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Un autre phénomène est en ce moment cultivé chez la jeunesse, c’est le fait de se contenter de ce que l’on a, en attendant de trouver ce que l’on veut. Il n’est pas rare de rencontrer des sortants de nos grandes écoles qui dispensent des cours au premier ou au second cycle de l’enseignement fondamental. Outre l’enseignement, il est des maîtrisards qui font du commerce, de la peinture, des affaires…

A force de durer dans un métier qu’ils n’ont en réalité jamais appris à l’école, les jeunes diplômés sans emplois oublient même souvent des notions élémentaires de leur formation initiale. Comme pour dire que l’école est une chose et que la vie en est une autre.

Le secteur informel, qui fait plusieurs emplois pour les jeunes scolarisés ou non, n’est pas forcément toujours sollicité. On a l’impression souvent que les gens l’oublient. On en parle peu, du moins de façon officielle. Et pourtant, s’il est convenablement exploité, ce secteur peut servir beaucoup à la lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes.

Parmi les activités du secteur informel, on cite l’exploitation du sable (de son extraction à sa vente). L’endroit le plus connu pour cette activité très lucrative, c’est le quartier Djikoroni-Para. Là, des hommes, à l’aide, de pelles, houes, tamis et autres pirogues, passent la journée à extraire le sable du lit du fleuve.

D’après les informations qui nous ont été fournies sur place, c’est un sable de meilleure qualité. Le travail se fait à la chaîne : il y a un groupe de personnes chargées d’extraire, un autre groupe pour tamiser et enlever l’eau, et un troisième groupe pour le transport sur la berge. Le tout sous la supervision d’un émissaire des patronnes ou des patrons. Un travail exercé de plus en plus par les femmes.

En effet, entre les quartiers de Boulkassoumbougou et Titibougou en Commune I par exemple, ces femmes d’affaires négocient avec les chauffeurs de bennes, le prix de charges du sable, du gravier etc qui varient selon la capacité de transport des bennes et la période. Le prix d’un tour de sable, selon que l’on soit en saison de pluies ou sèche, varie entre 80.000, 90.000 et 150.000 CFA. Les patronnes ayant déjà leurs émissaires sur les berges, cherchent des clients sur des chantiers de construction d’immeubles à Hamdallaye sous la colline, à Yirimadio et à Kalaban-Coura entre autres.

Elles revendent la charge de sable aux chefs de chantiers. “L’activité d’exploitation de sable nous permet de subvenir à nos besoins. Nous arrivons à réaliser plein de choses. Nous donnons aussi du travail à d’autres personnes. Plus important que tout ça, c’est que nous femmes exploitantes de sable sur ce site de Boulkassoumbougou, nous sommes dans une association dotée d’une caisse de solidarité. On ne le souhaite pas, mais chaque fois qu’une adhérente a des problèmes, l’association lui vient en aide financièrement. C’est très ” important, notre job”; nous a confié une exploitante qui a requis l’anonymat.

Outre l’exploitation du sable par ces braves femmes à Bamako, il y a le gravier. Ce sont des groupes de personnes au flanc de la colline, un peu après Sébénikoro ou derrière le marché de Médine ou encore derrière le lycée Prosper Kamara qui cassent la pierre sous un soleil impossible. Afin de produire du gravier.

Sur les berges du Djoliba, on exerce d’autres activités du secteur informel. Ces jeunes gens, du Macina pour la plupart, font le porte à porte le matin pour recueillir du linge sale. Vers 10h, ils descendent au fleuve pour ne remonter qu’à 19h ou 20h. Avec l’argent qu’ils gagnent, certains parviennent à investir dans le petit commerce.

D’autres ont plutôt le souci de subvenir aux besoins de la famille restée au village. L’activité de lavage de linge s’exerce aussi par des femmes. Mais, elles le font le plus souvent à la maison. Il ne faut pas oublier non plus ces pêcheurs artisanaux, qui sont en pirogue et se font aider de leurs enfants.

Le chômage qui peut être considéré aujourd’hui comme le mal du siècle, après le sida bien sûr, cause d’énormes problèmes d’insertion à nos populations, toutes catégories confondues, mais aux jeunes surtout.

Le secteur informel pourrait fortement aider à le résorber. Il faut donc le valoriser.

Goudia Konaté

16 février 2006.