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Le taux record du premier tour ne sera certainement pas égalé à l’issue de ce second tour de scrutin. Les Maliens, du moins ceux de Bamako, n’ont pas fait le déplacement escompté par les états-majors politiques, ce qui prouve l’incapacité de ceux-ci à susciter la mobilisation quand il le faut.

Le second tour de l’élection présidentielle, entre Ibrahim Boubacar Kéita, président du parti Rassemblement pour le Mali (39% des voix au premier tour du scrutin) et Soumaïla Cissé, candidat de l’Union pour la république et la démocratie (19%) a vécu. En attendant de connaitre les résultats définitifs de cette importante élection qui doit, en principe, marquer un tournant dans l’histoire nationale de notre pays, on peut déjà se faire une idée du taux de participation dans le district de Bamako.

Des reportages de nos différentes équipes, il ressort que l’affluence n’a pas été à hauteur d’attente. Après un taux de participation record enregistré lors du premier tour (48,98%), les observateurs s’attendaient à beaucoup plus lors de ce second tour.
L’administration avait donné des gages et s’était engagée à corriger les imperfections constatées le 28 juillet. Il s’agissait essentiellement des cartes d’électeur Nina non attribuée, des difficultés pour certains de savoir dans quel centre voter, pour d’autres de retrouver leur bureau de vote. Pour la distribution des cartes d’électeur Nina, des équipes de distribution ont continué à travailler après le premier tour afin que chaque électeur potentiel soit muni de sa carte d’électeur. D’autre côté, l’administration à mis en service sur les différents reseaux de téléphonie mobile des numéros d’assistance permettant aux électeurs d’identifier leurs lieux et bureau de vote. En outre, dans les centres de vote, la délégation générale aux élections a déployé des agents munis d’ordinateurs portables connectés à un serveur, permettant aux électeurs de retrouver rapidement leur bureau de vote.
Tout ce dispositif aurait dû présager d’un bon déroulement du scrutin. Mais les choses semblent s’être passées comme le désiraient l’administration, les candidats, les observateurs, etc.

Tout d’abord, il y a eu cette forte pluie qui s’est abattue sur la capitale très tôt ce matin de dimanche électoral, obligeant certains bureaux à n’ouvrir leurs portes qu’une ou deux heures de retard. Les observateurs qui avaient fait un premier passage le matin ont dû croire que le manque d’affluence était dû à la pluie. Cependant, ils vont vite déchanter quand, dans l’après-midi ils ont constaté que l’affluence était toujours faible. Que s’est-il donc passé ?
En premier lieu, lors du premier tour, ils étaient vingt-sept candidats en lice. Chacun de ces candidats avaient son électorat, aussi minime soit-il, qu’il était parvenu à mobiliser. N’étant plus dans la course à l’issue du premier tour, beaucoup de ces candidats malheureux ont d’abord attendu de s’entendre avec les « grands » candidats avant de s’engager à donner des mots d’ordre de report de voix. Mais ils ont surtout attendu le verdict final de la Cour constitutionnelle qui a la charge de déclarer les résultats définitifs. Cette décision n’interviendra que le mercredi, quarante huit heures avant la clôture de la campagne électorale prévue pour le vendredi à minuit, mais surtout la veille de la fête de fin de ramadan.

Quarante huit heures sont insuffisantes pour une campagne électorale d’autant plus que les électeurs, sympathisants et militants des candidats malheureux se sont démobilisés. Ils auraient pu se mobiliser pour leur propre candidat mais pour sortir sous la pluie et aller voter pour un candidat que leur état-major leur impose, cela est une gageure dans le contexte malien actuel où la motivation a besoin d’autre chose que de simples slogans creux. De toutes les manières, au cours de ces quarante huit heures, personne n’avait plus la tête aux élections. Tout devait donc se jouer le jour du scrutin. Si les candidats finalistes n’ont pas pu battre officiellement campagne dans les régions et dans le district de Bamako, ils ont décidé de confier ce rôle à leurs soutiens circonstanciels, chacun de ceux-ci devant jouer son rôle dans son fief électoral, là où il est sûr de pouvoir mobiliser quelques électeurs. Mais pour cela, il faut de l’argent, beaucoup d’argent pour pousser des candidats malheureux sur les routes.

Le plus nanti des deux finalistes, Soumaïla Cissé pouvaient se permettre de financer la campagne de report de voix de ses alliés, Jeamille Bittar, Modibo Sidibé et Tiébilé Dramé, même si les deux premiers ne sont pas dépourvus de moyens. L’a-t-il fait ? Rien n’est moins sûr, l’homme avait déjà senti souffler le vent de la défaite et décidé de se laisser porter par les événements. Quant à IBK, avec sa pléthore de courtisans, il n’avait pas besoin de motiver des responsables qui sont déjà prêts à rentrer dans ses bonnes grâces, sûrs qu’ils sont d’avoir fait le meilleur choix, le choix gagnant. Selon plusieurs indiscrétions, le président du RPM aurait même refusé d’ouvrir sa porte à ses nouveaux «amis», préférant laisser ses collaborateurs traiter les petits détails.

Ce dimanche 11 août donc, alors qu’IBK s’est déjà drapé de ses atours de président de la République, avec une impressionnante escorte sécuritaire digne du capitaine de Kati, les affidés de son grand rival en sont réduits aux actions désespérées. Ainsi, selon certains de nos reporters, des individus auraient été pris en flagrant délit d’achat de vote et de conscience en faveur du candidat de l’URD.
Ils se sont certainement dit que maintenant qu’il n’y a pas d’affluence, notamment en faveur d’IBK, le moment était venu pour eux d’investir dans le florissant négoce électoral de voix. En oubliant que même les personnes âgées aspirent au changement et sont prêtes, pour cela, à la délation.

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 12 Août 2013