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Des partis politiques comme l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma) s’agitent pour apporter leur soutien à IBK alors qu’ils seraient bien dans l’opposition pour non seulement corriger les erreurs du passé, mais aussi reconquérir leur électorat et accomplir ainsi leurs missions principales.

Généralement, à la veille et après les joutes électorales, l’atmosphère devient des plus délétères au sein des partis politiques au Mali. Les démissions et les schismes se multiplient. Les partants débarquent, avec armes et bagages, dans les formations où ils espèrent être mieux lotis. Comme le nomadisme politique malien tire essentiellement sa source de l’opportunisme, les promesses d’un meilleur standing social et politique entrent dans la danse.

Voyant le soleil à leurs portes, les transhumants font table rase du passé en courant tout droit vers leur but : l’accomplissement personnel fut-il au détriment du Mali. La période postélectorale n’a pas échappé à la règle, avec des changements de direction aussi inexplicables qu’imprévus. Chacun veut aller voir là où se trouve le miel.

Le parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM) est devenu une destination prisée aujourd’hui. Beaucoup de politiciens veulent y monnayer leurs talents politiques et ceux qui ont un peu d’honneur et de dignité parlent plutôt de mouvance, de coalition ou de soutien au président de la République. La course effrénée au RPM affaiblit davantage les autres partis, qui demeureront des eternels « losers » comme pendant la décennie de règne de l’indépendant ATT.

L’hégémonie du RPM a contraint l’Adéma/PASJ à revoir ses ambitions et sa position sur l’échiquier politique même si le chemin que le parti veut emprunter va à l’encontre de ses valeurs fondamentales.

Membre fondateur du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République au Mali (FDR), un regroupement rejeté par le parti d’IBK, l’Adéma se retrouve aujourd’hui dans la mouvance présidentielle. Selon son président intérimaire, Pr. Tiémoko Sangaré, « l’Adéma a décidé à l’unanimité de soutenir IBK ».

En d’autres termes, le parti de l’Abeille n’entend pas animer l’opposition et comme de juste, il sera du côté des dirigeants de la nation. Il reste maintenant à savoir comment se fera cet accompagnement du parti présidentiel. Sous ATT, Dioncounda Traoré et ses camarades se sont contentés de gober le président déchu et toutes ses œuvres. En retour, le parti était bien représenté dans les gouvernements successifs et détenait des postes clés dans l’administration.

L’Adéma est donc comptable du bilan d’ATT. C’est pourquoi, des observateurs politiques nationaux soutiennent que le décevant score de l’Adéma aux dernières législatives traduit la déception du peuple par ce parti. Et soutenir IBK aujourd’hui serait un autre grand risque que prendraient les leaders actuels du parti.

L’âne de Buridan

Cela est d’autant plus vrai que la Ruche a été érigée autour des valeurs républicaines qui sont naturellement contre l’unanimisme politique. Les pères fondateurs de l’Adéma n’ont jamais aspiré à voir leur parti jouer un rôle secondaire au lieu de chercher à animer la démocratie à travers des propositions concrètes au gouvernement, la conquête et l’exercice du pouvoir.

Non satisfaits de la direction que prend leur parti, des figures de proue de l’Adéma auraient pris un peu de recul par rapport aux activités de leur formation. Mais, ils ne seraient pas au bout de leurs peines en ce sens que les sérieux prétendants à la présidence du PASJ sont tous des partisans d’un soutien sans limites à IBK.

Outre l’Adéma, le Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES) est lui-aussi sur des braises ardentes. Les amis (ou ex-amis ?) d’ATT semblent ne pas pouvoir s’entendre sur l’orientation à donner à leurs actions politiques. Affamés du pouvoir, certains dirigeants du PDES souhaiteraient regagner le camp du prince du jour tandis que d’autres aimeraient bien animer l’opposition.

Cette dernière position semble logique en ce sens que l’ancien président ATT dont le PDES se propose de défendre l’héritage a rarement pris des décisions appréciées par le locataire actuel de Koulouba. Mais, la lutte interne semble bien enclenchée entre les partisans du général, qui confirment ainsi toutes les prédictions que les observateurs avaient faites lors de la création de ce parti.

En tout état de cause, le PDES gagnerait mieux en termes de respect et de visibilité s’il reste fidèle à sa vocation de défense des idéaux et des œuvres de son mentor. Mais, être dans l’opposition implique aussi de l’abnégation et des convictions politiques, ce qui serait tout le contraire de nombre de cadres de ce parti.

L’Adéma/PASJ, le PDES, les Fare… sont comme qui dirait l’âne de Buridan. Cet animal légendaire placé à égale distance d’une botte de foin et d’un sceau d’eau n’ayant pu choisir l’un ou l’autre par désir de tout avoir à la fois, est finalement mort de faim.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 31 Janvier 2014