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Les travaux de la 8e conférence nationale de l’Adéma/PASJ, ouverts samedi au CICB, se sont achevés hier. La principale décision est l’exclusion du parti du 1er vice-président Soumeylou Boubèye Maïga et quatre autres membres du CE. Une décision qui ne manquera pas de précipiter le dernier soupir d’une formation déjà à l’agonie.

La 8e conférence nationale de l’Adéma tenue samedi et dimanche 25 février 2007 avait à son ordre du jour, le rapport du comité exécutif, les élections générales de 2007 et la question de discipline au sein du parti. Ce dernier point était le plus crucial puisqu’il devait discuter des sanctions à infliger à des militants de première heure et non moins membres du comité exécutif.

Les travaux de l’après-midi ont abouti à l’exclusion de Soumeylou Boubèye Maïga, 1er vice-président, Issa Diarra, Binta Yattassaye, Oumar Ag Elmedi et Ibrahima Abba Kontao. D’autres membres initiateurs du Manifeste de l’Association pour la démocratie et la justice (ADJ) sont menacés des mêmes sanctions laissées cette fois-ci à la discrétion de leurs sections, sous-sections et comités. Il s’agit notamment des sections de Markala, Gao, Macina, Commune IV du district de Bamako et Niono. Tout s’est passé à la suite de débats houleux où il a fallu procéder au vote.

Selon Dialla Dagnogo, un des secrétaires à la communication du parti, 168 délégués se sont prononcés pour l’exclusion, 5 contre et 4 abstentions. La conférence reproche aux exclus d’avoir milité dans une alliance à but électoral autre que celle définie par le parti et d’aller à contre-courant de son choix concernant le candidat à soutenir à la présidentielle d’avril 2007.

Soumeylou Boubèye Maïga est dans la ligne de mire du CE pour avoir créé une association en son nom (Asma) et un regroupement dénommé Convergence-2007 qui ont tenu des meetings au cours desquels il n’aurait pas caché ses intentions d’être candidat à la prochaine présidentielle.

Soumeylou et Mandé absents

Dans son discours d’ouverture, le président du parti, Dioncounda Traoré a de prime abord remis sur le tapis la question de sanction contre ce qu’il a appelé « le travail fractionnel au sein du parti ». Il a rappelé à cette fin les recommandations issues de la 7e conférence nationale tenue, il y a 14 mois. Selon lui, « le CE a été engagé à transformer le soutien politique actif du parti en soutien électoral en faveur d’ATT, à nouer une alliance politique et à signer une plate-forme électorale sur cette question, enfin, à faire accepter, avec vigueur, la discipline au sein du parti ».

Justifiant le bien-fondé des sanctions tombées quelques heures plus tard, Dioncounda avait défendu la position selon laquelle : « l’Adéma n’est pas un parti où nous cultivons la pensée unique, mais nous exigeons l’unité dans l’action, gage de notre succès ». Il avait préparé les militants à accepter les sanctions qui vont sortir de leurs travaux. « Les procédures engagées pourront aboutir à des décisions douloureuses. J’en appelle à l’esprit militant des uns et des autres pour que les cœurs et les esprits se retrouvent », avait-il averti.

Le président de l’Adéma avait fait cas de la signature par le parti de la plate-forme de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) tout en rappelant ses objectifs qui visent la réélection d’ATT en lui donnant une majorité stable. « J’en appelle à nos militants et à ceux de l’ADP, pour que notre projet se réalise à 150 % au soir de la présidentielle du 29 avril 2007 », a-t-il il

Les membres du CE Adéma étaient au complet au présidium. Seuls les fauteuils du 1er vice-président, Soumeylou Boubèye Maïga, et du 3e vice-président, Mandé Sidibé, étaient vacants. On ne sait pas trop les raisons de l’absence de Mandé Sidibé, même s’il est connu qu’il n’est pas d’avis avec le CE dans son refus de présenter un candidat du parti et de s’aligner derrière ATT.

Les exclus ne s’avouent pas exclus et indiquent qu’ils restent et demeurent membres à part entière de l’Adéma. Selon des indiscrétions, une bataille judiciaire sera enclenchée incessamment par Me Mamadou Gakou à la tête d’un pool de juristes. La conférence nationale a été spécialement convoquée pour les besoins de la cause alors que, selon les textes du parti, seul le congrès est habilité à prononcer de telles sanctions.


Abdrahamane Dicko

Potins

Dioncounda conspué

Au moment où Dioncounda Traoré prononçait son allocution, des militants ou jeunes gens assis au fond de la salle n’ont trouvé mieux que de le siffler et de fredonner des chansons. Le président de l’Adéma a eu du mal à lire son discours. Certains tenaient même des propos alambiqués en bamanan du genre « kinima mo folowa » (le riz n’est-il pas prêt ?). Le maître de cérémonie a beau les rappeler à l’ordre, ils continuaient le brouhaha, qui a duré une vingtaine de minutes. Diouncounda lui-même a coupé son intervention pour imposer du silence. En vain.

Militants ou badauds ?

La mobilisation était de taille. Ce qui a fait penser à certains aux beaux jours de l’Adéma des années 1992 à 1998 qui n’avait pas encore connu de déchirures importantes et pouvait mobiliser toutes ses ressources humaines. Le samedi, il y avait plus de gens au-dehors qu’au-dedans. La vague déferlante des Sotramas avait déversé des milliers de personnes aux CICB. Mais, est-ce que de vrais militants conspuent-ils leur président en plein discours ? La réponse est d’office non. La moitié de la salle s’est vidée juste après le discours de Dioncounda. Ce qui donne raison à ceux qui disaient qu’il y avait plus de badauds que de militants.


Les diplomates absents

Faute d’ambassadeurs invités ayant fait le déplacement, la place qui leur avait été réservée à la première rangée a été finalement occupée par des membres du parti. Le seul diplomate occidental ayant effectué le déplacement serait un conseiller de l’ambassade de France.

Alpha louangé dans la salle

La commission d’organisation a joint l’utile à l’agréable en faisant appel à la cantatrice Kadiatou Diabaté, une des filles d’un des jumeaux de Lafiabougou. En de pareilles occasions, nos artistes jouent sur la corde sensible des gens pour empocher quelques billets de banques. C’est ainsi que Kadiatou Diabaté a eu l’idée de chanter les mérités de démocrate de l’ancien président de la République, membre fondateur et premier président de l’Adéma parti. Elle a eu droit à des ovations. Comme quoi, même dans la division, les hommes se retrouvent souvent autour d’un individu.

26 février 2007.