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La France est de nouveau sur un terrain qui fut le sien pendant un très long siècle. Néanmoins, le Sahara dans lequel elle se trouve projetée cinquante ans après l’avoir quitté n’est plus cette vaste étendue de solitude aride et déserte séparant le Maghreb du reste de l’Afrique.

Aujourd’hui, les distances ne se comptent plus en mois de caravanes et Tombouctou l’inaccessible a cessé d’être la Mystérieuse. L’or et le sel n’attisent plus l’intérêt du voyageur. La drogue et les cigarettes, comme autrefois les esclaves, sont les marchandises maudites qui animent cet espace de nouveau interdit.

Mais comme par le passé, le vernis de la religion a fait irruption sur ces longues routes du commerce pour mieux les asservir. Les hommes de foi ont du se réfugier dans l’ombre des mosquées et ce sont des hommes de guerre qui dictent des règles étrangères.

A l’indépendance, les nomades du désert furent associés, parfois contre leur gré, à des peuples qui ne partageaient pas la même approche de l’existence. En effet, si le paysan est le gardien de l’immobilité de son champ, le nomade, le seul reste l’accompagnateur de son troupeau.

L’incompréhension mutuelle n’en fut que plus profonde et l’exil resta, pour les nomades, le seul moyen de fuir le carcan meurtrier des nouveaux Etats. Les grandes sécheresses des années 1970 qui ont roussi le Sahel ont aussi poussé les Touaregs à sortir de leurs univers de liberté et l’irruption de leurs animaux dans les cultures de leurs voisins a fait émerger d’anciens ressentiments.

Et, de nouveau, la misère les a poussés à rejoindre leurs compagnons d’infortune en Algérie et en Libye où les camps de réfugiés, les allocations et l’enrôlement dans les armées mercenaires ont remplacé le troupeau et la paix du campement.

Les révolutions arabes n’ont pas eu chez eux de résonnance politique. Minoritaires, les Touareg ne pouvaient qu’en saisir les opportunités. Et c’est avec les armes du Guide libyen déchu qu’ils sont revenus dans leur patrie perdue, le rêve de la liberté au bout du fusil.

Bien accueillis au Niger qui avait tiré les leçons du passé, leur retour dans un Mali en pleine usure politique et morale fit surgir de nouveaux démons. Voulant éviter Charybde par une déclaration d’indépendance qui amputait la moitié du territoire malien, ils tombèrent sur Scylla, se révélant impuissants à contenir les islamistes.

Entraînés par des compatriotes que l’exil avait rendus aveugles à leur passé humaniste et prestigieux, ils les suivirent dans un combat dont l’échec était la seule issue. Et dans un dernier revirement, ils se mirent à la disposition de l’intervention occidentale pour gagner cette liberté qui ne cesse de leur échapper telle une poignée de sable entre les doigts.

Loin d’être un espace figé, mais caisse de résonnance du monde qui l’entoure, le Sahara a toujours été une région en crise. Ses conquérants, leurs illusions avalées par l’immensité, n’ont pu y installer de pouvoirs durables. Mais les Sahariens sont toujours là, développant des stratégies de survie pour s’adapter à une nature versatile et implacable.

Que peut offrir une région pauvre comme le Sahel à des populations revenues d’un long exil dans des pays au niveau de vie plus élevé ? Peut-on rattraper les erreurs commises dans le passé ? Le Sahara ne peut échapper ni à sa géographie ni à son histoire.

Source : Le Sahara : Histoire, Guerres et Conquêtes

L’Inter de Bamako du 26 Août 2013