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Le second et dernier round de la présidentielle du 27 décembre dernier s’est joué le dimanche 21 février 2021 au Niger, entre le candidat du PNDS au pouvoir, Mohamed Bazoum, et l’opposant et ancien chef de l’Etat, Mahamane Ousmane du RDR-Tchanji arrivé deuxième à l’issue du premier tour. Ce, au terme d’une campagne électorale qui, en dehors de quelques propos de bas étage sur la nationalité et l’ethnie d’un des candidats, se sera globalement bien déroulée, sans accrocs ni anicroches, contrairement à ce que l’on a pu observer dans certains pays de la sous-région comme la Guinée et la Côte d’Ivoire où les scrutins électoraux ont connu des violences et même des effusions de sang.

Les forces en présence présentent, d’un côté, un Mohamed Bazoum crédité de 39,3% des voix au premier tour, selon les chiffres de la Cour constitutionnelle, et qui, à l’occasion, a travaillé à avoir le soutien des candidats Seïni Oumarou et Albabé Abouba arrivés respectivement 3ème et 4ème. Tous les deux candidats malheureux ont tous appelé leurs militants à voter pour le candidat du parti au pouvoir.

L’éventualité d’une victoire du candidat du pouvoir,  est sérieusement envisageable

De l’autre côté, le candidat Mahamane Ousmane, avec ses 16,98% des voix selon les mêmes chiffres, a comme principal allié l’ex-président de l’Assemblée nationale, Hama Amadou dont les ennuis judiciaires ont finalement été préjudiciables à sa participation à la course à l’échalote. La question qui se pose est de savoir si l’ex-chef de l’Etat qui rêve d’un retour aux affaires et qui se dit tout aussi confiant en ses chances de succès, saura renverser la vapeur d’une élection dont la victoire ne lui tend a priori pas les bras. En d’autres termes, on peut   se demander si Mohamed Bazoum se dirige en roue libre vers une victoire sans coup férir.

A la vérité, l’éventualité d’une victoire du candidat du pouvoir,  est sérieusement envisageable et beaucoup d’arguments militent en sa faveur. A commencer par son avance considérable prise au premier tour, en plus du ralliement à sa cause, pour ce second tour, des candidats arrivés 3ème et 4ème  qui totalisent, à eux deux, environ 16% des suffrages du premier tour et qui ne comptent pas pour du beurre sur l’échiquier politique nigérien. Et ce n’est pas tout. On est en Afrique où être le poulain du président sortant et candidat du parti au pouvoir, a ses avantages. Sans compter le fait que le PNDS,  parti au pouvoir,  a réalisé une véritable razzia aux législatives qui ont accompagné ce premier tour avec ses 75 sièges plus ceux de ses alliés qui lui donnent la majorité, et qui dessinent généralement la carte des forces en présence au scrutin présidentiel.

Pour toutes ces raisons, on peut croire que la partie est déjà pliée pour le candidat Bazoum qui n’en affiche pas moins tout son optimisme. Mais l’histoire a déjà montré qu’une élection présidentielle, surtout  à deux tours, est loin d’être une simple équation arithmétique en Afrique. Ce n’est pas l’opposant guinéen, Cellou Dalein Diallo, qui dira le contraire ; lui qui avait été, à la surprise générale, coiffé au poteau en 2010, par Alpha Condé, avec ses presque 40% du premier tour contre seulement un peu plus de 20% pour son adversaire, même si l’on peut trouver beaucoup à redire sur ce scrutin.

Les jeux restent ouverts

Et Mahamane Ousmane a déjà prouvé de par le passé que même sans avoir tous les atouts de son côté, il était capable de gagner une élection comme ce fut le cas en 1993. La suite est moins glorieuse pour le natif de Zinder qui avait ensuite eu toutes les difficultés… du Niger à gouverner avant d’être renversé en 1996.  C’est dire si dans ce scrutin du dimanche prochain, les jeux restent ouverts. Reste maintenant à souhaiter que le vote se déroule dans le calme et la transparence et qu’aucune irrégularité organisationnelle ni tentative de fraude ne vienne perturber la quiétude du climat sociopolitique. Car, le Niger n’a pas besoin d’ajouter une crise électorale à la double crise sécuritaire et sanitaire qui met déjà le pays à rude épreuve.

En tout état de cause, quel que soit le vainqueur du scrutin de dimanche, c’est le Niger qui gagne en réussissant une dévolution pacifique du pouvoir, d’un président élu à un autre, dans un pays qui a déjà fait l’expérience de plusieurs coups d’Etat. Qui plus est, sur un continent où la question des élections est devenue l’une des plus grandes anxiétés des populations. En cela, on doit une fière chandelle au président sortant, Mahamadou Issoufou, qui a su résister à la tentation du troisième mandat, là où bien de ses pairs de la sous-région et pas des moindres, comme l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara et le Guinéen Alpha Condé, ont succombé en raison de ce qui ressemble à une appétence immodérée du pouvoir, au grand dam des démocrates du continent. C’est aussi cela la marque des grands hommes, des hommes d’Etat. Et Mahamadou Issoufou est un exemple dont l’Afrique peut être fière, pour la belle leçon d’alternance qu’il donne sur un continent encore à la recherche de ses marques.

« Le Pays »