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Même si officiellement, il n’est pas reconnu que le Sahara malien regorge de pétrole, le voile se lève peu à peu sur les résultats des prospections qui sont dites prometteuses. Dans l’expectative générale de voir le Mali entrer dans le cercle restreint des pays producteurs de pétrole, la zone saharienne de notre pays vit entre la misère et les rivalités dictées par la nouvelle géopolitique. Dans cette partie du pays, les populations vivent dans de conditions climatiques hostiles où l’enclavement exacerbe l’insécurité alimentaire. Les ressources naturelles résiduelles sont loin de pouvoir fournir aux populations leur subsistance. Ces conditions difficiles constituent des menaces d’abord pour les habitants de la région, ensuite pour l’intégrité du pays. L’irrédentisme qui s’était développé au Nord n’avait-il pas trouvé sa justification dans ces questions socioéconomiques ? Le gouvernement a en tout cas pris la mesure du danger qui guète le pays.

Pour faire face à la situation, un projet de
17 milliards de F Cfa vient de voir le jour. Mais ce geste n’est qu’une goutte d’eau dans le désert malien.

Pendant que les nordistes prennent leur mal-vivre en patience, les antagonismes géopolitiques ont tendance à se déplacer chez eux.

Les prises d’otage opérées dans la région y ont conduit les efforts anti-terroristes américains. Depuis sa base de commandement européenne, l’armée américaine, dans sa politique sous-régionale de lutte contre les fidèles d’Al Qaïda, lance des opérations ponctuelles au Nord du Mali.

C’est dans ce cadre qu’a été initié « Pansahel initiative », opération de contre-terrorisme dans les pays du Sahel.
Ce programme fut suivi de plusieurs autres actions militaires dont Flintlock en 2005.

Au-delà de leur côté officiel d’exercices militaires auxquels prennent part les pays concernés, ces initiatives contre terroristes ont permis de donner un coup d’arrêt à la tentative d’expansion des terroristes salafistes se repliant d’Algérie.

Dans l’imaginaire des Américains, comme chez beaucoup de Maliens, le Nord du Mali est susceptible de virer à tout moment dans le désordre, surtout terroriste. La misère et le chômage pourront être en effet, les causes d’un éventuel basculement de la région dans le terrorisme.

Beaucoup de jeunes ex-combattants n’ayant pas été intégrés se sont tournés vers le banditisme et le trafic d’armes. L’un des voeux des américains est de lutter contre le trafic inter-Etats dans la bande sahélienne. Mais lutter contre cette activité comporte des risques que les gouvernants ne sont pas prêts à affronter.

Ces risques sont en réalité liés à la porosité des frontières, ce qui rend difficile les contrôles. Au-delà de ces bruits de bottes, il y a comme une certaine émulation entre les puissances intervenant dans le domaine du développement.

De nombreux projets financés par l’Usaid travaillent dans le Nord Mali. Mais en dehors des américains, le septentrion malien ne manque pas de nouveaux prétendants.

Récemment la Libye a programmé l’investissement de plusieurs centaines de millions de dollars.
Le projet du Guide libyen, quoique polémique, vise à corriger son image et de prendre le devant des américains dans la lutte contre le terrorisme, qu’il mène à sa façon.

Dans ce contexte géopolitique incertain, les populations du Nord attendent avec inquiétude la venue du pétrole. D’où le conclave récent des arabes du Mali à Gossi, les 6 et 7 mai 2006.

Cette rencontre est en réalité le reflet de la lecture que les habitants font de l’atmosphère qui règne dans la région. La course de positionnement en cours n’a pas échappé au flair des arabes qui s’inquiètent que leurs affaires commerciales ne puissent pâtir d’un éventuel trouble.

En réaffirmant leur attachement à la nation malienne unifiée, les arabes ont choisi leur camp dans un jeu d’intérêt économique et géopolitique qui ne dit pas son nom. Pourvu que la raison l’emporte !

Ismaïla Diarra

12 mai 2006.