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L’un des débats qui animent aujourd’hui la classe politique malienne est relatif à l’animation de l’opposition. On se rappelle, en effet, que le Chef de l’Etat, Amadou Toumani Touré, lors de son investiture le 8 juin dernier, a clairement annoncé sa volonté de donner à l’opposition un statut digne de ce nom.

Cette annonce présidentielle a certainement pris de court les acteurs politiques regroupés au sein du Front pour la Démocratie et la République (FDR) qui, des mois plus tôt, avaient rompu avec le régime et s’étaient inscrits dans une logique d’alternance.

Le mot “Opposition” a même été, à maintes reprises, prononcé par eux, lors des élections présidentielle et législatives, si bien qu’on s’étonne du “motus et bouche cousue” qu’ils observent aujourd’hui.

Pourtant, à la veille de la présidentielle d’avril dernier, des velléités oppositionnelles s’étaient manifestées déjà, avec des tirs à boulets rouges sur le régime ATT et sur “tous ces démocrates qui avaient décidé de se coucher”.

Les doutes se sont dissipés, lorsque les tenants de tels propos- essentiellement des hommes politiques tombés en disgrâce de ce pouvoir qu’ils ont pourtant fréquenté pendant au moins cinq ans- se sont regroupés au sein du FDR.

Et dès lors commença un embrasement général de la situation politique du pays, soldé par des insanités proférées à l’encontre du Président candidat et ses partenaires de l’ADP, et par une défaite cuisante des adeptes de “l’alternance” , à l’issue d’un seul tour de la présidentielle.

On aurait du dès lors comprendre que quelque chose n’allait pas du côté du FDR, et que les messages envoyés au peuple ne passaient pas. Mais hélas, IBK et ses amis n’ont eu aucun répit, dans leur dessein de “casser du régime”, au point d’avoir oublié qu’ils ne faisaient finalement que prêcher dans le désert.

Le mauvais score enregistré à l’issue des législatives est inhérent à cet aveuglement. Et depuis ces échéances, qui ont vu le Mandémansa épaulé par des partis politiques, -ceux- là mêmes qu’il traitait de tous les les noms d’oiseaux- face au jeune Moussa Mara, la tension a baissé d’un cran.

Les acteurs du FDR semblent aujourd’hui avoir oublié cet épisode, au point que certains observateurs doutent déjà de leur capacité à animer l’Opposition. Et à supposer qu’ils décident de l’animer, comment s’ y prendront-ils?

La question est de taille, car, autant le FDR ne représente plus grand chose, autant ses principaux animateurs sont sujets à caution.

Or, il se trouve qu’une opposition, pour être constructive et objective dans son rôle de critique de l’action gouvernementale, a besoin d’hommes et de femmes intègres, irréprochables et, à défaut, au delà de tout soupçon, ou, tout au moins, au dessus de la mêlée.

Ibrahim Boubacar Kéïta, Tiébilé Dramé, Mamadou“Blaise” Sangaré, Soumeylou Boubèye Maïga… répondent-ils vraiment à ces critères?

Aussi bien des Maliens continuent de se demander si la gestion d’un IBK à la Primature, celles de“Blaise” Sangaré à la Caisse de Retraite, de Soumeylou B. Maïga au ministère de la Défense et des Anciens Combattants, et de Tiébilé Dramé à la tête du CNOSAF, ne risqueraient pas de prendre, un jour, une tournure judiciaire catastrophique pour chacun d’entre eux.

Alors, comment sauraient-ils tenir un langage de vérité vis-à- vis du régime? Doit-on mettre leur silence au profit d’une convoitise de portefeuilles ministériels dans le nouveau Gouvernement? Ou s’agit-il, pour eux, d’une crainte bleue de s’assumer dans l’Opposition, avec tout ce que cela comporte comme “conséquences”?

Pour certains, le FDR ne peut pas animer l’Opposition, pour la simple raison qu’aucun de ses acteurs ne l’a jamais connue. Pour d’autres, tous les tiraillements suscités par IBK et ses alliés ne viseraient qu’un seul objectif : obtenir des strapontins durant ce nouveau quinquennat d’ATT.

Par ailleurs, l’infériorité numérique des représentants du FDR à l’Assemblée nationale est perçue, par nombre d’observateurs, comme pouvant freiner ce regroupement dans ses ardeurs oppositionnelles. La quantité peut-elle donc être un critère d’appréciation d’une opposition de qualité?

Pour les politologues, la qualité d’une opposition réside, non pas dans la quantité, mais dans la qualité des hommes qui l’animent et leur capacité de persuasion de la masse populaire, basée sur des chiffres ou données irréfutables.

Autrement dit, une opposition de qualité, c’est celle qui aide le peuple à cerner les véritables enjeux du développement en vue d’apporter les solutions les appropriées. Les responsables du FDR possèdent-ils ces qualités?

Adama S. DIALLO

17 septembre 2007.