Partager


La communication écrite présentée par le ministère de l’Education sur la scolarisation au Mali, à la session ordinaire du conseil des ministres du 29 août 2007, suscite beaucoup d’espoir. Elle marque non seulement une avancée énorme en la matière, mais redonne l’espoir dans l’atteinte de l’Objectif du Millénaire en matière d’Education pour tous. A condition bien sûr, que les chiffres soient réels.

« La réalisation de l’Objectif de l’Education pour tous que vise notre pays nécessite la conduite d’actions d’envergure destinées à accroître l’offre d’accès à l’école tout en améliorant la qualité de la formation », lit-on dans le communiqué du conseil des ministres du 29 août 2007. Au cours de cette rencontre hebdomadaire de l’exécutif, il a été examiné une communication relative au document de Politique nationale de scolarisation des filles et son plan d’action.

« Les mesures engagées dans ce sens au cours des dernières années se sont traduites par un relèvement significatif du taux de scolarisation », indique le communiqué. C’est ainsi que le taux brut de scolarisation au 1er cycle est passé de 67 % en 2002-2003 à 75 % en 2005-2006. Au 2e cycle, il est passé de 30 % à 41,5 % au cours de la même période. Comme on le voit, le bond est réel, même si la qualité laisse à désirer.

Mais, ces chiffres sont déjà contestés par certaines de nos sources dans le secteur de l’enseignement qui les trouvent « loin de la réalité ». Comme nous dit un responsable d’Association de parents d’élèves (APE), « il est évident que le Mali a fait beaucoup d’efforts pour relever ses taux de scolarisation. Mais, je trouve les statistiques avancées par le département comme un peu démesurées ».

D’ailleurs, le gouvernement apporte un bémol à ce progrès du taux de scolarisation en soulignant que, « en dépit de ces avancées, des disparités, parfois importantes, existent lorsque que l’on procède à une analyse des résultats par genre ». Ainsi, au 1er cycle, le taux brut de scolarisation des filles est passé de 56,4 % en 2002-2003 à 65,1 % en 2005-2006 alors que celui des garçons est passé de 77, 9 % à 85,1 %, soit un écart de 20 points.

Au 2e cycle du fondamental, le taux pour les filles est passé de 21,7 % en 2002-2003 à 31,1 % en 2005-2006. Pour les garçons, il est passé de 38,5 % à 52,1 %, soit un écart de 21 points. Les disparités entre filles et garçons se constatent également en matière de taux d’admission aux examens et de pourcentage de redoublement. Tout comme elles constituent une réalité palpable dans les autres ordres d’enseignement.

Pour le gouvernement, « la persistance d’une telle situation constitue un frein au développement et un obstacle à l’atteinte des objectifs de réduction de la pauvreté ». C’est donc fort logiquement que la politique de scolarisation des filles se fixe pour objectif de l’améliorer afin de réduire et, à terme, éliminer les disparités liées au sexe conformément aux engagements internationaux pris par le Mali, aux réformes entreprises dans le secteur de l’éducation et à la politique de promotion de la femme et de l’enfant.

A cet effet, il est prévu de renforcer les mesures déjà prises et d’entreprendre d’autres actions spécifiques en faveur de la scolarisation des filles. Il s’agit, entre autres, de l’information et de la sensibilisation des acteurs afin de lever les contraintes culturelles et sociales, de favoriser par des mesures incitatives l’inscription et le maintien des filles à l’école, de renforcer la capacité des structures dans la dynamisation et le suivi de la stratégie de scolarisation des filles et, enfin, d’impliquer les collectivités locales et la société civile dans la mise en œuvre de la politique de scolarisation des filles. Cette quête de synergie est très importante même si elle se limite pour le moment aux collectivités locales et à la société civile. Le rôle des médias est ainsi occulté pour le moment.

Cette synergie est d’autant importante que, si l’on s’en tient aux données des organisations internationales, le Mali est loin d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en matière d’Education pour tous. Et ce ne sont pas les efforts du seul gouvernement, aussi louables soient-ils, qui vont suffire à combler le gap. La décision d’envoyer les filles à l’école au même titre que les garçons, dépend avant tout des familles et des communautés. C’est à ce niveau que le plaidoyer est important.

Moussa Bolly

05 septembre 2007.