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Après avoir réussi à libérer nuitamment les auteurs présumés du saccage de la mosquée de Kénénkoun, le Tribunal de première instance de Koulikoro, en charge du dossier reporte les audiences .

Kénenkoun : l’évocation du nom de ce village situé à une cinquantaine de kilomètres de Koulikoro dans le Méguetan, rappelle la triste journée du 13 janvier 2008. Ce jour-là, la nouvelle mosquée en chantier a été cassée par une partie de la population farouchement opposée au projet.

De même, Kénenkoun fera date dans les annales de la justice de notre pays. Territorialement compétent pour connaître de l’affaire, le Tribunal de première instance de Koulikoro a été saisi courant janvier pour entendre les présumés auteurs de la démolition. Mais dès lors, la machine judiciaire de Koulikoro semble être grippée.

Pour une affaire dont les présumés coupables sont identifiés, le Tribunal de Koulikoro paraît aujourd’hui dans l’incapacité de les faire comparaître encore moins de prononcer une décision à leur encontre. Le Tribunal a décidé de faire jouer le chrono dans cette procédure qui, s’il elle avait été diligentée allait être vidée depuis longtemps.

Enrôlé pour depuis janvier, le dossier a connu trois reports successifs. Le premier report est intervenu le 29 janvier, le deuxième le 19 février et le dernier report date du 4 mars dernier.

Pour le premier report, le juge a pris la responsabilité sur lui de renvoyer le dossier lorsque les conseils de la défense ont plaidé pour l’obtention de la liberté provisoire de leurs clients.

Séance tenante, il a décidé du principe du report mais a fermement opposé une fin de non recevoir à la demande de liberté provisoire. Et que les accusés vont garder la prison jusqu’à la prochaine audience prévue le 29 janvier.

Liberté provisoire en catimini

Le président du tribunal a trouvé les moyens d’accorder, en catimini, la liberté provisoire à un premier groupe de 5 accusés. Il s’agit de Bakary Kané, Abdoulaye Kané, Souméila Kané, Sidi Kané, Bayoussou Kané et Fodé Kané. Par la suite, il a étendu sa grâce aux autres : Kagnou Kané, Mamadou Kané, Teté Kané, Modibo Kané, Bagnini Kané, Bachaka Kané, Ba Kokéba Kané, Boukaba Kané, Bakolé Kané, Badama Kané, Bayama Kané, Ténèbaby Touré…

L’audience prévue le mardi 5 mars, a été de nouveau reportée au 15 avril sous l’ordre du président du tribunal au motif qu’il a été tenu responsable de la libération provisoire des accusés. Or, selon lui, il n’en est rien. Il persiste et signe qu’il n’a accordé la liberté provisoire à qui que ce soit.

Une allégation contre laquelle, des habitants de Kénenkoun, qui ont effectué massivement le déplacement au tribunal mardi s’inscrivent en faux. A les en croire, ceux qui ont attaqué la mosquée au nez et à la barbe des populations circulent à ce jour librement dans le village de Kénenkoun comme si nous sommes dans un Etat d’impunité.

Pourquoi étouffer un procès dans lequel les présumés auteurs ont été reconnus ? quel intérêt le juge a, en traînant le dossier ? les auteurs de la casse sont-ils plus des Maliens que les autres ? veut-on étouffer une affaire connue du grand public ?

Des questions qui méritent réponses.Surtout qu’en aucun moment, aucun argument juridique n’a été avancé pour expliquer ces nombreux reports. La présence dans le village des accusés sans qu’ils ne soient entendus ne fera qu’accentuer le sentiment de frustration, de révolte chez la partie victime qui attend de la justice l’application de la loi dans toute sa rigueur.

S’il est vrai qu’il est loin de la justice toute idée d’étouffer cette affaire, il urge pour elle de statuer et de prononcer un verdict. Il y va de son image et de l’intérêt des parties concernées. Qui ne se souvient pas de l’affaire de Yéréré (région de Kayes) où pour une histoire de mosquée, les populations se sont entretuées.

Mohamed Daou

06 mars 2008.