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Dans notre société, la tradition cède peu à peu la place à la modernité. Toutes les communautés de notre société se modernisent et se développent sous l’influence de la culture étrangère. Les téléfilms étrangers et les CD importés participent à asseoir cette influence étrangère dans nos familles urbaines comme rurales.

jpg_a-3.jpgLe cliché européen de l’incompatibilité d’humeur entre belle-mère et belle-fille a semé le trouble dans de nombreux foyers. L’autorité sans faille des beaux-parents qui maintenait les jeunes mariés sous une permanente tutelle s’émousse de jour en jour.

Nos pratiques ancestrales exigent une soumission de rigueur aux beaux-parents dont l’autorité morale était doublée d’un devoir de protection envers leur progéniture. C’est ainsi que l’approvisionnement en condiments et en savon incombait à la belle-mère. Au grand dam des nostalgiques, cette Afrique-là est en train de disparaître.

Les rapports conviviaux se font de plus en plus rares dans les familles. Les jeunes couples aspirent à plus d’autonomie. Ils sont de plus en plus nombreux à « s’arracher » dès les premières semaines de leur mariage, au cocon familial.

Et s’en vont loin des parents, loin de cette cohabitation paternaliste qui semble les étouffer. Cette soif de liberté ou d’individualisme a fait naître un nouvel esprit qui porte sur l’expression du moi, de l’autonomie personnelle.


Propos injurieux

Dans ces conditions, le fils devient très vite chef de famille au même titre que son père. Au lieu d’atténuer la discorde entre belles mères et brus, l’éloignement contribue parfois à tendre davantage leur relation.

Pourtant à l’arrivée de la nouvelle mariée, elle a les meilleures relations avec sa « buramuso ». Mais très vite l’affection tourne, dans la plupart des cas, à la mésentente et aboutit des fois au divorce. Pour incompatibilité d’humeur entre la belle mère et sa bru.

L’histoire que nous vous proposons aujourd’hui n’en est pas arrivée là heureusement. La principale héroïne s’appelle Mah. Elle vit à Sogoniko avec son époux. Dans la même concession vivent la mère de son époux de même que les coépouses de celle-ci et leurs enfants.

jpg_a2-2.jpgDeux mois seulement après son mariage, Mah révéla son vrai visage à toute la famille. Elle tenait au quotidien des propos injurieux à l’égard de ses belles-sœurs et autres membres de la famille. Dérisions, moqueries…, bref Mah ne manquait pas d’armes pour rendre la vie difficile dans la famille.

Sa belle-mère est devenue son ennemie jurée. Les avertissements de son propre mari n’y ont rien changé. Le dimanche dernier, Mah s’est réveillée très tôt le matin et s’est mise à chanter et à lancer des propos de dérision à la cantonade.

Son mari étant en mission, l’occasion était donc bonne pour elle de s’adonner à son sport favori : rendre invivable l’atmosphère familiale. La mère de son époux sortit de sa chambre et lui demanda de laisser les gens dormir.

Elle ignora superbement la sommation de sa belle-mère et continua avec son spectacle. Aux environs de 6 heures, elle brancha la radio dans la cour et mit une K7 de sa cantatrice préférée Babani Koné. Au morceau qui décrit la « mauvaise belle-mère« , elle mit le son à fond et continua à chantonner et danser. Et lançait de temps en temps de graves injures. Le tapage était insupportable.

Agacée, la plus jeune sœur de son époux vint demander à Mah de diminuer un peu le volume de sa radio. « Si tu as bien été allaitée par ta maman viens toucher à la radio », répondit Mah avec véhémence. La jeune fille rentra dans sa chambre et enfila une culotte avant de venir éteindre la radio.

Mah fonça sur sa belle soeur. Celle-ci la terrassa et lui donna une bonne correction. Alertés par les éclats de voix, les voisins se précipitèrent dans la concession pour délivrer Mah des griffes de sa petite belle-sœur.

La riposte

Après cette belle correction Mah regagna sa chambre la radio sous l’aisselle. Aux environs de 8h30, comme elle ne sortait toujours pas de sa chambre, sa belle-mère se rendit au marché pour acheter les condiments pour le repas du jour. A peine sa belle mère s’était-elle éloigné que Mah revient à la charge. Elle sortit dans la cour mit la radio à fond. Comme si cela ne suffisait pas elle se mit à chanter de plus belle et de proférer des insanités.

Au retour de la belle-mère du marché, l’animation battait son plein. Sans prêter attention au spectacle orchestré par sa belle-fille, la vieille se dirigea vers la cuisine pour y déposer les condiments. Au moment où elle triait ces condiments, Mah vient devant elle et lança sans vergogne : « Tu peux préparer la nourriture pour ton fils, mais tu ne pourras jamais devenir sa femme ». Malgré la gravité des propos, la vieille ne répondit pas.


L’indifférence de la belle-mère irrita l’impolie qui se jeta aussitôt sur celle-ci

jpg_v.jpg « Ta fille m’a frappée, mais moi c’est sa mère que je vais corriger », disait-elle en frappant la mère de son époux. Les cris de détresse de la vieille alertèrent les autres membres de la famille qui étaient toujours couchés. Comme il fallait s’y attendre, les belles-soeurs de Mah volèrent au secours de leur mère.

Une bataille rangée éclata. Malgré l’intervention de voisins, Mah passa un mauvais quart d’heure.
Incorrigible et belliqueuse Mah pensait déjà comment se venger. Aussitôt sortie des griffes des belles-soeurs, Mah sauta dans un taxi pour se rendre chez ses parents.

Elle revint deux heures plus tard avec un Sotrama remplie de ses frères et sœurs. La première à descendre du véhicule fut la grande sœur de Mah. Celle-là est sans doute plus mal éduquée que sa cadette. Elle commença par lancer des insanités aux vieilles personnes de la maison. Si vous êtes des femmes sortez.

Je pensais que vous aviez du cran, mais rien de tout cela disait-elle. Mais la doyenne de la famille sommera tous ses enfants de ne pas répondre aux provocateurs.

Alertés encore une fois de plus par le brouhaha des injures, les voisins sortirent massivement pour dissuader les agresseurs. Une foule compacte s’est formée pour déloger Mah et ses parents.

Les beaux-parents et les voisins sommèrent les frères et soeurs de Mah de récupérer ses affaires. Inutile de dire qu’ils ne souhaitent plus la revoir dans leur famille. Mais la décision finale appartient au mari de Mah. Va t-il la répudier ou demander à ses parents de la pardonner ?

Bien malin celui qui pourra deviner la réaction du mari de Mah.


Doussou DJIRÉ

L’Essor du 05 Janvier 2009