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une-29.jpgCette grande fête était placée sous la présidence du maire de la commune urbaine de San, le Dr Jabriou A. Haïdara sur l’avenir. Voilà l’ambiance dans laquelle la ville de San et ses environs étaient plongés du 8 au 14 juin, à l’occasion de la première édition du Festival sur le Sanké. Cette fête populaire se tiendra désormais chaque année à San, une ville située à quelque 400 km à l’est de la capitale.

Le Festival sur le Sanké est une innovation apportée par l’Alliance Doféra et Banabako à la traditionnelle -et célèbre- pêche annuelle dénommée « Sanké Mô » (la pêche dans la mare Sanké en bambara).

Cette grande fête était placée sous la présidence du maire de la commune urbaine de San, le Dr Jabriou A. Haïdara, et a enregistré la présence d’une forte délégation venue du Burkina Faso avec à sa tête, Mme Mariam Fofana, le maire de Nouna, une commune rurale située à une soixantaine de kilomètres et qui développe des relations de jumelage avec la ville de San.


Echappément libre

Plus d’un millier de personnes venues de tous les horizons du cercle de San, de la région de Ségou ont pris part aux festivités. Des ressortissants de la ville résidant dans la capitale et dans d’autres grandes villes du pays et de la sous-région étaient également de la fête.

Durant toute une semaine, la ville a fait le plein de monde, les hôtels aussi, au point que les locaux de la mairie ont dû offrir l’hospitalité à des visiteurs.

Danse traditionnelle « ngélékoun« , masques bozo et bwa de Djéguéna et Sy, veillées des chasseurs, conférence sur les origines de « Sanké Mô« , animations artistiques, lutte traditionnelle, visites des lieux sacrés de la ville de San, caravane de motocycles « Roule Sanké roule« , match amical de foot opposant Doféra à Banabako… l’agenda de cette première édition du Festival sur le Sanké était des plus fournis.

L’atmosphère s’est maintenue à la liesse durant toute la durée du festival. Hommes, femmes, jeunes et vieux … chacun a mis toute son énergie pour la réussite de l’événement. Mais la palme est indiscutablement revenue à la jeunesse avec son Safari de motos et d’automobiles.

Durant tout le festival, San a résonné des vrombissements de moteurs. Les cascadeurs ont pris d’assaut la grande artère qui traverse la ville en diagonale.

Pour accroître la pétarade, certains avaient adopté l’échappement libre en supprimant le silencieux du tuyau d’échappement de leurs engins. Juché sur sa Djakarta, Nouhoum se soucie peu des règles élémentaires du code de la route. Il « bombe » à tombeau ouvert, en équilibre sur sa roue arrière.

Et la foule conquise par ses prouesses, l’applaudit à tout rompre. Le jeune conducteur est imité par une myriade de motocyclistes, tous aussi imprudents et casse-cou les uns que les autres. « On ne meurt pas deux fois dans sa vie« , répètent-ils, inconscients du danger.

Pourtant les organisateurs de l’événement avait pensé à sensibiliser les Sanois sur les dangers des violations du code de la route. En prélude au festival, l’Alliance Doféra et Banabako a ainsi organisé un atelier sur la sécurité routière et offert des casques aux motocyclistes.

« Nous voulions parer à d’éventuels accidents« , explique Soumaïla Maïga. Le vice-président de l’alliance, Mamadou Lamine Traoré, estime que la formation a eu des impacts positifs car aucun cas d’accident majeur n’a été signalé cette année, contrairement aux autres années où des accidents graves occasionnaient des morts d’hommes.


Mort subite.

Les Sanois et leurs hôtes étaient si décidés à faire la fête que même la pluie n’a pu doucher l’enthousiasme. « C’est une grande fête pour moi.

Une nouvelle bougie sur laquelle je souffle. Beaucoup de gens étaient là l’année dernière mais qui manquent cette année. Alors je me réjouis et remercie Dieu de m’avoir accordé une année de vie de plus« , se réjouit Boubacar, ajoutant que « Sanké Mô » représente tout un symbole pour les Sanois.
Oui « Sanké Mô » n’est pas n’importe quelle fête à San.

Cette pêche millénaire plonge ses racines dans l’origine de la ville. Selon Sidiki Traoré, « Sanké Mô » célèbre sa 608è édition. Plus de 6 siècles ! L’enseignant à la retraite a fait cette révélation lors d’une conférence sur « les origines, les mythes et les réalités et les intérêts socioculturels » qu’il a animée à l’occasion du festival.

« Sanké Mô« , a-t-il expliqué, n’est autre qu’une pêche collective dans la mare qui porte le nom Sanké.

L’histoire de la pêche collective se confond avec celle de la cité. Au 14è siècle, un chasseur du nom de Bakôrè Traoré découvrit le site de l’actuel San. Un jour, accompagné de son chien de chasse, il s’égara en brousse. Pendant ces pérégrinations pour retrouver un repère, il déboucha sur les rives d’une mare.

L’endroit était reposant et l’eau de la mare grouillait de poissons, au point que le chasseur décida de s’installer là ne serait-ce que pour un bout de temps.

« Môgô bè sé ka san kè yan » (on peut passer un an ici sans se soucier de la nourriture, en bambara), se serait-il dit, satisfait de sa découverte. Le chasseur finira par s’installer définitivement au bord de la mare. La ville de San venait d’être fondée.

Non loin de la mare, Bakôrè Traoré a découvert également une forêt de figuiers (toro en bambara) et le puits sacré qu’il nomma « Karantéla » ou « Karatèna » (pas de souci à se faire, en bambara) qui lui servit de source pour étancher sa soif.

Santoro (figuiers de San, en bambara), le puits sacré de Karantéla et Sanké sont les trois symboles de San. C’est pourquoi les griots magnifient la ville en évoquant Sanké Mô, Santoro et Karantéla. Aujourd’hui, le mystère entoure toujours Sanké. Si la propriété de la mare revient à la famille Traoré, la garde des lieux est confiée aux Dao suite à un pacte signé entre les deux familles.

C’est ce qui explique que c’est aux Dao qu’il revient de donner l’ordre de pêcher dans la mare. Celui qui enfreint cette tradition s’expose à une mort subite, nous a-t-on confié. Cette mesure reste toujours strictement respectée par les 55.000 habitants que compte la commune.

Repas collectif.

C’est jeudi après-midi que fut donné le coup d’envoi de la pêche collective, un signal attendu dans la fièvre. Dès le matin, un ballet incessant se déclencha d’hommes et de femmes, jeunes et vieux portant le « Kango » (une sorte de filet) sur les épaules.

Chacun espérait faire de belles prises. « Gare aux poissons« , plaisantait le vieux Abdoulaye, occupé à réparer son « Papro » (un autre genre de panier utilisé pour la pêche).

Avant la grande ruée dans l’eau, une bonne ambiance régnait dans la ville avec des danseurs bwa, des chasseurs, des marionnettes qui rivalisaient de dextérité pour égayer la foule massée sur la place de la mosquée. Les réjouissances se sont poursuivies jusqu’à midi, heure à laquelle fut servi un repas collectif.

Du riz au gras au tô, en passant par le couscous, gourmets et gourmands en eurent pour leur compte. Après les plats de résistance, les convives dégustèrent du « Moukoufara », une crème locale à base de mil écrasé.

Cette douceur a aussi sa petite histoire. « C’est le repas offert par Bakôrè Traoré, le fondateur de San à ses hôtes, les Bwa de Térékoungo et de Parana pour l’avoir aidé à débroussailler les abords de Sanké au moment où il s’y installait. Dès lors, le « Moukoufara » est devenu un repas mythique qui accompagne Sanké Mô« , explique Sinaly Sadia Traoré, un autochtone de la ville.

On dit même que le breuvage a des vertus mystiques et favoriserait la réussite sociale, le mariage, l’emploi, les études et d’autres voeux chers.
Le repas pris, c’est l’heure de la pêche.

La foule se regroupe dans un premier temps devant la famille fondatrice de la ville pour les salutations d’usage aux anciens. Ce rituel accompli, la procession s’ébranle vers la mare Sanké, au rythme des tam-tam bwa, amplifié par des cris de joie et des battements de main. Située à 1 kilomètre au nord de la ville, la mare a creusé son lit dans une plaine d’une dizaine d’hectares.

Arrivés les premiers sur les lieux, les jeunes piaffent d’impatience. Ils se bousculent et mettent la vigilance des forces de l’ordre à rude épreuve.

Certains trompent leur impatience, en s’amusant à lancer en l’air les filets et à les rattraper au vol. Les femmes et les jeunes filles ne sont pas en reste. Sur leur « 31 », elles chantent et dansent au rythme des tam-tam. Quant aux officiels, ils sont à l’abri sous un hangar en attendant que le signal soit donné pour la pêche. Tout le monde attend avec impatience.

Cris et applaudissements.

Finalement, la foule, éperdue d’impatience, n’attend pas le coup de fusil, ni le rituel du sacrifice du coq blanc. Une marée humaine se déverse d’un coup dans le Sanké.

Les pêcheurs pataugent dans l’eau, tombent, se relèvent, plongent et replongent les « kango » et les « papro » sur tout ce qui bouge à la surface et sous l’eau. Chaque belle prise est saluée par des grands cris et des applaudissements. L’heureux pêcheur sort de l’eau et exhibe fièrement sa prise aux officiels qui le félicitent de son succès.

Au petit soir, la fatigue a finalement raison de l’ardeur des pêcheurs. Les officiels et la foule des pêcheurs rentrent en ville poursuivre la fête jusque tard dans la nuit. La journée de vendredi sera consacrée aux activités du festival qui prendront fin samedi matin.

Dans son discours de clôture, le maire de San, Jabriou A. Haïdara, a remercié l’ensemble des habitants de la commune urbaine de San. « Sanké Mô constitue une fierté pour nous. C’est notre enfant à nous tous.

Et nous devons contribuer tous à sa croissance« , a-t-il indiqué en souhaitant une internationalisation de cette fête traditionnelle à l’image du Festival sur le fleuve Niger qui se tient chaque année à Ségou.

Son appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. « Nous nous attelons à cela. Nous en avons les possibilités. La première possibilité dont nous disposons, c’est notre foi.

Nous croyons fermement que la pérennisation de « Sanké Mô » est à notre portée« , a assuré le président de l’Alliance Doféra et Banabako, Soumaïla Maïga en saluant les retombées financières de la fête sur la ville de San.

Les stations d’essence figurent parmi les plus grands bénéficiaires. A l’instar de Abou, nombre de jeunes y avaient déposé de l’argent par avance pour ne pas se retrouver à sec durant le Safari.

Envoyés spéciaux

L. DIARRA et

A. SISSOKO

23 Juin 2008