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Le 7 juillet dernier, des jeunes avaient occupé l’usine imposant l’arrêt du travail pendant près de 16 heures.Vendredi 16 juillet. Il est environ 12 h 30. Le village s’est réveillé depuis des heures de sa torpeur matinale. L’appel du muezzin avait du mal à se faire entendre. Les nombreux fidèles pressaient le pas pour retrouver la grande mosquée du village en vue d’accomplir leur devoir religieux. Les ruelles et autres coins de rencontre se transformèrent en des endroits bruyants. La bonhomie d’usages des villageois et les salutations que s’échangeaient les gens ne laissait entrevoir aucun problème majeur dans la localité. À la mine, le climat n’était pas moins détendu.

Les va-et-vient incessants du personnel entre les bureaux, les bruits assourdissants des gros engins sur le chantier ne souffraient d’aucune ambiguïté : la paix régnait ici ! Mais il faut, cependant, un incident bénin, pour mettre en branle toute cette cohésion sociale. À Sadiola cela est plus qu’une certitude. Les événements du 7 juillet dernier le prouvent à suffisance.

Ce jour là, à 2 heures du matin, la petite localité bascula dans la violence. Un groupe de jeunes agissant au nom de la jeunesse de la localité s’emparent de la mine. Ils érigent des barricades sur toutes les issues de la mine empêchant les travailleurs de sortir ou de se rendre sur leurs lieux de travail.

Alertée, la gendarmerie de Kayes se transporte sur les lieux. Elle éprouve d’énormes difficultés pour calmer l’ardeur des frondeurs. La violence va occasionner d’importants dégâts matériels : un véhicule de la gendarmerie brûlé, une dizaine de blessés légers aussi bien du côté des jeunes que parmi les forces de l’ordre et environ 16 personnes interpellées parmi lesquelles les premier et deuxième adjoints au maire. De l’avis général, cet incident constitue une première depuis l’installation de la Société d’exploitation des mines d’or de Sadiola (SEMOS).

Dix points de revendications.

Un déficit de communication serait à l’origine de la violence. Tout serait parti d’une lettre dans laquelle les jeunes avaient formulé un certain nombre de revendications pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Les jeunes gens exigent le paiement des primes de transport et de logement à tous les travailleurs sans exception sur la mine. Une injustice de ce fait serait réglée selon eux. Puisque les non ressortissants de Sadiola bénéficient de cet avantage. La société soutient que la convention d’établissement n’accorde la prime de transport et de logement, qu’aux seuls travailleurs non ressortissants de Sadiola.

jpg_mine-sadiola.jpgCette exigence des populations constitue une violation des règlements intérieurs de l’entreprise, justifie le directeur général de la Semos, et de la mine d’or de Yatela, Dr. David Renner. Les frondeurs exigent également la majoration du quota de recrutement du personnel non qualifié de 30 à 40 % de jeunes locaux à la mine et à la clinique. Ils fustigent l’absence d’un plan de carrière au sein de l’entreprise et exigent la mise en œuvre d’une étude sur l’emploi et le chômage ; le respect des règles culturelles et coutumières de la zone, le respect de l’environnement ; la reprise sans condition des agents de la clinique licenciés.

À ces revendications s’ajoutent deux exigences essentielles : le renvoi pur et simple du directeur des ressources humaines, Mamadou Sidibé et de la responsable de la clinique, Mme Linda Davidson. Le premier se serait rendu coupable du licenciement de nombreux travailleurs. L’autre est à l’origine de ce qui a failli être un désastre écologique. Elle serait la cause de la mort d’un millier d’oiseaux et autres insectes dans les environs.

Elle avait par inadvertance, raconte Dr. William Bannerman, responsable du département du développement durable à AngloGold Ashanti pour l’Afrique de l’ouest, déversé dans les égouts des eaux usées de la mine, une quantité d’insecticides périmés utilisés jadis dans la lutte contre une épidémie dans la région. Les produits devaient normalement être détruits par la quantité d’eau drainée par la canalisation.

Malheureusement, ce jour là, il y avait une insuffisance d’eau pour neutraliser la toxicité du produit, explique William Bannerman, tout en qualifiant l’incident d’accident de travail qui peut arriver à tout le monde. Selon le directeur général de la Semos, David Renner, les agissements des jeunes sont d’autant plus inacceptables que sur les dix points de revendications, huit avaient déjà fait l’objet de discussion entre la mine, les populations et les autorités administratives et locales.

Mais s’il y a un point sur lequel la Semos reste intransigeante : le licenciement de son directeur des ressources humaines. Une revendication jugée sans objet par la société. « La Semos-sa a le droit de gérer son personnel sans aucune pression extérieure », rappelle-t-il

250 Millions de FCFA de pertes.

La Semos, indique son directeur général a fait montre de bonne foi en reprenant cinq travailleurs licenciés parmi les sept personnes qui avaient été remerciées à la clinique. Les deux personnes restées sans emploi ont reçu de la Semos une indemnité d’un million de Fcfa et la promesse d’assurer le transport de leurs familles de Sadiola à leur nouveau lieu de travail partout sur le territoire national. Une proposition qui n’avait pas convaincu les jeunes qui conditionnèrent la poursuite des négociations à la reprise sans délais et sans condition de leurs camarades.

La situation n’est pas sans issue pour la Semos. Selon son directeur général, la société a entamé les pourparlers pour satisfaire les jeunes. Un comité de conciliation regroupant le sous-préfet, le maire, les représentants des jeunes et des femmes, les notabilités a été mis en place. Pour le maire de Sadiola Mamoudou Macalou, le problème ne serait pas arrivé si les différentes parties s’étaient donné la peine de s’écouter. « Je pense que cette situation est imputable à un manque de communication. Nous avons toujours privilégié le dialogue depuis le début de cette crise.

Nous avons exprimé notre position lors de plusieurs rencontres. Mais j’avoue qu’on n’a pas été entendu par les jeunes. Où va-t-on quand les administrés n’écoutent plus leurs élus ? C’est vraiment déplorable », regrette Mamoudou Macalou. Le sous-préfet de Sadiola, Amadou Gassabé abonde dans le même sens pour exprimer toute sa consternation face à l’acte des jeunes. « 

Nous sommes dans un État de droit maintenant. Rien ne se règle par la violence. Il faut à tout prix privilégier le dialogue quelles que soient les circonstances », prône-t-il. Son avis est également partagé par son chef hiérarchique. « Nous devons faire en sorte que de comportements de ce genre ne reproduisent plus. La rue ne doit et ne peut gérer la vie à la mine, au risque de créer un précédent qui pourrait contaminer d’autres mines », avertit le préfet de Kayes, Adama Kansaye, ajoutant que les interpellations n’ont pour but que de respecter la procédure d’une enquête ouverte pour situer les responsabilités. Il a rendu hommage à la Semos pour ses efforts en faveur du développement de la commune et ses environs.

La société aurait injecté plus de 300 millions de Fcfa dans le développement local. Elle a octroyé environ 200 millions de Fcfa à la commune comme contribution au développement communal et construit et équipé 15 salles de classe au profit de la commune. Pendant la récente Coupe du monde de football, la société avait installé des écrans géants pour permettre à la population de Sadiola de suivre les rencontres. Pour le moment, le calme est revenu. Mais déjà, la Semos fait ses comptes : plus de 250 millions de Fcfa de pertes en terme de production d’or à cause de l’arrêt du travail dans la mine pendant près de 16 heures.

Lassine Diarra

L’Essor du 20 Juillet 2010.