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Le Mali est un pays qui renferme d’énormes potentialités. Fragilisé par la crise multidimensionnelle, le pays a du mal à attirer l’attention des investisseurs. Pour en savoir plus, nous nous sommes entretenus avec Samba Ouologuem, analyste financier, ingénieur statisticien-économiste. 

 Quelle analyse faites-vous en matière d’investissement au Mali ? 

Samba Ouologuem : Il faut savoir que malgré la crise sociopolitique et sécuritaire que le pays traverse depuis 2012, le Mali est un pays qui regorge bon nombre d’opportunités en matière d’investissement. Le Mali étant un pays continental et frontalier avec 7 pays, ceux-ci offrent des opportunités d’investissement dans les secteurs tels que : le transport, le développement des infrastructures, ainsi que le commerce. Au-delà de ce positionnement, le Mali est traversé par deux importants fleuves à savoir le fleuve Sénégal et le fleuve Niger, donnant également un avantage agricole. Les opportunités d’investissement sont ainsi présentes dans l’ensemble des secteurs d’activité du pays. Son économie à faible revenu est fortement dominée par les secteurs primaires et tertiaires à hauteur de 80 % du PIB. 

Pour ne citer que les secteurs prioritaires à savoir l’agriculture, l’industrie minière, les infrastructures, ainsi que le sous-secteur de l’énergie. Si nous prenons le cas de l’agriculture,le Mali étant l’un des pays les plus importants producteurs de l’or blanc (coton), dans ce secteur le potentiel de développement est encore présent. C’est un secteur qui n’a pas encore atteint sa potentialité en termes de production, de rendement et également en termes de valorisation de la chaîne de valeur. A ce stade, nous n’exportons que des produits bruts et semi-finis. Au-delà de l’or blanc, nous avons les cultures vivrières qui présentent un important potentiel. Avec un fort potentiel irrigable dont la superficie est estimée à plus de 2 millions d’hectare, le pays dispose des ressources nécessaires pour devenir l’un des piliers agricoles de l’Afrique de l’Ouest. 

Egalement nous avons l’industrie minière, qui malgré notre positionnement en tant que producteur d’or, et la découverte de l’hydrogène et d’autres ressources, le sous-sol malien est riche et ledit secteur présente un fort potentiel de croissance. Le développement économique allant de pair avec les infrastructures, son développement s’impose naturellement. Quand on parle de l’agriculture, des mines, des infrastructures, ceux-ci vont nous pousser à aller vers le développement industriel et ceci ne peut se faire sans l’accompagnement d’un plan énergétique viable. Actuellement, la production énergétique ne comble pas déjà le besoin de consommation de la population, à forte raison de couvrir le besoin industriel. Au-delà des productions d’énergie hydraulique et thermique, les énergies renouvelables offrent de meilleures alternatives pour le Mali, étant par ailleurs un pays sahélien. 

Au-delà de ces secteurs, nous avons l’éducation, la santé, les secteurs tertiaires ….

Avec le contexte sociopolitique, sécuritaire que le pays traverse, le Mali est considéré par bon nombre d’investisseurs comme un pays risqué. Cependant, il est également bon de souligner que dans la phase de crise que les meilleurs investissements se réalisent avec un fort potentiel de croissance.

Cependant, avec les crises récentes que le pays a connues, la première notation de Moody’s qui s’établissait à B3 en 2020 avec une perspective stable avait été revue à la baisse avec une perspective négative. Le retour à la stabilité sociopolitique, a permis de regagner la perspective stable.

Selon vous, quel rôle joue les investisseurs dans un pays comme le nôtre ? 

S.O : Il faudrait comprendre au premier abord, qu’un investisseur qu’il soit personne morale ou physique, c’est un agent économique qui apporte des ressources (capital) pour l’investissement en vue d’un retour sur investissement. 

L’investisseur est un élément clé du cycle économique. Il constitue une machine motrice de l’économie. Le capital qui est apporté dans un idéal de développement contribue à la croissance économique du pays. Et ceci pour se faire passe bien évidemment par la création d’emplois directs et indirects. Ces emplois par la suite constituent des revenus pour des ménages et qui par la suite constituent ce qu’on appelle la consommation en économie. 

Un investisseur est donc un acteur économique dont la contribution au développement économique doit être vivement sollicitée par un Etat qui aspire à la prospérité.

Qu’est-ce qui doit être fait par les autorités maliennes pour attirer plus d’investisseurs ? 

S.O : Le pays traverse actuellement une crise multidimensionnelle : sociopolitique, sécurité… La transition dès son entame a affiché une volonté de sécurisation du pays parmi les axes prioritaires. Et cette priorité a été également traduite dans le Plan d’actions gouvernementales (PAG), qui a été présenté et adopté par le Conseil National de la Transition. Le premier volet que les autorités maliennes doivent travailler pour la promotion de l’investissement au pays, c’est d’abord la question sécuritaire. L’aspect sécuritaire redonnera une image florissante au pays et véhiculera un message fort pour les investisseurs, qu’ils soient étrangers ou locaux

Au-delà de la question sécurité, vient en second lieu la stabilité politique. Depuis 2012, le Mali n’a pas connu une vraie stabilité politique. Il faut que les autorités maliennes parviennent à instaurer une stabilité politique durable. C’est un facteur important que les investisseurs regardent avant d’investir dans n’importe quel pays dans le monde. 

Le cadre réglementaire en harmonie avec les objectifs de l’UEMOA et des institutions internationales, du système de l’OHADA doit s’inscrire dans une politique d’amélioration continue et ciblée. Il faudrait également un cadre judiciaire transparent et fiable de telle sorte que les acteurs économiques aient une confiance totale à l’appareil judiciaire du pays. En dehors du cadre réglementaire, cela consiste aussi enla protection des investisseurs. Il faut notamment des politiques de lutte contre la corruption. Nous voulons certes des investissements, mais il faudrait qu’il ait des mécanismes qui puissent contrôler le blanchissement des capitaux. Quand cette base est en place et assainie, on peut parler des mesures d’incitation fiscale qui déjà existent dans le pays. L’Agence pour la Promotion de l’Investissement au Mali (API) fait un travail remarque pour l’amélioration de la perception du Mali auprès des investisseurs et de l’amélioration du parcours de l’investissement dans le pays à travers les différents forums organisés et la mise en place d’un guichet unique pour la facilitation des procédures. 

L’Etat dans son rôle régalien doit également jouer sur les dépenses d’investissement prévu dans le budget. Qui à ce stade, on peut les considérer faibles pour un pays sous-développé. L’Etat doit jouer sur ce levier des dépenses d’investissement afin de favoriser et d’accompagner le développement économique du pays en établissant des partenariats publics-privés dans lesquels l’Etat va associer les acteurs privés. Les autorités doivent accorder un intérêt particulier sur l’investissement des Maliens résidant à l’étranger. Car les Maliens résidant à l’étranger participent massivement aux flux de transfert dans le pays. Généralement, ces flux sont orientés vers des dépenses de consommation. Maintenant, il faudrait que l’Etat mette en place une politique qui puisse inciter les Maliens résidant à l’étranger à investir davantage dans le pays. Et pour se faire les mesures, qui ont été citées en amont, sont essentielles. Parce que nous avons une diaspora forte à l’étranger que ça soit : en Afrique, en Moyen-Orient, en Europe, ou en Amérique. 

Nous sommes dans une économie dans laquelle le poids des PME-PMI est important. Et ce sont les PME-PMI qui jouent un rôle clé dans le tissu entrepreneurial au Mali. 

Il faut donc mettre en place un écosystème pour pourvoir accompagner les PME-PMI et les Start-up. Que l’Etat songe à mettre en place des fonds d’investissement dédiés à ces structures et à renforcer les fonds de garantie mis à leur disposition. 

En dernier lieu, il faudrait qu’on travaille sur le volet d’éducation financière qui va au-delà de l’investissement au bénéfice de la population. A travers l’éducation financière, nous allons participer à l’émergence d’une population plus armée sur les questions d’investissements.

Une fois que cet ensemble est travaillé et mis en place ceci favoriserait davantage le climat des affaires au Mali. Plus on aura d’investisseurs de qualité, plus l’économie s’émergera. 

Jacques Coulibaly 

@Afribone