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Depuis un certain temps, on assiste à une forte ébullition de notre sport-roi : le football. Ainsi, de fortes tensions, dont des crises et des violences, sont en train de s’ériger en règle.

Si rien n’est entrepris pour faire face à ce phénomène qui se dessine à l’horizon et tend à devenir endémique, c’est non seulement le public sportif et les fans du ballon rond qui en pâtiront, mais aussi le football malien et le pays, en général.


Le football, un facteur de paix et de développement

Aujourd’hui, tous les observateurs avertis sont d’accord sur une réalité : le football en particulier, et le sport en général, est une grande voie et un important facteur de paix et de développement entre les nations.

Et le football n’ayant pas de frontière, iil n’est pas rare de voir deux pays en guerre jouer entre eux, même si cela se fait en terrain neutre. Ce fut le cas, tout récemment, entre le Tchad et le Soudan. D’autres cas similaires se sont également produits : entre la RDC et le Rwanda (lors de la CAN 2006), entre les USA et Cuba, entre l’Iran et les USA…

Le fait historique de cette année 2008, c’est la rencontre entre la Turquie et l’Arménie, après une brouille de ces deux pays durant plus d’un siècle. En effet, à la faveur des éliminatoires du Mondial 2010, le Président de la république de Turquie a été invité par son homologue d’Arménie : c’est le “miracle” du football qui a permis à un début de dialogue entre ces deux pays. Un miracle auquel personne ne croyait pourtant, surtout après plusieurs tentatives de réconciliation des deux pays.

En plus d’être une facteur de paix, le football participe au développement des nations, à travers les compétitions officielles : la construction des infrastructures sppportives, les subventions liées à l’organisation d’une compétition internationale quelconque de la CAF ou de la FIFA, les formations des responsables sportifs, les intérêts économiques générés au cours des matches… sont autant d’exemples du développement. Surtout que du responsable jusqu’au simple
supporter, chacun y trouve son compte.

La preuve : c’est grâce à la CAN 2002 organisée au Mali que le pays a pu bénéficier d’infrastructures sportives à Bamako, Kayes, Sikasso, Ségou et Mopti. Des projets avaient ensuite été initiés en vue d’offir des stades de 10 à 15 000 places à Koulikoro, Tombouctou, Gao, Bougouni, San et Koutiala. Sans oublier les aménagements routiers effectués un peu partout dans ces localités.

D’ailleurs, au Mali, chacun est unanime à reconnaître l’importance du football, surtout en cas de victoire d’une équipe. La preuve : lors de la défaite des Aigles face au Togo, le 27 Mars 2005 (éliminatoires combinées Can-Mondial 2006), la population malienne a pu mesurer l’ampleur des dégâts causés par la révolte des supporters après ladite défaite. C’est dire qu’il faut coûte que coûte sauvegarder les intérêts du football, en dépit des divergences de vue entre ses acteurs.


L’avenir du football malien en question

Malheureusement, au Mali, les acteurs du sport-roi continuent d’ignorer ses effets bénéfiques. Au lieu de se réunir autour d’une table pour trouver des solutions adéquates pour l’avancée de cette discipline, certains préfèrent créer des situations de crises, de tensions, de violations, pour déstabiliser ceux qui ont la charge de présider aux destinées du bureau fédéral et d’autres instances sportives.

Pourtant, lors du conseil extraordinaire de la Fédération Malienne de Football (FEMAFOOT), tenue à Ségou le 1er Avril 2006, on avait cru que le football venait d’être relancé avec la fin de la guerre entre partisans et adversaires du bureau fédéral. Et le monde sportif avait salué cette courageuse initiative venant des uns et des autres, en vue de signer désormais la paix, pour le seul intérêt du football malien.

Mais hélas, deux ans après, c’est la reprise des hostilités entre les partisans et adversaires du bureau fédéral. C’est ainsi qu’une association dite ”Initiative pour le Renouveau du football malien”, dirigée par M. Boubacar Kolon Sidibé, s’est invitée au débat.

Malheureusement, à peine portée sur les fonts baptismaux, cette association a enregistré des démissions en cascades, car ladite Initiative avait été mal interprétée par les démissionnaires.

Du coup, les moindres erreurs, occasions et moyens ont été récupérés par les frondeurs. Tout est parti de l’affaire Jeanne d’Arc -AS Police, suivi de l’affaire Jeanne d’Arc-Flèche Noire de Sanankoroba.

Le fait que la FEMAFOOT ait décidé d’appliquer les textes régissant le football international n’ont pas été du goût de certains opposants du bureau fédéral. Profitant peut-être de la naïveté de l’AS Police et de Flèche Noire de Sanankoroba, ces opposants tapis dans l’ombre ont induit ces deux équipes en erreur : ce qui leur a coûté cher. La preuve : l’AS Police et Flèche Noire de Sanankoroba ont été suspendues pour trois ans.

Ce que l’AS Tadona de Bougouni a bien compris pour ne pas tomber dans la même erreur. En effet, l’équipe de Bougouni avait émis des réserves sur le Réveil Club de San, mais elle a été déboutée par la FEMAFOOT.

Malgré des pressions extérieures, les responsables de l’AS Tadona de Bougouni ont quand même accepté le verdict. Dès lors, on pensait que c’est le retour de l’accalmie au sein du football malien. Mais il a fallu attendre le début des éliminatoires de la CAN-Mondial 2010 pour se rendre compte que les déstabilisateurs du football n’ont pas baissé les bras. Ainsi, des moyens avaient été mis en branle en vue de faire échec aux Aigles pour qu’ils ne se qualifient pas au 3e tour des éliminatoires CAN-Mondial 2010.

Raisons de ces tentatives de déstabilisation : la FEMAFOOT n’a pas pu empêcher Keshi de choisir Mamadou Coulibaly comme son adjoint. Et surtout, le fait que Keshi ait décidé de prendre les Aigles locaux en main, durant tout le ong de son contrat qui prend fin en 2010. Pourtant, en cas d’échec des Aigles, en plus de l’entraîneur national, c’est la fédération qui sera également visée.

Un début de saison 2008-2009 très houleux

Comme on le sait, le mandat du bureau fédéral, qui prendra fin en 2009, suscite des appétits des uns et des autres. Ainsi, pendant que les membres du bureau fédéral tentent de maintenir leurs positions de force pour un nouveau mandat, les opposants tentent de tout faire pour obtenir la faveur des clubs et des ligues.

Aussi, les menaces et autres intimidations sont devenues monnaie courante, d’une part entre partisans et adversaires pour s’emparer des destinées de la FEMAFOOT, d’autre part entre responsables et hommes de médias accusés, à tort ou à raison, d’être de tel ou tel parti. C’est ainsi qu’à cause des transferts de joueurs, les supporters du Réal s’en étaient pris au président de l’ASKO.

Deux jours plus tard, ce sont des supporters du Stade malien de Bamako de lancer des projectiles sur les arbitres et les supporters dont la malchance fut de se trouver par hasard sur les lieux, lors du match de leur équipe battue par l’USFAS. En tout cas, ces tensions constituent les premices d’une saison 2008-2009 houleuse.

Au delà de tout cela, un autre débât risque de polluer l’atmosphère footballistique malien. Il s’agit du litige financier qui oppose le Djoliba au COB, au sujet des frais d’indemnités de formation des joueurs Amadou Sidibé et Alfousseyni Keïta, tous deux transférés respectivement à Auxerre et Le Mans.

D’ailleurs, les responsables du COB entendent saisir la FIFA pour rentrer en possession de leurs droits. Ce qui serait une première dans l’histoire du football malien.

Selon nos informations, au cas où le COB saisissait la FIFA, et que le COB sortait vainqueur, des supporters de Djoliba, appelés souvent des “hooligans de Hérémakono”, sont prêts à marcher sur le COB et empêcher l’équipe de jouer ses matches de championnat de Coupe du Mali, ou toutes autres compétitions au Mali.

L’Etat doit intervenir

Vu la tournure que prennent les choses, l’Etat doit intervenir pour éviter toute surprise désagréable. En effet, pourquoi une telle animosité entre équipes et acteurs du fooball, si réellement chacun vise l’intérêt de cette discipline?

Mais hélas, comme on le constate, chacun vient dans ce monde sportif pour ses propres ambitions, mais en se cachant le plus souvent derrière les supporters. Ce qui compte pour eux, c’est la sauvegarde de leurs intérêts. Et que le pays brûle, cela ne les regarde pas. Pourtant, quoi qu’on dise, la FEMAFOOT est placée sous la tutelle du département de la Jeunesse et des Sports.

Vu tout ce qu’il investit pour le football, l’Etat se doit d’y porter un regard. Et à défaut de forcer qui que ce soit, l’Etat doit prendre également ses responsabilités et poursuivre tous les fauteurs de troubles en justice. Surtout quand on sait que l’unité, la paix et le développement du pays ne sont pas négociables.


Sadou BOCOUM

21 Octobre 2008