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Par deux fois, en 2006 et 2007, la police nationale du Mali a été épinglée par les organismes de contrôle de l’UEMOA pour la fluidité de la circulation sur les axes routiers, d’être la plus corrompue de la sous-région. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un tollé général chez les syndicats de police nationaux qui ont crié au scandale et à la calomnie.

Mais il est difficile de nier l’évidence. La récente rencontre du ministre de la sécurité intérieure et de la protection civile, le général Sadio Gassama, avec les policiers dans la cour de l’école nationale de police, n’est pas le fruit du hasard.

Elle fait suite à des plaintes déposées par les transporteurs de bétail sur l’axe Bamako-Dakar qui s’insurgent contre le paiement de 2000 à 5000 F Cfa à chaque poste de police, de gendarmerie ou de douane.

Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Les « sotramas » constituent la clientèle préférée des agents de la circulation routière. Entre eux, il y a une entente tacite qui consiste pour le chauffeur, au coup de sifflet, à verser 500 francs au policier pour qu’on le laisse tranquille le reste de la journée.

Ce n’est plus le “churofin” mais le “kiléfin” puisque cet argent est donné au vu et au su de tous les usagers. Gare à celui qui va se plaindre car, dans un commissariat, la solidarité est sans faille entre policiers. Et personne ne veut prendre le risque d’aggraver son cas.

Même les motocyclistes sont rançonnés pour peu que votre peccadille soit jugée un cas pendable. Ne parlons pas de la violation quotidienne des droits humains dans les commissariats.

Pour un rien on vous met au violon ou à la garde à la vue. Ouvrez la bouche et le policier hurle : “vous la bouclez ou je vous enferme”. Toutes ces intimidations ne visent en fait qu’à vous soutirez de l’argent. En tout cas, sachez qu’on vous jugera au faciès et selon la lourdeur de votre poche.

On espérait que de la rencontre du ministre Sadio Gassama avec les policiers, les Maliens ne se sentiraient plus étrangers sur leur propre sol. Il n’en sera rien et l’image du policier racketteur a encore de beaux jours devant elle.

Car Sadio Gassama n’est pas un général qui abandonne ses troupes au milieu du guet même s’il reconnaît qu’il y a des brebis galeuses dans la maison. N’a-t-il pas dit aux députés de ne pas jeter le bébé (la police) avec l’eau du bain ?

On est si conforté dans cette thèse qu’à l’école nationale de police, il n’a pas tenu un discours ferme. Il s’est contenté, comme s’il voulait se débarrasser d’une corvée, d’inviter ses agents à respecter les droits humains dans les commissariats et tisser un partenariat fécond avec la population. Pas de récompense pour le mérite ni de sanction pour les gaffes et encore moins d’avertissement.

Nous le ferons à sa place en saluant les efforts de l’épervier du Mandé qui, contrairement aux policiers qui sont de mèche avec les malfrats, lutte pour éradiquer le grand banditisme dans la capitale. Et la commissaire Ami Kane pour son combat pour débarrasser nos moeurs de toutes leurs impuretés.

A eux deux, ils redorent le blason de cette auguste institution qu’est la police nationale dont la mission essentielle consiste à protéger les personnes et leurs biens et non à plonger dans les eaux troubles de la magouille.


Mamadou Lamine Doumbia

28 Mai 2008