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Dans notre parution du 27 mai 2014 sous le titre, « Le Ministre de l’Education met les bouchées doubles » nous avons émis des réserves sur la capacité du Ministre de l’Education Nationale, Mme TOGOLA Jacqueline Marie Nana à bannir de l’école malienne, certaines pratiques frauduleuses. Notamment, les fuites ou ventes de sujets. En effet, la dernière tournure des événements nous a donné raison. Car en plus de l’examen du DEF, marqué par des fuites de sujets, le baccalauréat a failli connaître le même sort ,poussant le Ministre a changé tous les sujets à la dernière minute. Qu’est ce qui peut être à la base de cette situation désastreuse ?

Les épreuves du DEF et récemment celles du Baccalauréat ont fait l’objet de fuites de sujets. Si ces fuites lors du DEF ont été aperçues comme moins graves, par contre celles du baccalauréat resteront longtemps gravées dans la mémoire des maliens. Car c’est l’ensemble des sujets qui ont fait l’objet de fuite concernant cet examen, le plus populaire au Mali.

Selon certaines sources, tous les sujets du baccalaureat circulaient dans la ville de Bamako comme dans beaucoup de localités ailleurs depuis la soirée du lundi 9 juin. Soit à peu prés 24h avant les épreuves. Cette situation a obligé le Ministre de l’Education à prendre certaines mesures comme le changement de tous les sujets du baccalaureat à la dernière minute. Cette mesure a été précédée par la suspension du Directeur du Centre National des Examens et Concours de l’Education (CNECE), Bakoni Ballo de ses fonctions.

Il faut cependant souligner que cette mesure du Ministre Jacqueline Mari Nana de changer tous les sujets à la dernière minute n’est pas restée sans effet sur le bon déroulement des épreuves. Le ministre a dû elle-même rester jusqu’à 2h de matin dans son bureau avec l’équipe chargée de changer les sujets pour éviter d’autres fuites éventuelles de sujets.

Si les candidats du centre « Mamadou Sarr » de Lafiabougou ont eu la chance de débuter les épreuves à 9h en présence de Mme le Ministre, par contre ceux de certains centres n’ont eu accès à leurs premiers sujets qu’aux environs de 14h pour terminer avec les deux matières de la première journée jusqu’à 21h.

Le ministre était aussi,mardi matin devant les membres de la Commission chargée de l’Education de l’Assemblée Nationale pour les éclairer de la situation. Elle a fait écouter à ces élus chargés de l’éducation, le son enregistré d’un entretien téléphonique d’un réseau spécialisé dans la fuite des sujets avec la complicité bien évidemment de certains proches du Ministre, bientôt tous démasqués.

L’ampleur de la situation donne à réfléchir. D’aucuns, n’hésitent pas à évoquer le scénario d’un complot ourdi pour faire échouer le ministre. D’autres estiment qu’il s’agit tout simplement d’un règlement de comptes entre des loups tapis dans l’ombre au sein du département et le ministre.

Le début de ce problème à en croire de nombreuses sources, serait du vague de changements opérée par le ministre depuis son arrivée à la tête de ce département très sensible. Selon elles, si certaines nominations pouvaient être justifiées, par contre d’autres pas. D’où l’analyse de ce doyen qui a vécu 30 ans dans ce secteur.

Aujourd’hui, chef de division. « Le département de l’éducation est un secteur très sensible dont la prudence est recommandée dans certaines décisions », a-t-il souligné. Et d’ajouter que depuis l’arrivée de cette dame à la tête l’éducation, elle n’a fait que ramer dans le sens contraire d’où le mécontentement général dans le milieu des « gens saignants » explique t-il.

Par le fait qu’elle a remercié beaucoup de cadres très expérimentés surtout à quelques mois seulement de ces examens en les faisant remplacer par des cadres moins expérimentés dans l’organisation de ces examens. Prenant pour exemple, il évoque la vague de nominations de plusieurs Directeurs de Centres d’Animation Pédagogique (CAP) ainsi que beaucoup de Directeurs d’Académies d’Enseignement (DAE) faite par le ministre.

Il pense que ceux-ci peuvent être à l’origine de la détérioration de la situation. A cela s’ajoute son discours provocateur lors du démarrage des examens. Beaucoup n’ont jusqu’à présent pas compris le pourquoi de leurs suspensions, a-t-il conclu. Si cela s’avère vérifié, le ministre serait donc victime de son propre coup de fouet qui est retourné contre elle-même.

Par conséquent, elle doit revoir sa mode de gouvernance qui passe nécessairement par la maîtrise de valeurs individuelles de chacun. Histoire de ne pas mettre dans le même panier tout le monde. N’empêche, ceux qui sont responsables de ce sabotage doivent être sanctionnés avec la dernière rigueur pour servir de leçons à d’éventuels fraudeurs.

Du côté des promoteurs d’écoles qui ont porté le gros coup dans les accusations de Mme le Ministre. Ce promoteur réplique en ces termes : « C’est très insensé de généraliser les accusations ».

Pour lui, toutes les écoles privées ne cultivent pas le gain facile. Qu’il serait prêt à affronter toutes les sanctions, contrairement à certaines écoles privées dont les propriétaires sont des conseillers techniques et autres cadres du département. « Ce sont eux mêmes qui encouragent ces fuites » a-t-il indiqué.

Et d’inviter, Mme la ministre d’aller chercher les vrais responsables, au lieu d’accuser tout le monde. Il va encore plus loin en soulignant qu’à la veille des examens, la cour du département se vide de son personnel. Car ils sont pratiquement choisis tous (même des plantons) pour être des chefs de centres, souvent.

« Dans mon école, celui qui a été désigné comme le chef de mon centre, ne savait même qu’il avait été choisit. On était obligé de lui remplacer par quelqu’un pendant un bout de temps avant qu’il ne se présente » révèle- t- il.

Une chose est sûre, ces fuites de sujets renforceront certainement ce sentiment de méfiance que certains pays de la sous région ne cessent de porter aux diplômes maliens.

Modibo Dolo

Tjikan du 13 Juin 2014