Partager

Pour le ministre de l’Economie et des Finances, le Mali, grâce à ses réformes structurelles et sa gouvernance, a tracé les sillons de sa croissance, ce qui explique les bons points qu’il ne cesse d’engranger auprès des institutions financières et des PTF. Sanoussi Touré, se faisant le chantre de la stabilité macroéconomique, a accepté de nous entretenir sur les relations entre le Mali et les institutions financières, la dette intérieure, les privatisations. Il parle aussi de l’avenir… Sans tabou.

Les Echos : Selon le rapport de surveillance multilatéral de l’Uémoa de 2009, le Mali serait le seul pays de l’Union à avoir respecté les 4 critères de premier ordre que sont le solde budgétaire global, le taux d’inflation, le taux d’endettement et la non-accumulation d’arriérés de dettes. Il est aussi, avec le Sénégal, le seul à avoir respecté 6 des 8 critères de premier ordre de l’Uémoa. Quelles explications donnez-vous à cela ?

Sanoussi Touré : L’Uémoa fait ce qu’on appelle l’exercice de surveillance multilatérale dans tous les Etats. Cet exercice de surveillance fait l’objet d’un rapport qui est publié tous les six mois et validé par le conseil des ministres. Le dernier conseil des ministres, tenu en fin juin 2010, a admis que le Mali est le seul pays de l’Uémoa qui a respecté quatre critères clé de convergence. Je ne reviendrais pas sur ces critères dont l’essentiel est le taux d’inflation, mais le respect de ces critères est lié à une bonne gestion de notre budget.

Nous avons une gestion rigoureuse de notre budget en termes de qualité des dépenses, en termes de mobilisation de ressources. Voilà toutes choses qui ont aidé le Mali, année après année, à réduire ses déficits, à augmenter ses ressources, à avoir un appui et tout cela couronné par ce solde budgétaire, qui est un solde clé. Le respect de ces critères clé et les deux autres qui sont des critères de second rang prouvent à suffisance la rigueur du budget de l’État du Mali.

Les Echos : Comment, selon vous, le citoyen lambda récent-il cette croissance ?

La croissance est indispensable pour conduire une bonne économie. Les gens ne voient pas toujours l’utilité d’une stabilité macroéconomique puisque tout simplement c’est une notion qui est dans le domaine de la réflexion de la stratégie que l’apport quotidien. En réalité, vous ne pouvez pas réussir à bâtir une économie forte sans une véritable croissance. C’est la croissance qui permet d’accumuler et c’est cette accumulation qui permet d’investir et d’aller de l’avant.

Maintenant quand vous me dites qu’est-ce que tout cela apporte au quotidien des populations, je dirais que le pays maintient tout d’abord une situation économique correcte. Le pays maintient des prix à la limite du supportable, comparés aux moyens monétaires qui sont dégagés. Ça permet aussi un dialogue constructif. Dans le secteur privé, si vous êtes dans une économie qui ne croît pas, cela veut dire que vous produisez et que vous ne pouvez pas vendre.

La croissance donne à l’économie cette marge de progression, qui lui permet d’investir, de redistribuer des ressources en termes de salaires, d’appuis sanitaires, de politiques éducatives, entre autres. Ne mesurez pas la croissance sur le plan purement individuel ou avantage personnel ! C’est plutôt un avantage collectif.

Les Echos : Quelles explications donnez-vous au fait que le Mali et d’autres pays de l’Uémoa ne parviennent pas à appliquer la réforme fiscale proposée qui est de 7 %, (le Mali est à 14,8 %) et maîtriser le taux d’inflation préconisé par l’Union à 1 % au lieu de 2 % pour le Mali ?

S. T. : Je pense que vous vous trompez sur les chiffres. La norme du taux d’inflation est de 3 %. Le Mali a toujours respecté cela jusqu’en 2008. A cette date, le taux d’inflation était de 9 %. Cela a une explication. L’année 2008 était l’année de la crise alimentaire qui a provoqué une flambée des prix. Le Mali n’était pas le seul à être dans cet ordre de grandeur en 2008.

En plus de la crise alimentaire, il y a eu la crise énergétique avec la flambée des prix des hydrocarbures. Voilà des éléments extrêmement importants qui ont joué contre l’inflation au cours de cette période. Par contre, le Mali s’est très bien comporté en 2009. Le taux d’inflation est revenu dans l’ordre de 2 %. Les normes étant de 3 %, cela veut dire qu’on était bien dans les normes. Nous avons enregistré le même taux en 2010.

Pour ce qui est de la pression fiscale, il y a un taux qui est fixé à l’horizon 2012 à 17 %. Le Mali est aujourd’hui à 14,8 %. Le calcul du taux de pression fiscale amène des éléments qu’il faut apprécier au fur et à mesure.

L’Uémoa a des références pour la détermination de ces taux, qui portent un peu préjudice aux méthodes maliennes, il faut le reconnaître. Ces références portent préjudice parce que l’Uémoa calcule ses taux sur la base d’un budget général stricto sensu. Alors que quand on prend la plupart des pays développés, le taux de pression fiscale se calcule par rapport à l’ensemble des prélèvements effectués sur les revenus des populations.

Au Mali, si l’on calcule stricto sensu ce qui est dans le budget général, cela nous a amené lors de nos dernières discussions à l’Uémoa de demander d’harmoniser les bases de calcul dans un contexte de décentralisation dans lequel le Mali se trouve.
Ce mode de calcul va nous ramener à 15 ou 16 %.

Il y a des efforts à faire même s’il y a des pays qui ont des taux plus élevés que les 14,8 % que nous avons. D’autres sont à 15 ou 16 %. Nous avons le souci d’aller à ce taux parce que nous sommes dans une Union, nous allons respecter les règles. Nous avons toute une programmation. L’horizon 2012-2013 est visé pour l’amélioration progressive de nos recettes fiscales et pour aller à ce taux.

Les Echos : Quel est l’état de mise en œuvre des réformes économiques et leur impact réel sur l’économie et les populations ?

S. T. : Les réformes économiques du Mali entrent dans un cadre plus global de réforme structurelle. Cela est fait pour que l’économie s’ouvre à l’extérieur, pour qu’elle soit plus compétitive et qu’elle ait des bases plus solides. C’est cela le sens des réformes structurelles. L’Etat a engagé des réformes depuis fort longtemps, mais ces dernières années il y a une accélération de ces réformes structurelles. Nous avons obtenu des résultats très positifs.

Le premier de ces efforts s’est opéré en 2008 avec la privatisation de la BIM-SA à Watijifira Bank, du Maroc. Cette privatisation a rapporté à l’Etat malien des ressources de plus de 40 milliards de F CFA. Peut-être qu’il y a eu dans la sous-région d’autres privatisations de banques avant la nôtre, mais qui n’ont pas donné le même bon résultat. La BIM est déjà une privatisation réussie en termes de ressources financières mais aussi en terme social. Elle est une réussite puisqu’elle s’est opérée sans licenciement au sein du personnels. La banque a non seulement repris le personnel existant, mais elle a aussi procédé à des recrutements. Depuis, la banque a amélioré ses résultats en 2008 et 2009.

Il y a eu la vente de 51 % des actions de la Sotelma. Celle-ci a connu un grand succès l’année dernière. Cette privatisation a donné à l’Etat 180 milliards de F CFA. Ce n’est que les 51 %, les 49 % restent encore dans le portefeuille de l’Etat. Il y a les ressources financières, mais il y a aussi toutes les mesures d’investissements. Sur le plan social, il n’y a que le nombre d’employés convenus avec l’Etat, le repreneur et les travailleurs, qui ont été compressés et indemnisés.

La privatisation de la CMDT a été lancée pour pallier les problèmes de la filière cotonnière. Tout le dossier a été acheté et les repreneurs se bousculent au portillon. Il y a de fortes chances que cette privatisation avec quatre filiales nous procure des ressources importantes et aussi apporte plus de dynamisme dans le secteur coton, qui est un secteur vital pour notre économie.

Ces trois exemples sont certainement les plus récents et qui marquent beaucoup les esprits tant du point de vue de l’importance de ces structures que de ressources financières qui sont en jeu. Ces réformes institutionnelles ont apporté des ressources à l’Etat et du dynamisme à l’économie nationale.

Les Echos : Il est dit que le Mali attend de ses partenaires 210 milliards de F CFA en 2010. Cela est-il certain ?

S. T. : C’est sûr, parce que si on vous parle comme ça, il s’agit des accords déjà signés qui attendent d’être ratifiés avant d’être mis dans le processus de décaissement. Cette question me ramène une fois de plus à cette confiance de nos partenaires. J’avais parlé d’appuis budgétaires, mais je n’avais pas fait cas des d’engagements. Le Mali a bénéficié d’engagements dans des projets comme le seuil de Djenné, le barrage de Taoussa, les infrastructures routières.

Il faut citer les accords de financements de la Socimar, à Markala. J’étais à Tunis il y a trois semaines pour négocier ce financement d’un montant de 500 millions de dollars. Nous avons pu obtenir cette somme colossale des bailleurs de fonds. Ce projet comprend deux volets : un volet industriel et un volet agricole. Ce sont des ressources acquises. Le reste ne sera que formalité dans le reste de la procédure.

Les Echos : La Banque mondiale signe depuis quelque temps son retour dans les projets agricoles. Est-ce qu’elle va se limiter à ce projet-là seulement ?

S. T. : Pas du tout. La Banque mondiale vit aujourd’hui un tournant dans sa modalité d’intervention. Depuis la crise alimentaire mondiale, la Banque mondiale a décidé de consacrer l’essentiel de ses financements au secteur agricole. Ce qui correspond à notre politique déjà. Je peux dire que la Banque mondiale a pratiquement couru derrière ce projet de la Socimar. Je le dis sincèrement. La Banque mondiale voit en ce projet, un projet bien monté avec des objectifs clairement définis. Ce n’est pas seulement la Banque mondiale qui voit les choses de cette façon mais tous les partenaires y compris la Bad.

Nous sommes en train de préparer un financement de la Bad qui va tomber dans le secteur agricole et qui sera extrêmement important. Nous aurons la chance de l’avoir d’ici la fin de l’année. A la différence de la Banque, ce financement pourrait être un don. L’Etat malien a fait un choix judicieux d’orienter son développement vers l’agriculture et d’en faire le moteur de sa croissance. Les partenaires, convaincus de la pertinence de ce choix, ont décidé de le financer.

Tant les banques que les partenaires bilatéraux et multinationaux sont prêts à mettre la main dans la poche.

Les Echos : Vous avez mis les performances macroéconomiques au compte des ressources issues de la privatisation. Avez-vous des perspectives pour 2010 avec l’espoir qu’il y aura du pétrole ?

S. T. : J’ai mis les perspectives économiques d’abord sous l’angle de la bonne gestion macroéconomique. Je ne cesserai jamais de le dire et ce serait le point fondamental. Il y a certaines sources de croissance identifiées comme l’agriculture. Les fonds de la Sotelma et de la BIM sont des réformes institutionnelles qui ont pesé dans la balance. Je fais confiance à la stabilité macroéconomique pour les années à venir. Il ne peut y avoir de bonne gestion sans stabilité macroéconomique. Elle n’est pas suffisante mais elle est indispensable pour conduire une bonne politique économique. Il faut accompagner la stabilité macroéconomique de politique d’investissement très clair pour soutenir la croissance.

Nous avons une politique d’investissement dans le domaine des infrastructures routières, agricoles, etc. Si nous restons dans cette voie, en 2011 ou 2012, je ne dirai pas qu’on sera riche mais nous vivrons une redistribution de revenus comme les pays producteurs de pétrole. Évidemment, si des ressources exceptionnelles apparaissent, je ne sais pas si le Mali a du pétrole, des recherches sont en cours, nous prions Dieu qu’il nous en donne, ça ne fera qu’augmenter les conditions de vie des Maliens pour peu que ce soit dans le cadre d’une bonne gestion toujours.

Le pétrole produit n’a toujours pas apporté le bonheur. Les exemples ne manquent pas. Je suis convaincu que ce ne serait pas le cas du Mali, parce que nous avons notre façon de gérer et notre gouvernance propre. En tout cas, c’est ce qui va nous permettre de sécuriser tout ce qu’on aura plus tard. La gouvernance a un rôle extrêmement important.

Les Echos : Quel est l’état de paiement de la dette intérieure, si l’on sait que l’argent de la Sotelma devait servir à éponger la dette des fournisseurs de l’Etat ?

S. T. : Nous avons fait beaucoup d’efforts pour atténuer les instances de paiement. Plus qu’on ne s’y attendait. On a bénéficié des ressources d’une part des partenaires pour ça, on a bénéficié des ressources exceptionnelles de 40 milliards de F CFA que le président de la République a prévus sur les ressources de la Sotelma, il y a aussi les efforts que nous avons faits sur le recouvrement des recettes.

Les dernières situations quand le FMI passait en juin sont de 40 milliards de F CFA. Ce qui est un grand progrès si l’on sait que la dette intérieure se chiffrait, il y a un an à 150 milliards de F CFA. Les instances de paiement ne dépassent pas trois mois. La dernière revue de nos instances date du mois de juin 2010.

Nous sommes dans les normes en matière de dette. Une autre remarque, c’est que nous avons la meilleure signature de la sous-région. En mars 2009, nous avons demandé 20 milliards de bons de trésor et le taux de couverture a été de 105 % avec le taux d’intérêt le moins élevé.

En octobre 2009, on a demandé 21 milliards pour un taux de couverture de 220 %. Les banques ont couru vers nous. On était obligé de dire non, que l’on ne veut pas de tout ça. Dans le même temps, il y a des pays qui lançaient leurs bons et n’arrivaient même pas à les couvrir. En avril 2010, on a lancé 43 milliards pour 232 % de taux de couverture.

Le taux moyen inférieur était de 4,9 %. Des pays en ont demandé un montant inférieur avec des taux de plus de 6 %. A la suite de cela, l’Uémoa a tenu une réunion invitant les pays à harmoniser leurs bons du trésor pour éviter la concurrence entre nous quand bien même on ne vient pas pour se concurrencer. C’est cela aussi la qualité de la gestion macroéconomique.

Les Échos : La lutte contre la corruption a-t-elle eu une incidence sur les recettes, si l’on sait que le Mali a organisé en 2008 les Etats généraux de la corruption et la délinquance financière ? Qu’est-ce que l’ouverture du capital de la Sotelma attend ?

S. T. : Je qualifie personnellement ces Etats généraux de la corruption et la délinquance financière de décision politique courageuse. Ce genre d’assises ne voit pas tous les jours dans tous les pays. C’est une décision politique forte que de convoquer de personnalités pour venir parler de la corruption et de la délinquance financière.

Des recommandations ont fait l’objet de plan d’action dont l’application est en œuvre. Les recettes publiques ne se sont jamais bien tenues malgré la crise internationale et le gouvernement se réjouit d’avoir pris cette décision politique. En 2008, le budget d’État était de 540,6 milliards de F CFA. En 2009, on a encaissé plus de 654 milliards de F CFA. En 2010, nous sommes à 701 milliards de F CFA. A ce jour, on a fait plus que la moitié.

Tous les services de l’assiette comme la douane et les impôts ont réalisé à la fin de l’année plus de 103 % de leurs prévisions budgétaires. J’ai adressé aux différents directeurs une lettre pour féliciter le personnel. Les Etats généraux de la corruption ont fait leurs effets, car la qualité de la gestion du budget s’est améliorée.
Pour ce qui concerne la Sotelma, les 51 % des actions ont été vendues. Il y a la part réservée au personnel et 19 % est réservé aux privés sous forme d’actionnariat. Nous sommes en train de préparer le dossier avec des institutions d’intermédiation financières. Le processus est en cours.

Les Echos : Il y a un paradoxe. Le marché est approvisionné, mais les consommateurs n’ont pas de ressources pour acheter le riz. Qu’est-ce que le ministre de l’Economie et des Finances entend faire pour corriger ce déséquilibre ?

S. T. : Il faut être objectif. Quand le riz coûte au Mali 300 F CFA le kilo, et dans des pays voisins aux conditions économiques comparables, ce riz coûte entre 450 et 500 F CFA le kilo, est-ce qu’il faut dire que ce riz est cher au Mali ? Quand vous avez le riz de qualité « gambiaka » à 350 F CFA le kg, qui n’a rien à envier au riz importé et que le riz de moindre qualité coûte dans ces pays 500 F CFA, est-ce qu’on peut dire en toute objectivité que le consommateur malien paie cher le riz ?
Je dirais qu’il faut être objectif et admettre que ce riz n’est pas cher. Je ne veux pas dire par là que le consommateur malien est toujours heureux. Loin s’en faut. Je ramène les choses à leurs justes proportions.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas producteurs de sucre parce le sucre de Sukala ne couvre pas trois mois de consommation nationale. Savez-vous que le sucre coûte moins cher ici que dans tous nos pays voisins ? On ne se croirait pas dans un pays enclavé. L’État a fait des efforts pour la maîtrise des prix des produits de première nécessité. Quelque part, c’est l’État qui paie à la place du consommateur la différentielle de prix. Dans les comparaisons, il est toujours bon d’aller jusqu’au bout.

Les Echos : Pensez-vous que l’Initiative riz a été une initiative salutaire pour le Mali ?

S. T. : Il n’y a pas de doute. Je le dis très sincèrement, c’est un indice irréfutable. En 2008, le pays était à un taux d’inflation de plus de 9 %. Mais en 2009, on est passé à 2,2 %. C’était la preuve de l’approvisionnement correcte en céréales notamment en riz. Cette baisse de l’inflation est le résultat incontestable de l’Initiative riz.

Cette Initiative riz a permis au Mali d’avoir la compréhension de certains partenaires qui ont apporté les ressources pour contribuer à son financement. Nous avons un accroissement de 50 % de la production de riz. Cette forte production de riz a fait que le marché a été correctement approvisionné. Cela a joué en faveur de notre économie en diminuant l’inflation. Ce n’est pas l’Initiative riz qui a maintenu l’inflation à 2,2 %, mais elle occupe une place prépondérante.

La plus haute pression sur l’économie alimentaire qu’est le riz a baissé. Nous sommes dans un marché ouvert dans un espace ouvert, ce qui a fait que le riz du Mali s’est retrouvé dans des pays voisins. Ce qui a été le revers pour l’État même si les producteurs se sont aussi enrichis. Un des avantages de l’Initiative riz est qu’en économie il faut être imaginatif.

Le Premier ministre, qui a tiré les leçons du déficit et des difficultés de produits alimentaires que l’on connaissait ici a lancé cette Initiative riz. On ne peut pas dire qu’on va être une puissance agricole sans prendre des initiatives dans ce sens. Le fait d’avoir subventionné les intrants agricoles a augmenté les productions. Les résultats ont été tels, qu’on a renouvelé à la campagne 2009-2010. La subvention a été étendue à toutes les céréales.

Les Echos : Quelle est la qualité de vos relations avec les partenaires techniques et financiers ?

S. T. : La qualité des rapports du Mali avec ses partenaires techniques et financiers (PTF), découle d’abord de la qualité de ses institutions. Je me plais d’insister sur ceci ayant fait l’expérience dans bien d’autres pays, je sais ce que ça peut apporter que d’avoir de bonnes institutions. Nous avons la chance au Mali d’avoir des institutions très fortes. En parlant d’institution, sur le plan purement politique, la première de ces institutions est le président de la République. Celui-ci a des rapports de qualité sur le plan politique avec ses voisins, la communauté internationale. La gestion politique, institutionnelle est bien appréciée. Partant de là, nous membres du gouvernement devons accompagner cela d’une gestion macroéconomique stable. Cette gestion macroéconomique stable dépend des gestions rigoureuses dont j’ai parlé plus haut. Il faut également des politiques budgétaires qui favorisent une bonne exécution du budget avec des recettes qui vont croissantes avec des déficits de moins en moins élevés.

Ce qui fait d’ailleurs que le 1er partenaire, le Fonds monétaire international (FMI), celui qui peut faciliter ce genre de dialogue avec les autres sur le plan international a jugé la dernière revue concluante. Vous l’avez entendu, le représentant du FMI au Mali a affirmé que nos programmes s’exécutent dans des conditions plus que satisfaisantes.

Quand l’administrateur du Fonds nous écrit pour dire que le conseil d’administration du Fonds a loué la gestion exceptionnelle du cadre macroéconomique cela sous-entend qu’il y a des politiques économiques saines conduites par le gouvernement et qui sont appréciées des partenaires. Cette appréciation donne un certain nombre d’atouts.

C’est d’abord du point de vue des ressources dont nous pouvons bénéficier. Le Mali a bénéficié en 2008 de ses partenaires 108 milliards de F CFA dont 79 milliards en dons. En 2009, nous avons reçu 188 milliards de F CFA dont 97 milliards en dons. En 2010, à la date d’aujourd’hui, nous avons 142 milliards de F CFA dont 103,9 milliards en dons. Une autre manifestation du bon partenariat avec les PTF est que les pays qui étaient en appui budgétaire général en 2009 étaient de 5. Aujourd’hui, ils sont 12.

Nous avons plus que doublé le nombre de pays en faisant passer l’appui budgétaire en appui budgétaire général.
L’appui budgétaire général a une signification politique profonde. Ce sont des partenaires qui mettent des ressources à votre disposition parce que nous dépensons bien.

Cela est extrêmement important. Donc la qualité de nos rapports avec nos partenaires est sans équivoque. La Banque mondiale a tenu dans notre pays en début juillet, la réunion de l’Ida. Une première qu’elle se tienne en Afrique francophone. Cela est très important en termes de facilitation de dialogue, de leadership. Au cours de cette seule réunion de l’Ida, le Mali a bénéficié de plus de 70 millions de dollars d’appui budgétaire que la Banque mondiale nous a accordés.

Les accords sont signés et dans quelque temps nous allons avoir ces ressources. Je suis convaincu que la semaine prochaine nous allons avoir ces ressources au Trésor. Sans compter ce programme ambitieux que nous avons signé avec la Banque mondiale dans le domaine agricole et qui fait 162 millions de dollars.
Objectivement, dans la sous-région, il n’y a pas de pays qui bénéficie d’autant de compréhension que le Mali sur le plan de l’appui budgétaire général. Il y a la qualité de nos rapports avec les PTF mais aussi la bonne gestion macroéconomique.

Les Echos : Quel peut-être, selon vous, notre principal atout économique pour les 50 prochaines années ?

S. T. : Il y a quelques années, nous avions des difficultés à financer les campagnes agricoles, les intrants. Entre 2008 et 2009, la collecte de l’épargne a augmenté de 24 %. Le crédit à l’économie a augmenté de 10,9 % en 2009. Le volume du crédit distribué en 2008 était dans l’ordre de 671 milliards de F CFA. Toutes les banques aujourd’hui ont eu leurs dépôts augmentés, leurs résultats nets progressés dans des proportions importantes sans compter que le nombre des banques a augmenté. Il y en a même dont les résultats ont progressé de 80 %.
Notre politique de financement agricole a créé un engouement dans le secteur qui fait que toutes les banques s’y intéressent. Notre balance de paiement se porte à merveille. Nous sommes le 2e pays exportateur de l’Uémoa avec l’or, le bétail, les fruits et légume, le coton. Nous avions été longtemps la 3e économie. Nous sommes le seul qui a respecté tous les critères, il n’y a pas de quoi courber l’échine. Nous savons qu’il y a toujours des défis devant nous comme la santé, l’école, etc., malgré les efforts faits dans ces domaines.
Il n’y a pas une définition politique ou étymologique du pays émergent. Si un pays émergent veut dire le pays qui se distingue, va de l’avant, qui a des caractéristiques favorables au développement, le Mali a un taux de croissance en 2010 estimé à 5 % et en 2011 de plus de 5 %.
On a des potentialités énormes comme les 2,5 millions d’ha de terres irrigables à l’Office du Niger avec des possibilités d’élevage et de filières agricoles, le Mali a assurément beaucoup d’atouts pour aller loin, être un pays émergent. Aucune économie ne s’est faite en un jour comme nous l’enseigne l’histoire de l’économie. Mais avec nos atouts et les dirigeants que nous avons, le Mali est en train d’émerger. On parle de cinquantenaire, mais je ne donne pas encore 50 ans au Mali pour émerger au rythme où vont les choses.
Propos recueillis par
Abdrahamane Dicko
et Abdoul M. Thiam