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Sur ses 4 200 Km qu’il parcourt entre sa source du Fouta Djalon et son embouchure nigériane, le Djoliba draine des cultures et brasse des peuples aussi divers que riches. Et Ségou est une symbiose de ce brassage socioculturel. La région est ainsi au cœur de la coexistence pacifique de toutes les religions (animisme, islam et christianisme) au Mali. Elle est témoin du brassage entre presque tous les groupes ethniques qui se rencontrent au Mali voire en Afrique de l’Ouest. En effet, depuis des siècles, des bambaras, peulhs, songhays, bozos, sarakolés, mossis… cohabitent. Agriculture, commerce, élevage, artisanat se côtoient dans une extraordinaire richesse et variétés culturelles donnant à la Cité une captivante attraction touristique. On comprend alors pourquoi chacun est appelé à passer un jour à Ségou.

C’est ce charme discret et fascinant d’une ville carrefour commercial et culturel que l’Association des hôteliers et restaurateurs de Ségou veulent désormais ressusciter. Résurrection ! La légendaire cité de Ségou en avait besoin, car de sa source vivifiante (Niger) en péril, la cité était en train de perdre le dynamisme entreprenarial qui l’a toujours caractérisée, qui a fait sa réputation historique, son essor économique et son rayonnement socioculturel et artistique.

L’éveil est en cours grâce au Festival sur le Niger. Les organisateurs ayant réussi à tirer tous les enseignements de la première expérience, la seconde édition a naturellement fait des progrès très sensibles et appréciables aussi bien dans l’organisation que dans le contenu. Plus que lors de la première édition, selon des témoins avertis, le programme était plus riche, varié et diversifié. Les stars ont répondu massivement présentes au rendez-vous annuel sur le Goun de Dah (la berge de Dah Monzon Diarra, l’un des célèbres rois qui ont fait la grandeur du royaume bambara). Babani Sirani Koné, Djénéba Seck, Nampé Sadio, Néba Solo, Habib Koité, Bassékou Kouyaté, le Super Biton, Abdoulaye Diabaté, Baba Salah, Amadou et Mariam, Adama Yalomba Traoré… ont rivalisé d’originalité et de virtuosité pour séduire les festivaliers venus de tous les horizons du monde.

Mais, une manifestation qui se veut populaire, ne peut se limiter à un séduisant plateau de stars. Et les manifestations qui ont animé les rues de Ségou durant les quatre jours d’émanation culturelles et artistiques ont donné au rendez-vous touristique un cachet populaire. Des troupes symboles de la diversité artistique et du brassage culturel (donsos, korédugaw, foli, zapègue, yaapo, masques et marionnettes, bobos de Mafounè, Nyangara-Maya Maya, livaga…) à la reconstitution des scènes traditionnelles des contes et légendes autour du feu, Mamou Daffé et son équipe ont réussi à montrer le fleuve sous tous ses aspects et démontré les multiples facettes de la culture malienne voire sous-régionale.

Une touche qui a soulevé l’enthousiasme des visiteurs et fait la fierté des autochtones. Comme lors de la biennale artistique et culturelle, les Ségoviens ont démenti leur réputation de public blasé impossible à mobiliser autour des manifestations socioculturelles. Difficile de résister aux décibels des percussions des baras, djembés, flûtes, guitares, ngonis, balafons, sokou et autres instruments aux mélodies envoûtantes et voix sublimes replongeant dans le passé d’un peuple brave ou plongeant dans des vagues romantiques.

Difficile de rester indifférent aux représentations des cavaliers du roi Da Monzon Diarra, les Sofas de Biton Coulibali et les guerriers de El Hadj Omar Tall. Une superbe et magnifique reconstitution, du centre-ville jusqu’au Quai des arts sur la berge du Djoliba, d’une procession majestueuse au son des cornes de bœuf. Difficile de ne pas ressentir des frissons et de ne se fondre dans l’ambiance d’une enceinte déjà surchauffée par plus d’une dizaine de troupes folkloriques. Impossible de ne pas succomber au charme de pittoresques œuvres fruit de la féconde inspiration d’artistes comme Ismaël Diabaté, Christophe Sawadogo, Mokhis, Sira Sissoko… Impossible de ne pas succomber à la tentation de vider sa bourse pour s’offrir des souvenirs nés de l’imagination et de la créativité des artisans (potiers, teinturiers, bijoutiers, tisserands, cordonniers, etc.) de Ségou.

Des attentes comblées

Cette seconde édition, comme la première d’ailleurs, a comblé les attentes. «En venant à Ségou, je ne m’attendais pas plus d’attractions historiques, culturelles et artistiques. Personne ne peut regretter d’avoir fait le déplacement. Notre séjour a été une fascinante découverte d’un humanisme rare, d’une extraordinaire diversité culturelle enfouie dans l’humilité des populations. Je comprends aujourd’hui pourquoi personne ne peut résister à l’envie de venir au moins une fois à Ségou. Et ce mérite revient aux organisateurs du festival sur le Niger», souligne un citoyen de Richmond, une ville américaine jumelée à la cité des 4444 Balanzans et de l’énigmatique Balanzan bossu.

«C’était mon premier contact avec le Mali. Je suis médusée par tant de créativité, tant de chaleur dans les relations humaines. Je comprends maintenant pourquoi mes parents sont si fiers du Mali. Ce festival m’a révélé à moi-même. Je suis fière d’être Malienne malgré ma double culture», s’extasier Binta Barry, une jeune franco-malienne de Saint-Denis (banlieue parisienne). Cette initiative vise avant tout à «ouvrir une perspective radieuse au développement durable fondé sur un tourisme culturel et dans laquelle la rencontre des cultures et l’ouverture au monde priment sur la consommation».

Ils ont gagné le pari de la régularité, de l’attraction touristique et surtout de l’adhésion populaire. «Ce festival renforce le développement du tourisme malien…C’est une formidable mutation à même d’impulser une croissance économique de toute cette région et de redonner à la ville une grandeur à sa juste valeur», souligne M. N’Diaye Bah. Le ministre de l’Artisanat et du Tourisme souhaite naturellement que cette initiative fasse des émules au sein des autres opérateurs privés.

Pour le ministre de la Culture, Cheick Oumar Cissoko, cette seconde édition du Festival sur le Niger marque «l’An II d’une renaissance culturelle qui a tardé à se dessiner pour une ville mythique, glorieuse, guerrière et belle…Ce festival, parce qu’il est professionnel, affiche déjà Ségou à sa place légitime de co-leader dans la construction d’un Mali riche de sa diversité culturelle et d’une économie touristique à nulle part autre pareille en Afrique de l’Ouest…».

On comprend alors aisément que pour le gouverneur de la 4è région économique du Mali, M. Abou Sow, le Festival sur le Niger soit «l’expression d’une ambition à la grandeur, folie de ceux qui ont eu tort d’avoir raison les premiers, prise de conscience d’une nécessité». Aussi, cette initiative est-elle tout simplement «l’écho retentissant d’une interpellation collective longtemps contenue». Avec autant de courants puissants et de vents favorables, il n’y a aucune raison que la pirogue du festival ne puisse pas continuer à glisser sur le très majestueux Djoliba pour l’éternité.

Moussa Bolly
Envoyé spécial

07 février 2006.