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A la fin de sa dernière journée de travail, en dehors du Tout-Puissant, nul ne pouvait prévoir que le Directeur du CIERRO (Centre Inter-Africain d’Etudes en Radio Rurale de Ouagadougou) tirerait sa révérence de cette façon précoce et brutale. L’avant-veille de sa disparition, nous avions eu une conversation téléphonique avec lui, au cours de laquelle il nous annonçait son arrivée prochaine à Bamako.

A la date annoncée, soit 72 heures après, Samba est effectivement arrivé à Bamako, mais dans un cercueil. Nous n’en croyions pas nos yeux. La violence du choc a été telle que beaucoup d’entre nous ont été incapables de verser des larmes sur le coup.

Avec la mort de Samba, le Mali et l’Afrique ont perdu un des pionniers de la radio, en particulier de la radio rurale dont il était une sommité reconnue. Etabli à Ouagadougou aux commandes du CIERRO depuis une bonne dizaine d’années, Samba O. Touré avait réussi à forger une réputation de grand sérieux à cette institution de l’URTNA (Union des Radios et Télévisions Nationales d’Afrique).

La petite équipe qu’il dirigeait avait, en l’espace de quelques promotions, réussi à doter les radios rurales d’Afrique de cadres compétents véritablement dédiés à la promotion du monde rural. A travers le continent africain, nous sommes plusieurs dizaines de cadres de la radio à devoir notre carrière professionnelle à ce grand prince à la bonne humeur communicative.

Rarement quelqu’un aura mérité autant l’estime et la considération de ses collègues, étudiants et partenaires. Ma promotion, la 6ème, était composée d’hommes et de femmes en provenance de dix (10) pays différents. A cette époque, nous nous appelions déjà l' »Union Africaine de la Radiodiffusion« .

Il ne s’est trouvé personne dans cette promotion, pourtant très turbulente, pour porter le moindre grief contre le “ Gros malien ”, comme nous l’appelions affectueusement dans son dos. Mieux, pour me contrarier, mon voisin de table, un Gabonais, m’interdisait de me prévaloir de ma nationalité malienne.

Marius, pour ne pas le nommer, disait que le seul Malien qu’il connaissait, c’était Samba. Un “ vrai Monsieur ”, disait-il ! En effet, Samba, c’était un vrai monsieur. Avec le cœur dans la main ; toujours prêt à apporter assistance et réconfort aux autres.

A l’origine, le CIERRO recevait exclusivement des “ internes ”, c’est à dire des stagiaires issus d’organismes de radiodiffusion. C’est avec notre promotion que le Centre a recruté pour la première fois des « externes« , en l’occurrence des bacheliers et des diplômés de l’université.

Cette ouverture, on la doit à Samba qui avait le souci de relever le niveau de recrutement et de formation du Centre. En 1989, quelques uns de nos camarades de promotion d’Afrique Centrale n’ont pas obtenu de billet d’avion pour rallier leur pays respectif en fin de première année.

Puisqu’il fallait effectuer un stage de vacance obligatoire au sein de l’organe de radiodiffusion d’origine, et collecter en même temps les informations en vue de la préparation du mémoire de fin de cycle, le CIERRO a donc dû préfinancer leur voyage-retour. Leurs structures respectives devraient, par la suite, rembourser les frais engagés par le CIERRO.

Malheureusement, nos camarades n’ont pas réussi à obtenir les financements nécessaires, et logiquement, c’est leur bourse qui devrait supporter les remboursements en question. Cette situation a tellement contrarié voire indigné le Centre que Samba a dû plaider leur cause auprès de l’URTNA.

Finalement, la bourse de nos camarades n’a pas subi les prélèvements tant redoutés. On pourrait multiplier à l’infini les preuves de la grande générosité de Samba Ousmane. Nous mêmes, étudiants maliens, étions reçus régulièrement chez lui, en famille, pendant toute la durée de notre formation.

Les autres camarades de promo, eux aussi, se joignaient à ces “ retrouvailles maliennes ” au cours desquelles nous festoyions aux frais de la princesse. Dans une ambiance très conviviale aux côtés de son épouse et de ses enfants.

En plus de nous avoir appris le métier de communicateur rural, Samba s’obligeait à superviser nos carrières respectives, une fois rentrés chez nous. Il connaissait tous les directeurs des radiodiffusions africaines ; tous les cadres des radios rurales et personne ne pouvait rien lui refuser.

C’est ainsi que, personnellement, j’ai intégré le Programme RRL (Radio Rurale Locale ) de l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) et le réseau AMARC (Association Mondiale des Radiodiffuseurs Communautaires dont le siège est au Canada) sur sa recommandation.

Cela m’a valu mes tout premiers voyages à Dakar et à Abidjan en 1993 et 1995. Dans ces fora, nous nous retrouvions très souvent, plusieurs anciens du CIERRO, grâce à l’entregent de Samba.

Un vrai Monsieur ” qui forçait l’admiration de tous ceux qui l’ont connu et approché, qui n’était heureux que lorsqu’il se sentait aux services des autres.

Chaque fois que je croise son jeune frère, mon voisin de quartier, c’est Samba que je revois. La bonhomie et le teint en moins, certes, mais le même visage et surtout le même timbre de la voix. Monsieur le Directeur, malgré l’ingratitude proverbiale des apprenants, sache que nous ne t’oublierons jamais.

Tout comme ne t’ont pas oublié Intermédia Consultants Afrique et le CESTI de Dakar, dont la dernière session de formation supérieure en radio communautaire (Dakar, du 14 août au 23 septembre 2006) a immortalisé ton nom. Pour nous, tu resteras à jamais l’aîné, le formateur, l’ami et le protecteur.

Diarra Diakité Ancien Etudiant au CIERRO

19 octobre 2006.