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Les populations du quartier de Sébénikoro en commune IV du district de Bamako, ont soufflé le chaud et le froid en cette matinée du 26 août. En effet, les travaux d’aménagement de l’unique route goudronnée qui traverse au moins trois quartiers de la commune ont, malheureusement, provoqué une interruption tant infernale que cruelle de la circulation. Longue était la queue formée de motocyclistes, de transporteurs en commun, de camionneurs qui ont attendu quelques heures durant pour que la voie soit dégagée.

A cette file, s’ajoutaient les piétons ou cette marée humaine ayant décidé de battre le pavé pour rallier la ville au pas de course. « Rien ne va plus dans ce pays. On ne se donne même plus la peine d’informer le citoyen qu’à partir de tel ou tel moment qu’il ne doit plus circuler dans telle ou telle direction », confie un chauffeur de sotrama visiblement très remonté au volant.

Les heures filent sans aucune note d’espoir. Et l’on doit toujours continuer à faire le pied de grue. Un usager dans un monologue s’exclamait et s’interrogeait : « Ce n’est pas possible !pour qui ces gens-là nous prennent » ? La question restera sans réponse.

Pour échapper à l’enfer de la longue attente, les habitués du quartier ont dû frayer une autre voie moins passante que d’habitude dont l’itinéraire semble non seulement assez compliqué, mais aussi demeurait-il impraticable pendant la saison pluvieuse.

Une fois arrivés au bord du petit pont construit sur la rivière Woyowayanko, les chauffeurs de sotrama ont été butés cette fois-ci à l’intransigeance d’une dame qui s’est catégoriquement opposée au passage des véhicules de transport en commun. Madame Konaré, puisqu’il s’agit d’elle doit être suffisamment forte comme une lionne pour qu’elle impose son diktat à tout le monde, dans ce quartier de Dramanebougou.

Tout le prouve. Elle puisait ses insultes et ses malédictions dans la cosmogonie Bamanan avant de les balancer, sans aucune crainte, à la figure de ses adversaires. Malgré les prières des uns et des autres, personne n’est parvenu à la faire fléchir. Au contraire, avec l’aide de quelques membres de sa famille, le petit pont a été rapidement surchargé de grosses pierres pour empêcher le moindre passage aux voitures. Comme si cela ne suffisait pas. Telle une folle furieuse, elle a pris place au milieu du pont, pour défier toute personne qui tenterait de violer les bordures du pont au grand étonnement de tous. Au fur et à mesure que la queue s’allongeait, sa résistance s’endurcissait à jamais.

Mais Madame Konaré n’agit pas fortuitement. Sa réaction est soutenue, semble-t-il, par une démission des populations. Elle ne mâchait pas ses mots « Ce pont est l’œuvre personnelle de mon mari. Il n’a bénéficié d’aucune subvention pour sa construction. Pourtant, nous avons à plusieurs reprises, informé, sensibilisé sans succès, tout le quartier de la nécessité de construire un pont pour qu’on ait enfin un raccourci. Mais personne n’a voulu tendre l’oreille, parce qu’il s’agissait de dépenser.

Parce que vous êtes aujourd’hui en difficulté, vous me prier. Personne ne passera. Je suis prête pour le combat ».Toute chose qui vaut à la princesse du petit pont de Dramanebougou le motif de faire souffrir des centaines de personnes en leur barrant le passage. Il revient donc aux plus hautes autorités de prendre toutes leurs responsabilités afin d’épargner notre pays de telles attitudes aux allures ubuesques.

Son époux, Kader Konaré, commerçant de pneus au grand marché de Bamako, absent des lieux au moment des faits, va-t-il cautionner les réactions de sa femme ? Cette femme doit savoir que les grandes et belles œuvres comme la construction d’un pont au nom d’une famille ne valent quelque chose que lorsqu’elles permettent d’être utiles pour la communauté tout entière.

PAR MOUSSA WELE DIALLO

Le Potentiel du 31 Août 2010.