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g.jpgA défaut donc d’en trouver qui aient maille à partir avec la loi, je m’en vais vous conter une petite aventure qui nous est arrivée il y a quelques années, à nous stagiaires africains à Cologne en Allemagne, ceci pour prouver si besoin en est encore, que pour la grande majorité des Africains, cette question relève toujours du tabou- Nous venions du Mali, de la Guinée, du Niger et du Burkina; mon bonjour au passage à ces confrères désormais amis; ceux d’entre eux qui étaient ce soir-Ià dans l’ascenseur s’en souviendront certainement. Donc, nous étions trois ou quatre à attendre l’ascenseur.

A côté de nous, se trouvaient deux messieurs. L’un était grand et l’autre plus petit. Le plus petit s’appuyait contre l’autre de manière suffisamment étrange pour attirer notre attention mais en ce qui me concerne, je mis cela sur le compte de quelqu’un qui aurait un verre de trop dans le nez et qui aurait du mal à se tenir seul sur ses jambes.

L’ascenseur arriva et nous nous y engouffrâmes. A peine les portières se furent-elles refermées, que le blondinet se jeta littéralement dans les bras de l’autre et leur bouche se retrouvant, ils se mirent à se «languer» avec passion, s’échangeant leurs sécrétions salivaires à travers une série de longs baisers passionnés.

La majeure partie d’entre nous n’avaient que juste entendu parler d’homosexualité dans leur pays ou n’avaient vu des homosexuels en action qu’au cinéma; mais là, vis-à-vis devant nous, deux hommes en train de se «manger» les lèvres tandis que leurs mains fébrilement recherchaient autre chose, était spectacle insupportable pour des nègres pur teint que nous étions. Conséquences: nous nous entassâmes précipitamment dans l’angle opposé de la cabine, les yeux hors de leurs orbites comme subjugués par la «chose» qui se passait devant nous. Deux hommes en train de vouloir se «bakariser», pouah ! Un instant, ils se décollèrent comme pour prendre leur souffle.

Le plus grand, celui qui certainement devait jouer le rôle du mâle nous vit et constata notre effroi. Il glissa un mot à l’oreille de l’autre et ils gloussèrent avant de s’entreprendre de plus belle comme pour nous exciter au cas où parmi nous il s’en trouvait qui…quoi ? Rien! La preuve, lorsque l’ascenseur s’est arrêté au niveau de mon étage, tous les autres sont sortis avant moi de manière précipitée comme si passer une minute de plus les exposait à un grand danger.

Sait-on jamais! Une fois dehors, nous avons pris le temps de récupérer notre souffle, de rire avant de déclarer doctement qu’ils sont fous ces Blancs-là, faire ça entre hommes ou entre femmes et en public encore ! Un peu plus tard, nous avons rit de nous-mêmes car si nous qui nous prenions presque pour des esprits éclairés, libres de certains carcans, avons eu cette réaction devant ces deux hommes qui se «languaient», qu’en serait-il de celle du commun des Africains ? Voici pourquoi chez nous les homosexuels répriment leurs envies ou se cachent pour assouvir leur passion; sinon ce genre de malades existent bel et bien chez nous mais il serait bon de les laisser tranquilles gérer leur déséquilibre.

Sacré Seydou OUEDRAOGO | Sidwaya

12 juin 2007