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Le Mali va à vau l’eau et son école avec. Depuis quelques années, il n’y a plus d’école au Mali. «Le tenant du pouvoir à Koulouba fait semblant de doter le Mali d’une école performante, en faisant semblant de mettre les enseignants dans les conditions de travail. Ces derniers font semblant d’enseigner et les élèves et étudiants, victimes de l’insouciance des dirigeants, font semblant d’aller à l’école, mais n’apprennent rien».

Ces propos d’un ancien combattant de la guerre 1939-1945 peignent avec une réalité déconcertante la situation actuelle de l’école malienne. Personne au Mali ne peut aujourd’hui dire qu’il est satisfait de l’école.

Et personne, à commencer par celui qui a été désigné par les Maliens pour coordonner toutes les actions de développement du pays pendant les 5 ans de son mandat présidentiel, ne lève le petit doigt pour voler au secours des Maliens de demain, qui seraient du reste ses «amis, les enfants». Au-delà des déclarations d’intention, les autorités maliennes n’ont pratiquement pas de solutions aux maux de l’école malienne.

Les enseignants, empêtrés dans leurs revendications matérielles, ne ratent aucune occasion pour abandonner les salles de classe. Les apprenants, usés par les grèves intempestives, ne peuvent plus suivre le rythme normal des cours, ils sont plus fréquents dans les rues que dans les salles de classes.

En réalité, à observer l’école malienne de près, on se rend compte qu’elle est à l’image du pays qui a peur de l’excellence comme si c’était la peste. Les Soudanais devenus Maliens se sont, dans leur grande majorité, assis sur les valeurs qui avaient fait la fierté de ce peuple.

Et mine de rien, l’école malienne a une grande part de responsabilité dans cette transformation du citoyen malien, qui n’existe que de nom, ne sachant ni ses devoirs ni ses obligations. Le «doni», le petit savoir n’a plus d’importance, seul l’argent compte quels que soient les procédés de son acquisition.

Le pays s’est installé dans le règne du «djenikagnimi», l’argent vitesse.
Dans l’impossibilité de récréer nos lieux traditionnels d’initiation, centres privilégiés de formation par classe d’âge, il aurait fallu doter nos écoles de moyens conséquents pour former de véritables citoyens maliens soucieux du devenir du pays.

Mais, hélas, dans le souci de satisfaire les conditionnalités de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, nos dirigeants ont fait le choix de sacrifier l’instruction et la formation. Si cette responsabilité est partagée par les différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du Mali depuis l’avènement de la démocratie, force est de constater qu’ATT n’a pas eu la capacité de rectifier le tir.

Faut-il faire appel à Cheick Oumar Sissoko ?

Ayant hérité en 2002 d’une école suffisamment à terre, le Président actuel a manqué de vision. Sous son premier mandat de 5 ans, le tout puissant ministre de l’éducation nationale, feu le Pr. Mamadou Lamine Traoré n’a fait que colmater les brèches, en utilisant des méthodes discutables pour amadouer les différents syndicats du secteur de l’éducation.

Dans un tout autre style, son intérimaire Cheick Oumar Sissoko, à l’époque ministre de la culture, n’a pas eu le temps de déployer la stratégie qu’il comptait mettre en place pour sortir l’école malienne des tranchées de boue.

Avec le changement de gouvernement, à la faveur de l’arrivée du Premier ministre Modibo Sidibé, le Président ATT a porté son choix sur deux ministres qui ne pourront rien apporter à la résolution des difficultés de l’école malienne. Amadou Touré, ministre des enseignements secondaires, supérieur et de la recherche scientifique, depuis son arrivée, n’a eu pour seul mérite que d’avoir ouvert des fronts inutiles avec ses collègues enseignants.

A ce niveau de la crise, sa démarche ressemble à celui d’un sapeur pompier pyromane. Mme Sidibé Aminata Diallo, ministre de l’éducation de base, de l’alphabétisation et des langues nationales, de son côté, fait le pilotage à vue, à défaut de faire du surplace.

Notoirement inconnue au bataillon de la classe politique malienne jusqu’à sa candidature surprenante à l’élection Présidentielle de 2007, Mme Sidibé Aminata Diallo est de la catégorie des cadres maliens qui ne devaient pas être ministres d’un secteur aussi sensible que l’éducation au Mali.

Responsables de deux petits partis politiques de la place, les deux ministres chargés du secteur de l’éducation, n’ont pas la légitimité politique nécessaire pour faire face aux difficultés actuelles de l’école malienne.

Au-delà des individus, le Président de la République et le Premier ministre, au moment de la mise en place du gouvernement, devaient confier la gestion du secteur de l’éducation à de grandes formations politiques, dont les militants écument les syndicats d’enseignants.

Et en cette période de grandes difficultés, malgré les revendications catégorielles, la camaraderie politique aurait une influence sur le cours des négociations.

Mais, en décidant de choisir des ministres, dont les partis politiques ne pèsent pas grand-chose sur la scène politique malienne, ATT et son Premier ministre ont fait le choix délibéré d’avoir une “école non apaisée et non performante”. Et les troubles actuels ne doivent pas les surprendre.


Assane Koné

16 Mai 2008