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web-21.jpg« Bonsoir Madame ! S’il vous plait, je viens d’arriver de Bobo, je recherche un guérisseur nommé Ladji. Il a une main amputée et habite Tampouy. On parle même souvent de lui à la radio. Mais comme je ne connais pas la ville, je vous demande de me déposer là-bas. Je dois voir mon frère malade. Vraiment, je m’excuse ; j’ai rendez-vous à Larlé et je suis déjà en retard. »

Et la bonne Sali de lui indiquer la voie du marché de Larlé et de s’empresser de démarrer sa Cryptone Yamaha.

Mais, chose étrange, l’homme commença à psalmodier des prières. Que dis-je plutôt ces mots barbares qui n’ont aucun sens, difficiles à décoder. Puis il lâcha : « Mme, ton mari ne t’aime pas parce que tu es stérile. Ta coépouse te hait et veut te détruire avec un morceau de ton pagne, alors fais très attention, elle s’est rendue chez un sorcier. Pour être plus clair, je dois te dire que ton âme s’apprête à s’envoler. On t’a donné un mois « 30 jours » de vie, pas plus, pas moins et il te reste deux jours. Deux jours seulement pour voir le soleil se lever. »

« Quoi ? Elle a osé me faire ça, cette sorcière ! » S’écria Sali, ébahie. Oui elle est stérile et s’était maintes fois querellée avec son mari et sa co-épouse. A présent ses larmes lui mouillaient le visage. Son regard semblait vide de tout sens.

Comme si on venait de lui remettre son passeport pour un voyage sans retour ; mourir à 32 ans ? Elle si jeune, si belle, si joyeuse, la mort allait-elle l’engloutir de si tôt ? Toutes ses idées lui défilaient dans la tête comme une formule magique, comme une incantation.

Le jeune homme, lui, se réjouissait intérieurement. Il avait su faire saigner le cœur de sa victime. Le reste n’était qu’une affaire de paroles mielleuses.

« Calmez-vous Mme ! Je peux vous aider, j’ai dans mon sac une bague qui vous permettra de goutter aux joies de la maternité. Une autre qui vous protégera et fera en sorte que votre mari n’appartienne qu’à vous seule. Mais, je ne peux pas vous les livrer en pleine rue. Venez avec moi. Démarrer la moto… ». Ils roulèrent 20 minutes et le moteur s’éteignit, loin des yeux indiscrets.

Sali s’apprêtait à descendre quand, d’un violent coup de poing, le jeune l’envoya au sol. Sali se retrouva alors le nez dans la poussière. Elle essaya de se relever, mais il se mit à la rouer de coups. L’escroc disparu avec la Crypton neuve. 900 000 FCFA venaient ainsi de s’envoler. Espérons pour Sali qu’un jour l’agresseur tombera dans les filets de la police.

En attendant, disons que ces problèmes sociaux lui ont obstrué l’esprit au point qu’elle a manqué de vigilance face à cette nouvelle race d’escrocs qui envahissent nos villes étudiant les habitudes et la vie de leurs victimes avant de passer à l’action.

A bon entendeur, salut !

Kibsa KARIM | L’Hebdo

21 aout 2007