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« Un coup d’épée dans l’eau » ! C’est ainsi que réagit la majorité des artistes et producteurs rencontrés par rapport à la saisie de 20 000 cassettes par le Bumda. Une opération uper médiatisée comme un grand coup dans le réseau des pirates. « Vingt mille cassettes ! Ce n’est rien par rapport à l’ampleur du crime. Les charretiers continuent à dupliquer nos œuvres au vu et su de tout le monde. Les petits vendeurs de cassette et d’albums piratés circulent en toute impunité dans la ville. Et le Bumda veut nous prouver qu’il est en train d’agir », souligne une jeune artiste. Au même moment combien de tonnes de produits piratés sont entrées dans le pays dans des conteneurs ? Quel sort sera réservé aux pirates arrêtés ? Quelle est l’incidence de ce coup d’épée sur la lutte ?

Autant de questions que nos interlocuteurs n’ont pas manqué de nous poser.
A l’analyse, on ne peut que leur donner raison. Parce qu’il est de notoriété publique que 9/10 des cassettes vendues au Mali sont contrefaites. Et le pays consomme en moyenne 10 millions de cassettes par an dont 9 millions piratées.

Lorsqu’on fait l’opération, on voit que la saisie de 20 000 œuvres illégales est vraiment insignifiante pour être brandie comme un trophée de guerre. Elle ne vaut pas le coup de l’ampleur médiatique qu’on lui a donné. Ce n’est pas d’ailleurs le genre de réaction que les artistes et les producteurs attendent du Bumda, mais plutôt des actions inopinées, vigoureuses, efficaces, mais discrètes.

C’est de cette manière que cette structure chargée de la protection des artistes et de leurs droits ainsi que des autres acteurs culturels peut réellement prouver son engagement contre ce vol organisé avec de nombreuses complicités. Et surtout on sait que la saisie est circonstancielle et que, comme d’habitude, elle a moins de chance d’être suivie d’autres actions d’envergure.

A chaque mouvement de colère des créateurs, le Bumda agit ainsi pour les calmer. Après, plus rien. « Nous en avons marre de cette propagande stupide et ironique. Nous attendons des actions concrètes du Bumda. Nous voulons des saisies régulières, nous exigeons que les pirates arrêtés répondent de leur crime avec la dernière rigueur… », souligne un producteur de la place.

Au Bumda maintenant de faire ses preuves pour convaincre ses protégés de sa bonne foi et de sa volonté d’assainir le marché. Surtout que les forces de sécurité sont mises à leur disposition pour les besoins de la cause.

Moussa Bolly

30 Mars 2005