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A l’image des partis politiques ou des associations, le secteur privé malien est depuis quelques temps, frappé par une sorte de gangrène : un mal qui tire ses origines dans l’immixion de politiques dans la sphère des affaires.

Les conséquences découlant de cette situation sont si graves que le secteur privé du pays peine à sortir de ses difficultés, en raison d’une rude concurrence qui profite beaucoup plus aux étrangers qu’aux opérateurs maliens qui ne cessent d’interpeller le pouvoir public sur la question.

Aussi, profitant d’une rencontre avec le ministre Ahmed Diané Séméga de l’Equipement et des Transports, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM) n’a pas pu cacher son amertume, face à la situation.

En effet, selon certains opérateurs économiques maliens, le secteur privé est si divisé qu’à l’heure actuelle, on ne sait plus qui doit faire quoi. Ce qui a amené à évoquer la nécessite de désigner de vrais interlocuteurs avec les autorités. Car de nos jours, plusieurs structures ont vu le jour grâce au soutien et à la bénédiction du pouvoir public.

Au niveau des opérateurs économiques du pays, le malentendu est si sérieux qu’on assiste à un problème qui, du coup, crée un obstacle dans la bonne marche des affaires. Et nombreux sont les hommes d’affaires qui s’en plaignent dans le pays.

Avant la naissance de ces structures “parallèles” en question, la Chambre de Commerce et d’Industrie était considérée comme la seule interlocutrice de l’Etat, pour débattre des questions liées aux affaires.

Mais aujourd’hui, avec l’avènement d’autres organisations telles le Conseil Malien des Chargeurs (CMC) et le Conseil Malien des Transporteurs Routiers (CMTR), l’Etat a souvent tendance à faire un choix, en privilègiant ces organisations plutôt que la Chambre de Commerce et d’Industrie qui est pourtant la structure mère de toutes ces organisations.

A ce sujet, profitant de sa rencontre avec le ministre Séméga, le président de la CCIM, M. Jeamille Bittar, n’est pas allé avec le dos de la cuillère. “Il ne faut pas que le gouvernement voit en la Chambre de Commerce, ou du moins aux opérateurs économiques, un adversaire”, a-t-il déclaré.

Cette mise au point du président de la Chambre de Commerce et d’Industrie en valait la peine, d’autant plus qu’au Mali, on a toujours l’impression que certains roulent pour d’autres, au profit d’intérêts individuels ou égocentriques, surtout dans le secteur privé qui, depuis longtemps, n’a cessé d’être confronté à des difficultés qui ne s’expliquent pas.

Les guerres de successions -celle qui, à l’époque, avait opposé M. Amadou Djigué à M. Babalaye Dao, et celle qui a opposé le transporteur Théra à M. Traoré en dient très long sur l’interférence du pouvoir public malien dans les affaires intérieures d’un secteur aussi vital que ce monde des affaires uniquement réservé à ceux qui ont fait le choix d’évoluer dans le domaine.

Malheureusement, il se trouve que chaque fois qu’une autorité a des intérêts d’un côté plutôt que de l’autre, il s’interpose ou “attise le feu“, pour laisser la place à un désordre qui, sans aucun doute, ne profite qu’à elle seule. Sinon, comment comprendre que, dans le cadre du secteur privé malien, un ministre (fut-il de l’Equipement et des Transports) cherche à marginaliser la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’interrogent certains acteurs du secteur ?

En effet, malgré que le devoir le lui en imposait, le ministre Séméga n’aurait pas cherché à savoir si (pour ce qui est du secteur privé) c’est la CCIM, le CMC et le CMTR qui doit être son interlocuteur, en ce qui concerne les difficultés dudit secteur.

Grâce à son sens du leadership, le président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali a eu l’idée de rencontrer le ministre de tutelle pour en discuter. Une occasion, pour le président de la CCIM, de soulever toutes les préoccupations des acteurs du secteur privé.

Aussi, après s’être mutuellement écoutés et entendus, les parties ont convenu de la nécessité de créer un cadre de concertation en vue de permettre de trouver une solution aux multiples problèmes que les acteurs rencontrent à différents niveaux. Et ce cadre de concertation sera bientôt fonctionnel, si l’on en croit nos sources.


Laya DIARRA

17 Novembre 2008