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La Banque Européenne d’Investissement (BEI) projetait de vendre aux enchères publiques, le 27 mai prochain, des équipements ‘’saisis » sur FITINA SA pour se faire rembourser un peu plus de 3 milliards de F CFA qu’elle a prêtés à cette entreprise en 2001. Une ordonnance, prise par le Tribunal de Commerce de Bamako, le 6 mai dernier, devrait empêcher la réalisation de ce projet.

Reprenant une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) datée du 25 avril 2008, à 22 h 20, RFI en avait fait ses choux gras aux premières heures du samedi 26 avril :

« La Banque européenne d’investissement (BEI) a indiqué avoir « rappelé un prêt » d’une valeur de 3,7 millions d’euros à une société malienne de production de coton, FITINA, dans laquelle M. Hamed Sow, ministre malien de l’Energie a eu des intérêts. Une procédure très rare, a précisé un porte-parole de la BEI…

« La BEI envisage une action civile ou pénale en France et au Mali, a ajouté cette source…

« L’institution avait accordé fin 2001 un prêt à FITINA pour l’achat d’équipement mais l’entreprise est soupçonnée par l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF) d’avoir acheté des machines moins chères à une société en France pour empocher la différence… »

Hé bien ! On n’aura pas attendu longtemps pour voir s’enclencher le mécanisme de récupération de cette créance. En effet, à la requête de la BEI, les équipements « saisis » sur la société dénommée Fils et Tissus Naturels d’Afrique (FITINA) seront mis aux enchères, le mardi 27 mai 2008, à 9 h du matin et jours suivants s’il y a lieu, par devant Me Aly Dioro Cissé, commissaire-priseur à la résidence Kati, Koko-Plateau. (Voir ci-contre l’avis de vente mobilière daté du 8 mai dernier).

Seulement voilà ! Cette vente aux enchères pourrait ne pas avoir lieu pour la raison suivante : le Tribunal de Commerce de Bamako, réagissant favorablement à une requête présentée par FITINA-SA, a pris l’ordonnance n° 296-08 datée du 6 mai, qui suspend toutes « les poursuites individuelles des créanciers de la société dans les conditions et avec les effets prévus aux articles 8 et 9 de l’AUPC« .

En tête de liste de ces créanciers, figure la BEI dont le montant de la créance se chiffre à 3 246 756 253 Fcfa. Elle est suivie de la BNDA (2 144 628 000 F CFA) la BOAD (1 006 335 979) la CDV (526 291 580) la BSIC (383 004 472) SAM ZAE HEIDEN OUEST (321 312 973) TEXWAY ZAE HEIDEN OUEST (267 312 973) BATEMBAL ZAE HEIDEN (226 605 221) EDM-SA (96 634 722) GASPARD CONSULT (59 515 720) AMTECS INTERNATIONAL(56 865 115) MAERSK LINE (18 637 924) SIBAGEC (15 000 000) SDV (5 268 502).

S’y ajoutent les arriérés de salaires (50 000 000) les indemnités de licenciements (25 464 395) les arriérés de cotisations dues à l’INPS (16 600 000) les taxes et impôts dûs à l’Etat malien (35 480 597).

Au total, ce sont quelque 8 à 9 milliards de francs CFA que FITINA SA doit à divers créanciers aussi bien au Mali qu’à l’étranger.

Première observation qui s’impose: la BEI, si elle est la principale créancière, est loin d’être l’unique créancière comme la dépêche de l’AFP, reprise par RFI, donne à le penser.

Deuxième observation: ce n’est pas parce que M. Hamed Sow ‘’a des intérêts » dans FITINA SA ou que les équipements destinés à celle-ci ont été acquis à une valeur inférieure au montant alloué par la BEI que cette banque a décidé de récupérer les fonds qu’elle a injectés dans l’entreprise malienne comme s’évertue à le faire croire la dépêche de l’AFP.

La BEI veut récupérer son argent, à l’instar de toutes les autres banques, maliennes et non maliennes et de divers fournisseurs, parce que FITINA SA a failli, à peine sortie de son cocon. Elle avait été créée, en effet, pour fournir 40 % de sa production de fil de coton à une entreprise qui devait être implantée en Côte d’Ivoire voisine et qui n’a jamais vu le jour du fait de la guerre qui a éclaté au pays de Houphouët-Boigny, en septembre 2002.

Toujours à cause de la même guerre, les 60% de la production de FITINA SA, qui devaient transiter par le port d’Abidjan à destination de l’Ile Maurice, n’ont jamais pu être acheminés.

Il fallait leur faire prendre un détour plus long par le port de Dakar et, après plusieurs péripéties liées à l’état du chemin de fer reliant le Mali et le Sénégal et à l’engorgement du port de Dakar, quand le fil arrivait enfin à Maurice, il n’était plus bon à être utilisé. Résultat: FITINA SA perdit très rapidement ce marché capital, ce qui signa son arrêt de mort.

Par ailleurs, le Tribunal de Commerce de Bamako a désigné M. Serge Lepoultier, expert comptable agréé auprès des Cours et Tribunaux du Mali, pour dresser un rapport sur la situation économique et financier de FITINA-SA et ses perspectives de redressement.

C’est probablement à la lumière de ce rapport que des décisions seront arrêtées relativement aux montants et aux modalités de règlement des créances.


Saouti HAIDARA

12 Mai 2008