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Qui ne connaît, n’a vu ou entendu parler du célèbre monument qui trône à Bamako aux croisement des « Six routes » : l’intersection des rues qui passent devant les locaux de la Mairie centrale du District de Bamako, le Carrefour des jeunes (ex Bamako Club), le Ministère de l’éducation Nationale, le siège de PMU-Mali, le Commissariat de police du 1er arrondissement, la Chambre de commerce et d’industrie, ainsi que la Régie des chemins de fer ? Il est difficile pour toute personne ayant visité Bamako de répondre par l’affirmative. De même, combien de personnes sont-elles à même de raconter son histoire ? Peu, très peu, j’en suis sûr, y compris les illustres Conseillers, Travailleurs municipaux ou communaux et Maires qui se sont succédés au niveau de la Mairie de Bamako, la ville des 3 caïmans. Alors, lisez, pour votre propre gouverne !!!

Sort des monuments de Bamako et de Reims …

Deux grands artistes français sont les auteurs de cette œuvre: le sculpteur Paul Moreau Vauthier et l’architecte Auguste BLUYSEN.


Le groupe de bronze des monuments de :

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Reims Bamako inauguré, 3 janv. 1924


« Aux héros de l’Armée noire » : « en témoignage de reconnaissance envers les Enfants d’adoption de la France, morts en combattant pour la Liberté et la Civilisation »

Sculpté depuis 1922 en France par ces grands artistes de renommée, du moins la première maquette de l’oeuvre, le monument de Bamako est toujours là, trônant magnifiquement sur la Grande place de la Mairie, pendant que son frère jumeau, celui de Reims, a été détruit et demantelé par les Allemands durant la 2ème guerre mondiale (1939-1945).

Paul Moreau-Vauthier, sculpteur de monuments (1871-1936)

Vétéran de Verdun, le sculpteur français Paul Moreau-Vauthier est né le 26 novembre 1871. Vauthier perdra la vie, le 2 février 1936, lors d’un accident de voiture à Ruffigny, près de Niort alors qu’il se rendait à Bordeaux. Son corps repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris en lisière duquel se trouve sa sculpture « Le Mur » dans un petit square de l’avenue Gambetta, en mémoire de tous les morts de la Commune de 1871 avec cette épitaphe « Aux victimes de la Révolution ».

Paul Moreau-Vauthier est devenu célèbre avec sa sculpture « La Parisienne », placée à l’entrée de l’Exposition universelle de Paris en 1900.

Pour le sculpteur, les années 1921-1930 ont été une période de gloire : il a fait l’objet de multiples sollicitations pour la réalisation de nombreux lieux dédiés aux mémoires.

Il serait fastidieux de les citer tous ici.

Retenons simplement, en plus de cette œuvre de Bamako et de Reims, les deux bornes commémoratives érigées, l’une à Koblenz en Allemagne en 1927 et l’autre en 1930 à Soissons près du lieu-dit « Vertes-Feuilles », en mémoire des combats du Chemin des Dames de mai et juillet 1918, suite à l’offensive foudroyante de Lundendorff du 27 mai 1918.

Auguste Marie Joseph Bluysen, architecte (1868-1952)

Auguste Bluysen est né en 1868 à Corbeil-Essones dans l’Essonne en Ile de France. Entré à l’Ecole des Beaux-Arts en 1886, il en sort architecte diplômé en 1897, après un parcours très glorieux, il a disparu en 1952.
Devenu architecte du ministère des Colonies, il participe à l’Exposition universelle à Paris en 1900.

Est-ce lors de ce forum qu’avec le sculpteur Paul Moreau-Vauthier, ils ont eu l’idée d’une collaboration future ? En tout cas, voici que leur chemin artistique se croise, lors d’une manifestation artistique de renommée internationale : Exposition universelle de Paris.

Je vous rappelle, que c’est lors de rencontre artistique de ce genre, que sont nées des œuvres célèbres comme la Tour Eiffel, les Grand et Petit Palais à Paris, et tant d’autres actuellement démantelés ou présents.

Les réalisations de cet architecte au prestigieux talent sont diverses, magnifiqes et significatives : 1910 Casino de Granville ; 1919 Théâtre Daunou à Paris ; 1929-1930 Etablissement thermal de Vittel (Vosges) ; 1932 Cinéma « Le Rex » à Paris avec Eberson ; 1934-1937 Aménagement du casino de Vittel (avec Fernand Nachon, France), Vittel qui continue à préserver, construire, embellir, ce patrimoine incomparable, etc.

Auguste Bluysen, architecte décorateur parisien appartenant à l’Ecole de Nancy, a été nommé architecte des Postes et Télécommunications en 1912. Faut-il voir en lui, l’auteur du majestueux bâtiment qui abrite la Grande poste de Bamako au Mali, cherchez-bien, on en reparlera bientôt dans ces colonnes.

La « profanation » de la Statuaire de la ville de Reims

J’attirais plus haut votre attention sur le démantelement du monument de la ville de Reims. En effet, le monument a été démonté en 1940 par les autorités allemandes d’occupation.

Pendant la 2ème guerre mondiale, dès le début de l’Occupation, la statuaire de bronze de Reims a été démontée par les Allemands le 10 septembre 1940.

Embarquée sur un wagon de chemin de fer pour une destination inconnue, elle a sans doute été fondue pour en récupérer le métal.


Je vous en propose quelques images :

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Sur cette photographie, clandestinement faite par Monsieur Cocset, nous voyons l’échaffaudage mis en place pour : « Le démantèlement d’un des monuments les plus célèbres de Reims ? le Monument aux Noirs. Cette image est tirée de l’ouvrage de Daniel Pellus » La Marne dans la guerre 1939-1945, Editions Horvath, 1987.

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Sur cette photographie, nous voyons le chargement de la statue en gare de Reims, avec visible en arrière plan, les entrepôts des Comptoirs Français. Cette image est extraite de la monographie de Jean JOLY : « La Résistance et les Forces françaises de l’intérieur, achevé en 1994 par son gendre Daniel MARQUET, Reims, 1998. Et la disparition à jamais de ce monument.

Epilogue

Bamako peut se targuer de disposer d’une oeuvre immense, pleine de signification, d’histoire et de symbole. Depuis quelques années, les autorités la suivent et bichonnent de près. Mais ce n’est pas suffisant, je pense.

Au moment où des questions majeures sont d’actualité en France et en Afrique, entre autres la polémique sur le traitement réservé aux tirailleurs qui fait l’objet d’un réexamen par les autorités françaises, il sied à mon avis, que les autorités maliennes, au-delà, des autres monuments réalisés depuis peu au Mali, donnent encore plus à cet orphelin de monument toute la valeur et la considération, à laquelle, il a droit et peut prétendre.

C’est vrai qu’au Mali, il existe un lieu dédié aux fusillés du camp de « Thiaroye », qui, comme d’ailleurs l’ensemble des autres monuments, est délaissé et méconnu du commun des maliens, exceptés des nouveaux mariés en manque d’idée.

Il est temps qu’au Mali, à l’image du Sénégal qui vient de décréter une journée du « tirailleur », nous soyons imaginatifs et attentifs à nos anciens. Car, n’oublions pas, nous nous réclamons de la devise qui veut que : « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », dixit Amadou Hamapaté Ba.

A moins que ce ne soit un slogan creux pour nous ! Et cela serait dommage, car pour bâtir un avenir, il faut s’appuyer sur les expériences (acquis,réussite et échec) du passé.

A bon entendeur salut !

FCAEK, architecte

maliarchitecture@yahoo.fr

Sources documentaires :
– archives nationales du mali et de la France d’outre-mer
– documents sur la ville de Reims et fonds privés

Source : http://www.afribone.com/article.php3?id_article=4513

26 septembre 2006.