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Les sanctions de l’organisation régionale viennent aggraver une situation économique précaire.

La Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a décidé de mettre à exécution sa menace d’embargo financier et diplomatique contre notre pays. Cette décision porte un sérieux coup à notre économie déjà éprouvée par les conséquences de la crise institutionnelle dans laquelle, nous sommes plongés depuis deux semaines. Une question taraude tous les esprits : comment gérer une telle situation ? Selon un responsable du ministère de l’Economie et des Finances, toute crise a un impact sur l’activité économique, mais le plus important, c’est de rassurer la population afin qu’elle puisse vaquer à ses occupations en toute confiance. « Citoyens, opérateurs économiques et ménages doivent se sentir en sécurité », énonce-t-il.

jpg_cedeao-10.jpgPlus facile à dire qu’à faire d’autant que même avant le coup d’Etat du 22 mars 2012, la situation économique de notre pays n’était pas reluisante. Au cours de l’année 2011, notre taux de croissance n’a atteint que 2,7% contre une prévision de 5,4%. Cette contreperformance est due essentiellement à la mauvaise pluviométrie qui a engendré une crise alimentaire. Pour faire face à cette crise, le gouvernement avait même élaboré un plan d’urgence de 100 milliards de Fcfa dont l’essentiel devait être financé par les partenaires.

L’éclatement de la rébellion dans le Nord et le coup d’Etat du 22 mars sont donc venus se greffer à la crise alimentaire. Autre facteur aggravant : le déficit pluviométrique entraîne la baisse de la production de l’énergie hydroélectrique. Et pour ne rien arranger, les principaux partenaires au développement ont gelé leur coopération avec notre pays pour protester contre la prise du pouvoir par l’armée. Ce coup est rude car sur le budget du Mali pour l’exercice 2012, évalué à 1400 milliards de Fcfa, 500 milliards sont attendus des partenaires financiers, donc de l’extérieur.

Si tous ces fonds devaient être gelés, cela aurait un gros impact sur l’activité économique. « Si cette situation devait perdurer, il va falloir réajuster le budget. Nous serons obligés de gérer le déficit », souligne un spécialiste des finances publiques. Notre interlocuteur fait remarquer également que de nombreux services publics, dont la Cité administrative, ont été pillés et saccagés au cours des événements du 21 au 22 mars. Il cite à ce propos l’exemple de la Douane qui avait un objectif de recouvrement de plus de 300 milliards de Fcfa cette année.

Le saccage de ses locaux et le vol de ses équipements diminuent considérablement ses recettes. Si des dispositions ne sont pas prises rapidement pour mettre du matériel de travail à la disposition de la Douane, prévient notre interlocuteur, la situation va se répercuter négativement sur les rentrées de fonds. Or, estime-t-il, dans le contexte actuel, l’Etat malien, jusqu’à nouvel ordre, est obligé de compter essentiellement sur ses propres ressources pour pouvoir fonctionner et assurer le service minimum par rapport aux services de base que sont : l’éducation, la santé, l’électricité, l’eau.

Au département de l’Economie et des Finances, l’on estime que la priorité, aujourd’hui, consiste à assurer la sécurité, à assurer les salaires des fonctionnaires et à veiller au fonctionnement des services sociaux de base, de fourniture d’eau, d’électricité, de téléphone. La grande priorité reste la sécurité pour que la machine économique ne s’arrête pas et pour pouvoir disposer d’une stratégie de mobilisation des ressources intérieures. « Il s’agit surtout de mettre les citoyens en confiance afin que l’économie puisse tourner car l’Etat tire ses ressources de l’activité économique.

Il s’agit, entre autres, de diminuer fortement le train de vie de l’Etat et d’assurer un minimum essentiel à la Douane afin qu’elle reprenne ses activités », détaille notre spécialiste qui estime qu’un retour rapide à une situation politique normale est indispensable pour éviter un effondrement de l’économie. « Tout est corrélé. Quand ça ne va pas au niveau politique, cela donne de l’invisibilité au niveau économique. Si au niveau politique, les choses évoluent positivement, à l’interne et avec l’extérieur, nous avons de bonnes chances d’avancer », analyse-t-on au niveau des finances publiques.

Les experts estiment qu’un réajustement du budget 2012 est désormais inévitable. « Pour le moment, nous devons prendre notre destin en main et réajuster le budget afin qu’il puisse intégrer les grandes préoccupations de l’heure. Puisque le budget déjà voté ne peut plus être exécuté comme prévu initialement en raison de toutes les contraintes que nous connaissons. Les populations doivent comprendre que c’est le moment de serrer davantage la ceinture », préviennent les financiers. Lueur d’espoir dans ce tableau sombre : très peu d’opérateurs économiques ont subi d’actes de pillage et de vandalisme.

Mercredi 4 avril 2012, par Fatim Maïga

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