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Deux faits majeurs ont attiré l’attention des hommes politiques ainsi que des observateurs de la scène politique en fin de semaine dernière. Il s’agit de l’arrivée des matériels de vote et de la mise à la disposition des candidats des imprimés de déclaration de candidature à l’élection du président de la République par la Cour constitutionnelle.
Ces deux faits sont significatifs à plus d’un titre et salutaires. Beaucoup de Maliens étaient sceptiques quant à l’organisation des élections. Pour une fois, l’espoir renaît et cela donne le sourire à la classe politique, du moins à ceux qui veulent que le scrutin ait lieu. Car dans une déclaration sur les antennes de Radio France Internationale, le président de la République, Amadou Toumani Touré, doute de la sincérité de certains acteurs politiques à aller aux élections.

Il estime que certains mettent tout en œuvre afin que l’élection ne puisse pas se tenir. Il le déclarait en ces termes : « Il y a des gens (des hommes politiques et des hommes de tous bords) qui sont déjà en train de faire leur petit chemin, parce qu’ils ne veulent pas qu’il y ait des élections et je pense que le plus mauvais service que l’on puisse rendre à notre pays, c’est de ne pas les organiser ».

Cette déclaration du chef suprême des armées a attiré notre attention car ce sont-là, avant tout, des propos du président de la République. Depuis lors, des questions taraudent notre esprit et demeurent pour l’instant sans réponses de notre part. Parmi elles, les deux les plus importantes sont : qui sont ceux qui veulent boycotter le processus électoral ? Qui trouve un intérêt dans la non tenue des élections ?

L’espoir renaît :

La classe politique, ainsi que les observateurs de la scène politique, ont lancé un ouf de soulagement en fin de semaine dernière, avec l’arrivée des matériels de vote. Ces matériels constituent, à n’en pas douter, des outils précieux pour le bon déroulement du processus électoral. Ils ont été réceptionnés à l’Aéroport de Bamako/Senou par le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, le général Kafougouna Koné.

Ils sont composés d’urnes, d’isoloirs. L’évènement a été médiatisé. Cela a toute son importance, dans la mesure où des acteurs politiques et même une partie de l’opinion nationale, doutaient quant à l’organisation des élections générales de 2012. Le Ministre a rassuré que les autres matériels sont en cours. Qu’ils arriveront tous bien avant le jour j.

Avec la rébellion qui sévit au nord du pays, des inquiétudes planent sur le processus dans son ensemble. Le doute subsiste même. Ce qui est tout à fait logique dans la mesure où sans la paix et la sécurité, rien n’est possible. Dès lors que les fondements d’une nation sont remis en cause, les programmes et les échéances passent au second plan. La priorité demeure la recherche de la stabilité et de la paix.

Mais qu’à ce la ne tienne, les Maliens ont un rendez-vous avec l’histoire, il s’agit de la tenue des élections. Il faut rappeler qu’après 22 années de régime dictatorial, le Mali démocratique a organisé ses premières élections en 1992. Les institutions démocratiques ont été mises en place. Il s’agit du président de la République, de l’Assemblée nationale, du Haut conseil des collectivités… Les textes prévoient un mandat de 5 ans pour le président de la République, renouvelable une seule fois.

Quant au mandat des députés, il n’est pas limitatif en ce qui le nombre, mais des élections se tiennent chaque 05 ans. C’est pour dire qu’on peut se présenter à la députation autant de fois qu’on peut, mais à condition de remplir les critères.

Cette année, le premier tour de l’élection présidentielle est prévu pour le 29 Avril. Le Ministère de l’Administration territoriale et des collectivités locales est de plain-pied dans les préparatifs. Mais une nouvelle donne est venue semer le doute dans l’esprit de la population : la rébellion touarègue. Après les attaques de Menaka, Anderboucane, Tessalit, il la psychose s’est emparée des populations et naturellement, beaucoup de gens s’interrogent sur l’opportunité d’organiser les élections, alors qu’une frange importante des populations rurales de ces zones sont en exode.

Par peur de représailles et de conflit entre les rebelles et l’armée, beaucoup se sont réfugiés dans les pays voisins comme la Mauritanie, l’Algérie, le Niger, le Burkina Faso. Ce sont des facteurs qui donnent à réfléchir. Mais doivent t-ils être à l’origine du report des élections ? Sincèrement non ! Il faut à tout prix éviter le vide constitutionnel. Les autorités doivent tout mettre en œuvre pour organiser l’élection présidentielle. Cela sera de nature à couper l’herbe sous les pieds de ceux qui veulent voir reculer notre processus électoral et rassurer l’honorable Dioncouda Traoré qui n’écarte plus aucune hypothèse; même celle d’un coup d’état. Qu’Allah nous épargne ce recul démocratique !

La Cour Constitutionnelle donne le ton

La Cour constitutionnelle vient de lancer la course à la présidence de la République. Conformément aux dispositions de l’article 33 de la Constitution et de l’article 146 de la Loi N°06-044 du 04 septembre 2006 modifiée portant Loi électorale, le président de la Cour constitutionnelle porte à la connaissance des citoyens que les imprimés de déclaration de candidature à l’élection du Président de la République sont disponibles au niveau du secrétaire général de la Cour constitutionnelle.

Le même communiqué précise que la déclaration de candidature est faite à titre personnel à partir de la publication du décret convoquant les électeurs au plus tard le trentième jour précédant le scrutin et adressée au président de la Cour constitutionnelle qui en délivre récépissé. Elle est faite en double exemplaire, doit être revêtue de la signature du candidat intéressé portant attestation sur l’honneur qu’il remplit les conditions d’éligibilité requises.

A partir de ce communiqué, la voie est donc officiellement ouverte pour la succession du général président. Ce dernier est déterminé à organiser des élections crédibles, transparentes avant « de mener une autre vie après celle de Président».

Rappelons que la Cour constitutionnelle est la haute juridiction chargée de veiller à la bonne organisation des élections : présidentielle et législatives.

Birama FALL

Le Prétoire du 27 Février 2012