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Aujourd’hui, à cause de la sécheresse et de l’invasions acridienne, les pays sahéliens comme le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Tchad, le Niger et la partie sud du Sénégal sont au bord de la famine.

La côte d’alerte est déjà atteinte. En plus des cris de détresse des gouvernements de ces pays, la FAO a même récemment lancé un appel d’urgence afin de collecter 11,4 millions de dollars soit 5, 7 milliards de FCFA pour venir en aide aux éleveurs de ces pays.

En attendant la mobilisation effective de ces fonds, les autorités des pays concernés par le phénomène font ce qu’elles peuvent pour distribuer gratuitement des milliers de tonnes de céréales dans les régions touchées. Ainsi, au Mali 20 993 tonnes de céréales sèches sont en train d’être distribuées, depuis le 9 mai dernier, à plus d’un million de personnes affamées, par le Système d’Alerte Précoce, (SAP).

Aussi, pour un meilleur approvisionnement du marché céréalier, le gouvernement malien a encouragé l’importation de 60 000 tonnes de riz. Car, le temps presse et la situation est critique dans certaines localités où déjà la malnutrition infantile est en train de se propager rapidement.

C’est par exemple le cas de Kidal au Mali.
Dans ce cas, la communauté internationale est fortement interpellée. Elle doit davantage réunir des moyens humanitaires pour éviter le chaos tout en mettant la main à la poche afin de permettre aux pays concernés par l’insécurité alimentaire de faire face aux difficultés.

Figurez-vous qu’au Mali, l’un des pays les plus touchés par le phénomène, les autorités ont besoin d’environ 17 milliards de FCFA pour pallier aux difficultés alimentaires des personnes et des animaux, selon le Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA).

Mais à étudier l’environnement des pays sahéliens, ceux-ci doivent pouvoir relever le défi de l’autosuffisance alimentaire. Ils disposent pour cela d’importantes ressources en terres, en eau et en énergie.

Le salut par l’Office du Niger

Au regard des ressources disponibles, l’état précaire actuel de la sécurité alimentaire apparaît comme un paradoxe. Et, c’est ce paradoxe qu’il faut vaincre en mettant en œuvre un vaste programme d’aménagement des terres.
Dans ce cadre, l’Office du Niger au Mali avec ses atouts et ses potentiels pour l’investissement, apparaît comme le lieu idéal pour mener une véritable révolution verte condition sine qua non pour lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire en particulier et la pauvreté en général.

Créé en 1932 dans le delta intérieur du fleuve Niger, l’Office du Niger est le plus ancien des périmètres irrigués de l’Afrique de l’Ouest. Il devait devenir, selon les premiers projets élaborés, le principal fournisseur de coton des industries textiles de la France coloniale, le grenier à riz de l’Afrique de l’Ouest et un lieu d’innovation technique et sociale. Les objectifs étaient ambitieux avec près d’un million d’hectares à aménager en 50 ans.

Pour cela de grands ouvrages ont été conçus et construits. Parmi ceux-ci, il faut noter le pont du barrage de Markala situé sur le fleuve Niger. Il constitue la pièce maîtresse des aménagements hydro agricoles de l’Office du Niger. A travers les anciens marigots et un réseau dense de canaux d’irrigation et de drainage, ce sont aujourd’hui seulement 82 000 hectares qui sont aménagés et mis en valeur pour la riziculture, le maraîchage et la culture de la canne à sucre, selon une note technique de l’Office du Niger qui date de janvier 2005. Il urge de faire d’autres aménagements pour lutter contre la faim et la pauvreté.

Et, les autorités maliennes ont compris que l’enjeu en érigeant, en 1994, l’Office du Niger en un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). Cette restructuration vise une plus grande libéralisation de l’économie et un transfert de responsabilité de l’Etat vers les acteurs privés.

C’est pourquoi, aujourd’hui, le Président de la République, Amadou Toumani Touré veut ouvrir les périmètres de l’Office du Niger aux investisseurs privés nationaux et internationaux. Dans ce cadre, il a offert, à l’occasion du Sommet de la CEN-SAD, tenu à Bamako, l’an dernier, 100 000 hectares aux investisseurs de cette communauté qui veulent s’installer sur les terres Office.

Depuis lors, les autorités des pays de la CEN-SAD dont la Mauritanie et le Sénégal, ne cessent de défiler avec les opérateurs économiques à l’Office du Niger. Ce géant de la riziculture presque négligé peut, bel et bien, atteindre ses objectifs, surtout celui de devenir le grenier de l’Afrique de l’Ouest.

Moderniser l’agriculture

Dans ce cas, comme l’a si bien dit le chef d’Etat malien ATT, « il faut aller vers la modernisation de l’agriculture tout en élargissant nos habitudes alimentaires. Ce qui passe par la revalorisation des greniers, l’installation des banques de céréales, l’augmentation des petits barrages de retenue d’eau pour la production des maraîchages et des cultures de contre saison ».

Cette approche permettra de répondre aux recommandations du Système d’Alerte Précoce (SAP) et aux engagements du Sommet Mondial de l’Alimentation ainsi que des différents sommets des Chefs d’Etat de l’Union Africaine, de la CEDEAO, du CILSS et de l’UEMOA.

L’avis du chef de l’Etat malien est largement partagé par des paysans, à l’image de Drissa Coulibaly de Benwani, de Office du Niger, qui estime que « la revalorisation de la terre permet de se mettre à l’abri de l’insécurité alimentaire et surtout de la pauvreté ». Comme l’on a coutume de le dire, « la terre ne ment jamais ».

13 mai 2005