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A 32 ans, Salimata Diallo est pharmacienne commerciale chez un grossiste répartiteur de produits pharmaceutiques.

Née au Mali, elle quitte le pays en 1986 pour aller vivre au Gabon. Salimata y poursuit sa scolarité jusqu’au baccalauréat qu’elle obtient en 1994 au lycée d’état d’Oyem. Muni d’un bac D (section biologie), elle revient au bercail dans l’intention de s’inscrire en faculté de médecine. Mais il se trouve qu’en cette période, les étudiants étaient plus souvent dans les rues à manifester, qu’en cours.

D’ailleurs, suite à une année blanche, il n’y eut pas de bacheliers au Mali en 1994. Inquiet de ne pas voir sa fille poursuivre ses études sans interruption inopportune, le père de Sali l’encourage à s’adresser au bureau des Maliens de l’extérieur, situé alors au Grand Marché de Bamako.

Renseignements pris, Sali introduit une demande de bourse d’études au niveau du ministère de l’éducation nationale. Elle obtint une bourse pour le Maroc, dans une faculté scientifique. Elle est orientée pour y faire des études de mathématiques et de physique. Mais la jeune fille tient à sa médecine.

Elle s’inscrit en Deug de biologie, un passage obligatoire au Maroc pour accéder à la fac de médecine. Au bout de ces deux années, Sali propose son dossier à la sélection pour l’école de médecine et de pharmacie de Rabat. Chaque année, seules quinze places sont réservées aux élèves d’origines étrangères. Salimata est sélectionnée. Mais pour la pharmacie ! Bon, elle préfère tout de même ce choix aux maths.

Des regrets ?

« Je voulais soigner. Etre proche des gens, les aider. Il n’y a pas d’actes médicaux en pharmacie mais je prolonge le travail du médecin en prodiguant des conseils aux malades pour leur médication. Je me console en me disant que je viens en complément du médecin traitant.»

Parcours depuis le diplôme

Devenue pharmacienne, Salimata se rend en France pour une année, le temps de voir venir. Là, elle travaille six mois au sein de la faculté de pharmacie de Chatenay Malabry, sur la recherche en cosmétique, consolidant ainsi son sujet de mémoire qui a porté sur le thème du beurre de karité et l’huile d’argane. Nous savons que le karité est exploité pour ses propriétés adoucissante et protectrice de l’épiderme. L’huile d’argane, nutritivement riche, nourrit peau et cheveu.

De retour au Mali, Salimata travaille six mois dans une officine, puis, retenue par les promoteurs d’une usine pharmaceutique, elle part pour le Ghana, suivre une formation de trois mois en production. Elle sera Responsable produit dans cette usine pendant deux ans avant de devenir gérante d’un laboratoire de produits à usage officinal (préparation galénique).

Ayant eut à travailler en France et au Mali, nous demandons au Docteur Salimata Diallo de nous faire une petite comparaison sur la tenue des officines pharmaceutique (on peut rigoler un peu 🙂

Sans hésitation la jeune femme répond : «En France comme au Maroc, en dehors des produits de conseil, le pharmacien se refuse à vendre des médicaments sans ordonnance. L’auto-médication est donc moins importante dans ces pays».

La plupart de nos pharmacies n’ont pas de système de climatisation et même celles qui en sont équipées ont un fâcheux penchant à l’éteindre. La tendance générale étant à l’économie. La conservation des médicaments est une chose qui me préoccupe personnellement. Et sûre de ne pas être la seule, je profite d’avoir une pharmacienne sous la main pour soulever le problème.

Selon Diallo, les médicaments courants sont à conserver à 25°. Ici, la température ambiante oscille plutôt entre 35 et 40°, donc… Mais Salimata me rassure. Nos pharmacies sont actuellement ravitaillées plusieurs fois par jour. Les stocks en rayons ne sont donc pas importants et s’écoulent rapidement. Ouf !

Petit topo sur le milieu pharmaceutique

Nous apprenons qu’il existe environs 350 pharmacies sur tout le territoire dont 60% localisées dans notre capitale. Nous comptons deux grands grossistes et une multitude de structures de plus petites envergures œuvrant dans le secteur.

Des projets de carrière ?

Ouvrir une officine, peut-être plus tard.

Célibataire à 32 ans ?

Salimata Diallo assume complètement son état. Elle se moque bien du regard des autres. Et les réflexions des tantes et des amis «bien pensant», hé bien, elle s’en accommode. Et pourquoi donc, célibataire ? Elle n’a tout simplement pas rencontré le «bon» et ne compte pas se marier uniquement parce qu’il conviendrait de le faire. Pas question de céder à la pression sociale.

Et puis, ça se saurait si les hommes appréciaient les femmes instruites, qui s’assument et qui ont du plomb dans la tête. Pas vrai ?

Il est de mise de poser les questions d’actualité aux personnes interrogées. Alors, on a demandé son sentiment sur la crise qui secoue le Nord de notre pays et endeuille les familles.

«Cette crise est mal gérée. On ne doit pas parler de rébellion mais de banditisme. Ce sont des bandits armés, des brigands. On doit les mater et non discuter avec eux. Il n’y a rien à négocier.»

Et l’entrée de l’Onu dans l’histoire ?

«Des bêtises !»

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Dans la petite vidéo qui suit, le docteur Diallo nous parle des dégâts causés par les «Pharmacies parterre» (médicaments vendus sur les trottoirs, en dehors du circuit pharmaceutique).

Afribone Mali SA / 29 mai 2008