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Initialement prévu ce mois-ci, le Forum national sur l’éducation se tiendra finalement en septembre. Cependant, ses travaux ont commencé le lundi 4 août avec le lancement des ateliers thématiques qui précèdent les rencontres régionales devant aboutir au Forum proprement dit.

En prélude aux travaux, nous avons rencontré le président du comité d’organisation, le Pr. Salikou Sanogo, qui a accepté de nous parler de fond en comble du Forum. Interview.

Les Echos : Dans quelques semaines va se tenir le Forum national sur l’éducation. Où en êtes-vous avec l’organisation ?

Salikou Sanogo : Nous en sommes présentement à la deuxième phase dans l’organisation. La première phase a consisté en des écoutes et à l’organisation d’ateliers thématiques. Nous avons déjà fait beaucoup d’écoutes. Je ne dis pas que les écoutes sont terminées parce qu’on peut toujours les faire selon la disponibilité des personnalités, des associations qui veulent bien répondre à notre invitation.

Mais nous allons rentrer dès demain (Ndlr : l’interview a eu lieu dimanche 3 août 2008) dans la phase d’organisation des ateliers thématiques qui vont commencer par un atelier dont le thème est unique et qui est la vision des acteurs politiques sur le système éducatif malien.

Les Echos : Vous avez réussi à convaincre la Coses et le Synesup qui avaient conditionné leur participation. Quels ont été vos arguments ?


S. S. :
Nous avons réuni au siège du comité d’organisation les dirigeants des deux syndicats avec lesquels nous avons eu des entretiens très constructifs sur le système éducatif. Nous leur avons dit que le Forum n’est ni le forum du gouvernement, ni celui des enseignants, ni celui des étudiants encore moins des parents d’élèves, mais une préoccupation nationale.

Ce ne sera pas un forum dirigé contre les syndicats ou contre les élèves. Nous avons été commis pour organiser un forum sur l’éducation compte tenu de tous les problèmes que connaît le système éducatif malien.

Je pense que nos interlocuteurs ont compris et ils sont dans la disposition d’y participer comme toutes les organisations de la société civile, les partis politiques, les élus ; d’apporter leur pierre dans cette grande œuvre de reconstruction de notre système éducatif. Nous avons senti qu’ils ont compris et que sur cette base, ils viendront. Nous sommes certains que leur participation sera de qualité.

Les Echos : Est-ce à dire que les autres acteurs invités seront présents. En d’autres termes, est-ce que vous avez l’adhésion de tout le monde ?

S. S. : Oui tous les acteurs de l’école que nous avons touchés et qui nous ont touchés sont prêts à venir. Chaque jour nous avons des associations, des organisations qui nous saisissent pour offrir spontanément leurs services.

Beaucoup d’organisations de jeunes se sont proposées pour venir nous donner un coup de main quant à l’organisation matérielle. Donc, je peux dire que toutes les organisations qui s’intéressent à la question éducative sont motivées.

Quelles que soient les organisations d’enseignants, d’élèves et d’étudiants, de jeunes, de femmes, de parents d’élèves en passant par les chefs de quartiers, les partis politiques tous ont manifesté leur volonté de venir débattre.

Je pense que personne ne veut être absent de ce grand débat parce que les gens sentent que nous sommes à une étape de notre système éducatif où tout le monde doit prendre position. Tout le monde doit s’engager si nous voulons trouver des solutions pérennes aux problèmes qui se posent au système éducatif malien.

Les Echos : Vous venez de dire que les acteurs que vous avez touchés et qui vous ont touchés sont prêts à vous accompagner. Peut-on savoir qui sont-ils ?


S. S. :
Pour le moment, nous avons organisé ce que nous appelons des écoutes. Et nous avons invité des personnalités, des associations pour l’intérêt qu’elles portent au système éducatif ou leurs expériences dans la résolution, dans l’administration.

Nous avons eu à rencontrer les anciens enseignants de l’Union nationale des retraités de l’éducation et de la culture. Nous avons rencontré les 70 chefs de quartier du district de Bamako et en tête leur coordination. Nous avons rencontré des personnalités aussi éminentes que Baba Akhib Haïdara, ancien ministre, Modibo Kéita, ancien Premier ministre, Bakary Kamian, Oumar Issiaka Bah, Dr. Simaga… qui sont venus faire part de leur conception de l’éducation.

Bref, nous avons rencontré des dirigeants de l’Association de la société civile, la Cafo, le Conseil d’éducation à la citoyenneté, beaucoup d’organisations de jeunes (le Craf, le CNJ), l’AEEM, les syndicats, l’UNTM, la CSTM, la Coses et le Synesup… C’est dire que nous sommes dans la dynamique de rencontrer tous ceux qui peuvent, à notre avis, apporter un plus dans la compréhension des problèmes et dans la proposition de solutions aux problèmes.

Les Echos : Malgré tout, ce forum ne risque-t-il pas d’être un de trop ?

S. S. : Il y a eu beaucoup de foras ; les uns et les autres disent que ça sera peut-être un forum de trop. Il y en a qui sont même sceptiques. Mais ce forum est un forum sur l’éducation. Il vient à un moment où toutes les couches de la population malienne sont sensibilisées à la question d’éducation.

Comme je l’ai dit, ce n’est pas seulement l’école, c’est l’éducation même, depuis l’éducation que nous recevons dans la famille et jusqu’à l’éducation supérieure en passant par l’enseignement secondaire, la formation technique, la formation professionnelle et l’adéquation entre la formation et l’emploi.

Pourquoi tant de diplômés qui sortent chôment ? C’est une préoccupation de chaque père et de chaque mère. Et tout le monde est extrêmement sensible à cette situation. On ne peut pas faire autrement que de chercher les solutions aux problèmes qui se posent. Il en va de même de l’avenir de notre pays.

Je pense que les décideurs iront dans le sens des résolutions pertinentes qui seront développées par le forum. Et ces résolutions, nous pensons qu’il faut les accompagner de mesures concrètes de mise en œuvre.

Pour que le forum ne soit pas comme les autres, chaque fois qu’on fait une recommandation, il faudra proposer des mesures de mise en œuvre et pourquoi pas un chronogramme de mise en œuvre. Et en tout cas, il faut pouvoir dire si c’est faisable à court, moyen ou long terme.

De deux, il faut que les recommandations soient faites à l’endroit de tous les partenaires, les acteurs.

Vous le savez, il n’y a pas que l’Etat qui soit en jeu, les enseignants, par le biais de leurs organisations syndicales, les étudiants, par l’intermédiaire des associations de parents d’élèves et des comités de gestion scolaire, les partis politiques, qui sont les acteurs politiques de la nation et les élus, doivent aussi jouer leurs rôles.

Donc, chaque acteur, bénéficiaire et partenaire doit prendre des engagements fermes et ne pas se dire que c’est à l’autre de tout faire.

Les Echos : Vous êtes professeur, doyen d’une Faculté. Vous n’êtes pas sans savoir que l’école malienne connaît de nombreux dysfonctionnements. Mais quels sont, selon vous, les vrais problèmes ?


S. S. :
En tant que doyen, je peux vous dire quelques problèmes qui se posent à l’enseignement supérieur. Mais, quand on parle du problème de la situation du système éducatif et si je dois parler en tant président du Forum, ce sera autre chose. En tant que président du Forum, disons que notre but, c’est de faire en sorte que les gens eux-mêmes disent quels sont les problèmes majeurs et quelle analyse il faut faire de ces problèmes pour des solutions réalistes.

Maintenant en tant que doyen, les problèmes qui se posent à l’enseignement supérieur sont de plusieurs ordres. Vous avez des problèmes d’infrastructures et pédagogiques (manque de locaux pour les travaux pratiques, de laboratoires de recherche pour les enseignants, des bibliothèques, des centres de documentation pour les élèves et les enseignants). Il faut trouver des moyens à mettre la documentation à la disposition des élèves et des étudiants.

Il y a aussi les revendications des syndicats pour leur assurer de meilleures conditions de vie et de travail, les revendications des étudiants pour leurs conditions de vie et d’études. Il y a des problèmes qui se posent au niveau des administrations universitaires qui travaillent dans des conditions difficiles parfois étant donné que les effectifs sont vraiment pléthoriques et difficiles à gérer. Malgré tout, les gens font de leur mieux.

Sur le campus, nous assistons à des actes d’indiscipline et quelques actes de violences entre étudiants eux-mêmes, mais aussi de la part d’étudiants à l’encontre des enseignants. Alors tout ceci fait que le travail connaît des difficultés qu’il ne faut pas ignorer. Mais ces difficultés peuvent avoir une solution.

Je pense que le Forum nous donne l’occasion d’en débattre franchement, de faire en sorte que tous les partenaires fassent des engagements solides pour enfin faire de notre enseignement supérieur, un enseignement de qualité qui forme la ressource humaine pour le développement économique, social et culturel du pays et aussi pour la défense des intérêts du pays et pour que notre pays ait une place de choix dans la sous-région.


Les Echos : Quel appel lancez-vous aux acteurs ?

S. S. : Je veux leur dire que le Forum, qui est en train de se préparer et qui sera organisé à la mi-septembre, est une occasion unique pour chacun de dire ses préoccupations, de faire des analyses de la situation, des propositions réalistes de sortie de crise et de faire en sorte que tous les partenaires s’engagent à faire un bout de chemin pour qu’enfin le peuple malien soit fier de son système éducatif et que l’école renoue avec ses valeurs de travail, de réussite, de discipline, de déontologie et d’éthique.

Je dois vous dire que les Maliens de l’extérieur nous envoient tous les jours des e-mails. Ils participent et nous donnent leurs points de vue. Il y en a qui fait des tests d’analyse de la situation. Donc, tout un chacun peut aussi participer à sa manière. Mais l’essentiel, c’est de vraiment participer à cette œuvre que j’appellerai nationale, mais aussi patriotique.

Propos recueillis par

Amadou Sidibé

05 Aout 2008