, sorgho, maïs.


La situation alimentaire 2008-2009

La sécurité alimentaire d’une population est assurée lorsque ses disponibilités en nature et en monnaie correspondent à une quantité de produits alimentaires égale ou supérieure aux besoins minimaux. Cette correspondance est fonction d’une part de l’importance des disponibilités et, d’autre part, du niveau des prix des produits alimentaires (pouvoir d’achat).

L’analyse du SAP tient compte des indicateurs et des stratégies d’adaptation spécifiques des populations pour répondre à une chute des revenus agricoles et/ou monétaires ; du niveau élevé des prix des céréales ; du contexte socio économique et politique dans la sous région.
Suite aux travaux d’expertise définitive du SAP, aucune commune n’a été identifiée à risque de crise ou difficultés alimentaires. Cependant, 24 communes ont été classées en zones à risque de « difficultés économiques ».

Les 24 communes en difficultés économiques

Selon l’analyse du SAP, la majorité des populations des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao et Kidal ne connaîtra pas de problèmes alimentaires majeurs durant la campagne de commercialisation 2008-2009. Les productions céréalières sont jugées bonnes dans l’ensemble.

Cependant, 24 communes ont été classées en « difficultés économiques » par le SAP ; elles devraient néanmoins pouvoir traverser la période de soudure sans difficultés majeures avec la mise en œuvre des mesures d’accompagnement préconisées. Ces communes sont : Fasou Debé, Guedebiné, Trougoumbé, Baniéré Koré, Korera Koré et Simbi dans la région de Kayes ; Guénèibé, Koronga, Allahina, Dabo, Dogofry et Dilly, toutes dans le cercle de Nara (Koulikoro) ; Soroly, Wadouba, Kendé et Kendié, dans le cercle de Bandiagara, région de Mopti ; Gossi, Inadiatafane, Ouinerden, Ber et Salam dans la région de Tombouctou ; et In’Tillit, Tin Hamma et Tessit dans la région de Gao.


Situation actuelle des stocks alimentaires

Le niveau du Stock national de sécurité (SNS) établi au 31 décembre 2008 se situait aux environs de 22 000 t, c’est-à-dire nettement en dessous de son niveau optimum établi à 35 000 t. Cette situation était principalement due aux ventes opérées en 2008 (ventes d’intervention et rotation technique).

Compte tenu de ce qui précède, les besoins de reconstitution du SNS ont été estimés à 13 000 tonnes. Le Programme alimentaire mondial ayant prévu de contribuer à hauteur de 500 t, des opérations d’achat de mil/ sorgho ont été programmées au cours du 1er trimestre 2009 à hauteur de 12 500 t (ressources provenant essentiellement du programme de monétisation des USA).

En ce début du mois de mars 2009, le niveau du SNS dépassait 25 000 t.

La plus grande partie de ce stock se trouve actuellement entreposé dans les centres de stockage de Ségou (54%) et de Mopti (34%). Les opérations d’achat se poursuivent.

Le niveau du Stock d’intervention de l’Etat (SIE) est passé de 10 149 t en fin décembre 2008 à 15 306 t ce mois.

Cette évolution s’explique principalement par la réception du don de riz japonais (5 300 t en janvier-février 2009). Dans le cadre de l’approvisionnement des marchés pendant la période de soudure, l’Etat envisage d’acheter 50 000 t de riz (appel d’offre lancé en février 2009). Cette opération devrait conduire à une augmentation significative du (SIE) au cours des prochains mois.

Les stocks communautaires (banques de céréales) sont toujours en voie de reconstitution. Des missions de suivi-évaluation sont actuellement menées par le Commissariat à la sécurité alimentaire dans toutes les communes du Mali (février-mars 2009). Ces missions permettront de connaître la situation exacte de ces stocks et de formuler des propositions d’améliorations concernant leur gestion.


Les recommandations du SAP

Le groupe national SAP (2008-2009) a fait des recommandations d’actions liées d’une part aux disponibilités alimentaires, et d’autre part, à l’accessibilité aux céréales.

Par rapport au premier point, le SAP recommande de : poursuite les ventes d’intervention de l’OPAM dans les zones structurelles déficitaires (régions de Kayes (nord), Tombouctou, Gao et Kidal) ; prendre les dispositions nécessaires pour un approvisionnement correct de Kidal en céréales (notamment le riz) en raison de l’insécurité qui y perturbe les circuits d’approvisionnement ; appuyer les producteurs au cours de la campagne de contre-saison dans le cadre de l’initiative riz pour améliorer la disponibilité notamment de riz à la soudure ; d’intensifier la lutte contre les ennemis des cultures de contre-saison ; poursuivre et renforcer les différentes opérations, VCT (vivres contre travail), VCF (vivres contre formation) et appui aux cantines scolaires et à la scolarisation des filles ; et poursuivre immédiatement la reconstitution de tous les stocks institutionnels (SNS, SIE, Banques de céréales, ONG, autres stocks).

Concernant l’accessibilité aux céréales, le SAP recommande : la réalisation d’une enquête économique nationale rapide en milieu urbain afin de mieux cerner les effets de la vie chère sur les ménages à revenus fixes et/ou bas (DNSI, ODHD) ; le renforcement des capacités des acteurs dans le cadre de la transformation des productions agro-alimentaires ; la poursuivre du financement des activités génératrices de revenus singulièrement au profit des femmes (maraîchage, culture de contre saison, embouche ovine, bovine, volaille, etc.) ; la réalisation de travaux à Haute intensité de main d’œuvre rémunérés en cash dans les villes en vue d’améliorer le revenu des populations à faible revenu pour la période mars – juin 2009.

Au vu du déficit notoire en pâturages dans le Gourma des régions de Tombouctou et Gao, le SAP demande également de rendre l’aliment de complémentation du bétail disponible dans les cercles de Gourma-Rharous, Gao, Ansongo, Bourem, Ménaka et au niveau de Kidal ville ; et d’apporter un encadrement adéquat et favoriser l’accessibilité aux intrants pour la prochaine campagne de pastèques en vue d’améliorer les revenus en milieu rural.


Synthèse de Sékou Tamboura

12 Mars 2009