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jpg_une-69.jpg L’homme parvint à convaincre sa compagne qu’il n’était pas dogon et continua à la draguer.

Alors que les deux tourtereaux continuaient à bavarder le banc céda sous leur poids. La femme vit en cela un avertissement et demanda à nouveau à son visiteur de la laisser tranquille. Mais c’est compter sans l’envie qui tenaillait le jeune homme. Très beau parleur, il parvient une fois de plus à ôter les doutes de l’esprit de la femme et à l’entraîner chez lui. Une petite chambre située non loin de l’endroit où ils étaient assis.

Arrivés dans la chambre, ils prirent place sur le lit de l’homme qui se brisa en deux, affirment ceux qui prétendent «avoir vu des témoins de la scène». Ce qui accentua le doute de la femme et elle le lui fit savoir. Pour toute réponse le jeune homme la poussa sur une natte et la débarrassa de ses habits. Il se serait jeté sur elle comme un loup affamé. Après avoir assouvi sa libido il voulut se relever. Mais hélas il ne le put. La mort dans l’âme, la femme lui aurait reproché de l’avoir trompée. Conséquence: ils sont condamnés à mourir collés l’un à l’autre. Le dogon chercha par tous les moyens à se libérer mais en vain. Ce sont les cris de la femme qui ont fini par alerter les voisins.
La foule de curieux et de badauds devenant de plus en plus nombreuse, les gendarmes auraient ont été informés par un homme qui craignait que les deux malheureux ne meurent asphyxiés. Les hommes du lieutenant Alassane Samaké se seraient rendus sur place pour extirper le couple du regard des curieux et le placer à l’hôtel Mofou. Tout cela est raconté avec des détails tellement précis qu’on aurait dit que les auteurs du récit avaient été témoins de la scène.

Une invention

La rumeur avait commencé à courir mercredi dernier. Le lendemain, la boite de nuit de Kalabancoro a été envahie par de nombreuses voitures et des badauds qui voulaient tous voir le couple. Le tenancier alerta la gendarmerie qui arriva pour essayer de comprendre de quoi il s’agissait. Après avoir écouté l’histoire les hommes d’Alassane Samaké procédèrent à la fouille de toutes les chambres en présence de certaines personnes supposées être dignes de confiance. Mais les pandores ne trouvèrent rien de ce qui faisait courur les gens. Cela ne calma pas pour autant la curiosité de la foule. Elle se dit que les gendarmes avaient bien vu les amoureux collés, mais qu’ils ne voulaient pas les laisser entrer. Ils continuèrent à assiéger la boîte de nuit. Les gendarmes furent obligés de demander du renfort pour ne pas laisser saccager ce centre culturel privé. Car certains malveillants avaient pris de l’argent à des naïfs en leur faisant croire qu’une fois les gendarmes partis, ils leur feraient voir l’incroyable histoire du dogon et de la bozo.

L’histoire nous est parvenue dans la nuit du samedi à dimanche. Nous avons été sceptiques parce que convaincus que cela relève du réchauffement d’une légende comme cela arrive périodiquement dans notre société. Mais sur la persistance de la rumeur nous avons décidé de nous rendre à la gendarmerie pour la vérifier. Il était très précisément 22 heures 10 quand le gendarme de permanence nous reçut après avoir vérifié notre identité. Une fois rassuré, l’adjudant chef de permanence nous donna le numéro de téléphone de son chef, le lieutenant Alassane Samaké. «Ce n’est pas vrai. C’est une invention, une rumeur dont nous ne parvenons pas à trouver le point de départ. Nous sommes obligés de sécuriser le Mofou pour que les badauds n’essaient de le saccager pas parce que certains parmi eux pensent que nous sommes en train de leur cacher la vérité. En plus, il y a des personnes malhonnêtes qui profitent de la situation pour prendre de l’argent à des curieux naïfs en leur promettant de leur montrer le couple en question», signala le gendarme.

A la sortie de la gendarmerie, un homme qui a suivi notre conversation avec le lieutenant Samaké nous aborda pour dire que les gendarmes mentaient. La chose s’est bien passée le mercredi dernier et il était parmi ceux qui ont transporté les deux personnes collées jusqu’à l’hôpital Gabriel Touré, insista l’inconnu. Un appel au service des urgences du centre hospitalier universitaire nous permit de savoir que c’était un pur mensonge. «Nous n’avons pas encore reçu un tel cas….attendez je vais vérifier au niveau de la réception des urgences», nous dit le docteur chirurgien Gaoussou Sogoba. Quelques minutes plus tard, le praticien nous rappela pour démentir. «C’est faux, ce n’est pas arrivé chez nous».

A l’hôpital du point G non plus, les toubibs ont assuré n’avoir pas reçu des malades de ce genre. Idem pour le centre de santé de référence de la commune V. Toutes nos sources disent avoir entendu la même chose que nous sans pouvoir la vérifier.

Cette histoire rappelle celle que nous avions rapportée en 2002 dans cette même rubrique. A cette époque, une psychose s’était emparée de la ville. On racontait partout qu’un enfant albinos avait été trouvé mort amputé d’une partie de son corps pour les besoins de la campagne électorale. Les albinos et leurs parents avaient été pris de panique. Les plus petits étaient surveillés de près par leurs parents. Les hommes politiques étaient diabolisés dans les débats au niveau des grins de Bamako.

Pourtant ni au niveau de la police, ni dans les rédactions, personne n’était parvenu à trouver un seul cas.

G. A. DICKO

Essor du 29 octobre 2008