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Né au Mali, Samba Sow a suivi son père muté en France et, après une formation en région parisienne, il évolue maintenant en équipe réserve du Racing Club de Lens. A Kigali, durant la CAN juniors, il a été l’un des meilleurs Maliens et s’est fait remarquer par son volume de jeu. Mais il est reparti déçu à l’image de tous les Aiglons battus trois fois en trois matches. Entretien avec Christophe Jousset au Rwanda.

Quel est votre sentiment après l’élimination du Mali au premier tour de cette Coupe d’Afrique des nations des moins de 20 ans ?

On a beaucoup de regrets parce qu’on a bien joué. Mais on n’a pas été efficace. C’est ça le vrai problème : on n’a pas été efficace d’un bout à l’autre du terrain. On n’a pas su gérer. Maintenant, il va falloir passer à autre chose…

Vous aviez pourtant fait de bonnes éliminatoires avec à votre «tableau de chasse» la Tunisie et le Bénin. Vous aviez également battu les juniors ivoiriens en finale du tournoi du corridor, en mai dernier. Votre bon parcours s’est effondré d’un seul coup. Que s’est-il passé ?

On n’arrive pas à se l’expliquer justement notre échec à la CAN. On pouvait aller loin dans cette compétition. Il y a du talent dans ce groupe. A notre arrivée, peut-être que certains joueurs ont été écrasées par la pression et qu’on arrivait plus à jouer. C’est vraiment inexplicable… Durant les éliminatoires, on a joué 11 matches sans compter les rencontres amicales et le tournoi du corridor, en Côte d’Ivoire. On avait alors inscrit 11 buts et on en avait encaissé qu’un seul. Là, au Rwanda, c’était l’inverse : on prenait des buts et on n’arrivait pas à en marquer.


Le problème serait-il psychologique alors ?

Oui, certainement. Car ce sont les mêmes joueurs qui sont là depuis le départ. Je pense que ça s’est passé dans nos têtes. Parce que c’est incompréhensible de changer du jour au lendemain.

Vous avez prouvé que vous étiez un des leaders de cette équipe. Notamment lors du deuxième match face au Ghana où vous étiez « au four et au moulin » ? Vous sentez-vous comme un des piliers de cette sélection ?

Oui, je pense… On n’est pas nombreux à être expatriés chez les juniors. Je fais partie de ceux-là et je joue en plus à Lens (France), dans un grand club. J’ai montré que je pouvais faire quelque chose. Même si, seul, on ne peut rien faire : on a besoin des autres pour jouer. Les autres m’ont aidé, on a tout donné, mais je ne comprends toujours pas pourquoi les choses se sont passées comme ça…


Un mot sur votre parcours qui est intéressant. Vous êtes né au Mali, mais vous êtes venu tôt en France.

Je suis né au Mali et j’y ai vécu jusqu’à 11 ans. Puis, j’ai suivi mon père qui est diplomate. Il a été muté en France en 2001. J’y ai d’abord joué avec l’US Torcy, en Seine-et-Marne (banlieue parisienne, Ndlr). Après, j’ai été recruté par Lens en 2005. C’est ma quatrième saison là-bas. En fait, j’ai deux pays à la fois : le Mali et la France. Footballistiquement parlant, j’ai tout appris en France. Et le Mali, c’est ma terre natale.

Le Mali, ce sont vos onze premières années, les souvenirs d’enfance, Bamako… C’est très important.

Oui, c’est sûr ! Chaque été, je vais à Bamako et je m’y sens toujours très bien. C’est mon pays où je suis content d’être là-bas. J’aime y jouer dans le quartier, entre nous, avec mes amis. Eux aussi, ils sont bons au football. Certains sont allés à l’extérieur, mais ils n’ont pas eu beaucoup de chance. Je suis le seul « rescapé », si on peut dire. Mais eux du coup sont tout le temps derrière moi. Alors je vais tout faire pour ne pas les décevoir.


A Lens, vous êtes titulaire avec l’équipe réserve, celle qui évolue en championnat de France amateur (CFA).

Oui, je suis titulaire en CFA et je viens de signer mon premier contrat professionnel cette année. Maintenant, j’espère bientôt rejoindre l’équipe première.

La saison passée, vous avez joué 35 matches, puis vous avez enchaîné sur les éliminatoires de cette CAN juniors…

Oui, la saison en club s’est terminée au mois de juin. Je suis ensuite venu pendant les vacances, pendant ma semaine de repos. Et j’ai repris directement avec la sélection pour un match face à la Tunisie. J’ai joué le match aller et le match retour. Puis, je suis rentré en France.

Vous êtes jeune et vous récupérez vite. Mais n’est-ce pas trop de matches ?

Oui, c’est un peu trop. Mais quand on est jeune, on a besoin de matches, de se montrer. Il suffit de jouer pour être content. Et puis, il ne faut pas calculer ses efforts. On est jeune, on doit se montrer.

Votre avenir est-il définitivement lié à l’équipe du Mali ou vous pourriez pencher un jour pour la France ?

Non, le choix est déjà fait. Je suis Malien et je ne changerai pas d’avis. Aucune hésitation là-dessus. J’ai décidé seul de ça. Mais mon père me suit. Je lui ai toujours dit que j’aimerais porter le maillot du Mali et tout donner pour lui.

RFI

28 Janvier 2009