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Pourquoi la ville de Reims et de … ?

Pour la petite histoire lors de la bataille de Reims, le Sergent Fournier Lafitte fit l’admiration des tirailleurs, en allant chercher à 20 mètres des barbelés ennemis, l’Adjudant Moussa Diarra grièvement blessé.

Un nom entre autres, mérite d’être cité pour héroïsme : le Caporal Tran Huu Can, qui atteint de deux balles dans la poitrine continua à repousser l’assaillant à la grenade.

Au passage, il faut noter que les Marocains de même que les océanciens sont les seuls peuples originaires de l’Empire à n’avoir pas combattu à Reims.

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Le 27 juillet 1918, la 1ère armée du Général von Mudra battit en retraite et le 6 août, les Allemands sont ramenés à leurs positions du 27 mai : ainsi Reims l’indomptable métropole décorée le 6 juillet 1919, de la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, grâce à l’héroïsme des coloniaux, venait d’être sauvé.

Quatre longues années sanglantes venaient de faire de la fière cité rémoise, le symbole de la résistance de la France à l’envahisseur. Pour la défense de Reims ont été cités, beaucoup de noms de combattants coloniaux comme ceux de Pravaz, Bardin et Brisson, accompagnent les patronymes exotiques de Aroulandon Andouimoutou, Fodé Konaté, Thierno Diop et Tran Huu Can, venus d’au delà des mers, et qui sont tombés en Champagne.

L’agence Wolf écrivait dans sa parution du 5 juin 1918 : « Ce ne sont pas des Français qui combattent à Reims. La France a confié la protection de l’ancienne cité du couronnement à des soldats bruns et noirs. Il est vrai que la défense de Reims ne coûte aucune goutte de sang français. Ce sont des nègres que l’on sacrifie« .

Ainsi, presque tous les originaires de notre Empire d’alors, se sont retrouvés, unissant leurs forces et leurs sacrifices à ceux de Français, de Russes, d’italiens, de Britanniques et d’Américains, auxquels il convient d’ajouter des Polonais et des Tchécoslovaques, rassemblés pour protéger la ville du sacre des Rois de France, ville, qui après sa délivrance, n’a jamais oublié les coloniaux. Reims, par leur sacrifice, est devenu un haut lieu de la Coloniale dont nous pouvons légitimement être fiers au même titre que de Bazeilles, de Douaumont ou de Chasselay Montluzin.

Le site du monument de Reims

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En juin 1924, peu de temps avant l’inauguration du monument, le marquis Melchior DE POLIGNAC, associé-gérant de la maison Pommery et Greno-Louise Pommery Fils et Compagnie, informa le maire de Reims que cette maison prestigieuse de champagne, acceptait d’officialiser et de régulariser la cession gracieuse à la ville, annoncée lors de la pose de la première pierre en octobre 1922, de la partie du terrain sur lequel, le monument d’une superficie de 173,75m2, avait été érigé.

Le 10 juillet 1924, le Conseil municipal autorisa l’administration municipale à accepter cette offre, « moyennant le prix de un franc pour la régularité ». L’acte de cession, dressé par le notaire de la famille Pommery, maître MANDRON, a été signé après l’inauguration, en novembre 1924. Charles ROCHE, le Maire exprima alors sa reconnaissance à la famille Pommery, pour avoir spontanément fait don à la ville de l’emplacement où allait être érigé le monument.

Le 13 juillet 1924, sur un emplacement « largement ouvert sur la montagne et le Fort de la Pompelle, théâtre de leurs sacrifices », un monument « aux Héros de l’Armée Noire » est inauguré avec « le concours de 500 exécutants indigènes qui participent à un grand défilé historique de l’Armée Coloniale ».

Le monument de Reims et son inauguration

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Le 13 juillet 1924 exactement, eut lieu l’inauguration du monument de Reims, lors d’une cérémonie présidée par Édouard DALADIER, ministre des Colonies. Une manifestation militaire et sportive eut lieu au parc Pommery à Reims. Elle fut marquée également par un grand défilé historique de soldats indigènes, et la lecture au haut-parleur d’un poème à la gloire de l’Armée coloniale.

En prenant la parole, le général ARCHINARD rappela que les Troupes noires s’étaient bien battues sur le Front partout où elles avaient été engagées, et en particulier dans le secteur de Reims, et qu’elles étaient parvenues à tenir dans les moments les plus difficiles, justifiant ainsi le choix de cette ville pour l’érection du monument en métropole…

Inauguration du Monument à Reims, le général Archinard prononcant le discours

Le maire de la ville Charles ROCHE apprécia et exprima la fierté des Rémois pour le choix de leur ville, et leur reconnaissance avec les termes suivants : « Nous sommes très honorés et très fiers que notre cité ait été choisie pour l’érection de ce monument commémoratif. Les motifs qui ont présidé à ce choix paraissent d’ailleurs absolument légitimes. C’est en défendant notre ville que l’Armée noire a subi les pertes les plus lourdes et qu’elle a victorieusement résisté aux assauts les plus terribles de l’ennemi, et c’est encore de notre région que le 5 septembre 1918, elle s’est élancée à la poursuite de l’ennemi, le culbutant sur la Suippe, la Retourne et l’Aisne jusqu’au jour où les plénipotentiaires allemands sont venus avouer leur défaite […]. La dette de reconnaissance que nous avons contractée envers cette Armée noire et cette Armée coloniale ne s’adresse pas seulement aux héros, victimes de la guerre, elle s’étend aux glorieux chefs de ces vaillants soldats […]. Au nom de la ville de Reims, je m’incline respectueusement devant ceux qui symbolisent la vaillance, l’abnégation et le sacrifice. J’exprime notre éternelle reconnaissance aux sublimes héros qui, pour la défense de notre chère cité et de notre France immortelle, ont donné leur sang et leur existence, et ont écrit la plus glorieuse page de notre Histoire nationale […] », fin de citation.

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Attention Bamako d’abord ensuite Reims

Cette oeuvre d’art, le Monument aux « Héros de l’Armée Noire » de Reims est la réplique exacte de celle édifiée le 3 janvier précédent à Bamako. Malheureusement cette réalisation sera détruite en 1940, lors de la 2ème guerre mondiale par les Allemands, qui, sans doute, se souvenaient de la cuisante défaite qui leur avait été infligée en ces lieux, par les soldats de l’Empire. Mais, c’était mal connaître les souvenirs, les efforts et les volontés qui étaient à la base de ce monument. Nous y reviendrons là-dessus.

à suivre…

Cheich Abd El Kader Fofana, architecte

[hippodrome10@yahoo.fr
->mailto:hippodrome10@yahoo.fr]

Sources documentaires :
-Archives nationales du mali
-Archives France d’outre-mer
-Documents sur le ville de Reims
-Fonds privés

21 août 2006.