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La station régionale FM/TV de Kayes, le seul média public d’information et de diffusion radio télé au service du développement de la région de Kayes court aujourd’hui un grand risque. Elle est désormais plus qu’exposée avec les travaux de construction d’une station d’essence sur ses connexions et installations de fibres optiques.

Car, c’est par là que passe toute la fibre optique transportant images et sons de Dakar à Bamako, sans compter tous les autres câbles de connexion technique de télécommunication par fibre optique. C’est ce réseau qui dessert l’international à partir de Dakar et de Kayes.

Pire, en cas d’incendie, l’ORTM Kayes s’embrase immédiatement et avec elle toutes les installations liées à la haute tension EDM sans compter les conséquences pour les populations avoisinantes, le personnel de l’ORTM et encore pour l’Etat malien qui sera poursuivi par les autres diffuseurs installés sur les pylônes de l’ORTM Kayes que sont RFI, TV5, AFRICABLE, Mali Vision, Mali Télévision, Orange Mali.

Face à cette menace grave qui pèse sur sa structure, le directeur régional de l’ORTM Kayes, Moussa Hari Maïga tente aujourd’hui d’alerter en vain les autorités administratives, locales et municipales de la ville de Kayes avec la construction en cours d’une nouvelle station d’essence près de l’ORTM Kayes à moins de 5 m de son mur d’enceinte.
Malgré ses multiples tractations,

le bénéficiaire de ladite autorisation, la société africaine de pétrole continue allègrement ses travaux sans se soucier un tant soit peu du préjudice irréparable que pourrait subir la station ORTM FM/TV de Kayes.

Devant la mauvaise foi manifeste des autorités municipales à ordonner l’arrêt des travaux, le directeur régional de l’ORTM Kayes, Moussa Hari Maïga, a déposé le 17 juin dernier dans le cabinet du président du tribunal administratif de Kayes «une requête aux fins de sursis à exécution de la décision de l’autorisation d’occupation du domaine public délivrée par le maire de la commune urbaine de Kayes le 10 juin 2008 pour construction d’une station d’essence près des installations de l’ORTM Kayes».

Dans sa requête, Moussa Hari Maïga dira que la station régionale FM/TV de Kayes, le seul média public d’information et de diffusion radio télé au service du développement de la région de Kayes “mérite la défense et la sauvegarde de tous les vrais citoyens”.

Et de souligner avec force que “la construction de cet ouvrage entraînera des préjudices irréparables au triple plan de l’ordre public : la tranquillité publique, la sécurité publique et l’hygiène publique”.

Dans sa requête, il indiquera en outre au président du tribunal administratif que «nul ne peut apprécier les conséquences dommageables résultant d’un incendie de carburant surtout à côté d’une station de radio et de télévision d’Etat fréquentée régulièrement par des nationaux et des non nationaux».

En prenant une telle décision, fera-t-il remarquer, «l’autorité municipale a fait prévaloir l’intérêt particulier d’un individu au détriment de l’intérêt général incarné par la station ORTM/Radio et télévision d’Etat au service des populations de la région de Kayes».

Ce qui à ses yeux procède d’un détournement de pouvoir parce qu’elle vise fondamentalement à faire triompher l’intérêt personnel sur l’intérêt général. En droit, «le détournement de pouvoir se définit comme étant l’utilisation d’une compétence ou d’une attribution à des fins autres pour lesquelles ladite compétence a été légalement dévolue».

Dans le cas d’espèce, si la loi confère au maire compétence pour prendre des décisions en matière d’ordre public, il ne peut, sous couvert de cette même compétence, servir des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. L’intérêt général est ici l’ORTM, service d’utilité publique de radiodiffusion et de télévision émettant sur un rayon de diffusion de 150 Km au service exclusif des populations de la région de Kayes.

Et en la matière, les trois éléments de l’ordre public sont menacés : la tranquillité publique : nuisances sonores, pollutions et autres ; la sécurité publique : les risques d’incendie ; et l’hygiène publique en tant que dépôt de carburant.

Si on ajoute à ces éléments la violation du principe selon lequel les stations d’essence sont classées au rang d’établissement dangereux dont l’installation requiert l’avis préalable des voisins et surtout le fait que l’ORTM n’ait jamais été d’accord avec la construction de cette station d’essence à moins de 5 m de son enceinte, on peut dire sans risque de se tromper que le directeur régional de l’ORTM Kayes, Moussa Hari Maïga, tient le bon bout dans cette affaire.

Comment un tel dysfonctionnement des services publics dans un Etat dit de droit peut-il alors se produire au vu et au su de tout le monde ?


Les élucubrations du maire de Kayes

Et pourtant lors d’une réunion de consultation publique présidée par le sous-préfet de Kayes qui s’est tenue le 27 mai 2008 dans la cour du chef de quartier de Légal Ségou, les populations voisines ont toutes opposé une fin de non recevoir.

L’ORTM Kayes a aussi officiellement opposé son refus à l’installation de la station d’essence et même invité le sous-préfet et tous les participants à la réunion à voir de visu l’emplacement pour apprécier les risques auxquels l’ORTM Kayes, ses travailleurs, ses diffuseurs et tous ses voisins sont exposés si cette station venait à voir le jour-là.

Le sous-préfet scandalisé a instruit à Moussa Hari Maïga d’adresser immédiatement une lettre au préfet demandant l’arrêt des travaux.

Ce dernier saisit à son tour le maire de la commune urbaine de Kayes qui, le 2 juin 2008, adressa aussi une lettre au Commissaire du 1ère arrondissement de Kayes avec en objet : “arrêt des travaux de construction d’une station d’essence près de l’ORTM (côté ouest goudron)”.

Dans ladite lettre, le maire de la commune urbaine de Kayes exigeait l’arrêt des travaux et même un constat des dégâts faits sur la chaussée par le promoteur.
Mais curieusement, huit jours seulement après il y a eu un véritable retournement de situation.

Moussa Hari Maïga, les populations voisines ainsi que toutes les autorités administratives régionales de Kayes ont été surpris par un autre document délivré encore par le maire de Kayes sous forme d’autorisation d’occupation à la société africaine de pétrole en date du 10 juin 2008, signée du même maire, cachetée mais sans nom.

Naturellement et manifestement, l’ORTM Kayes proteste et s’oppose à l’exécution de cet acte parce que préjudiciable à la sécurité de ses installations.

Qu’est-ce qui a donc poussé le maire de la commune urbaine de Kayes à faire volte-face entre le 2 juin et le 10 juin 2008 ?

(Affaire à suivre).

Birama Fall

20 Juin 2008