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Même si nous ne devrions rester que cinq personnes, nous allons continuer à porter haut le flambeau du parti RPM”. Par ces propos tenus le 24 Mai 2008, à l’occasion de la conférence régionale du Rassemblement Pour le Mali à Kita, Ibrahim Boubacar Kéita coupe court à toutes les rumeurs par rapport à une possible fusion de son parti avec un autre.

Des raisons qui semblent pousser l’ancien Premier ministre de Konaré à ne pas se débarrasser aussi vite de son sigle. A croire que celui qui a l’habitude de soutenir qu’on peut “vouloir une chose, on peut se battre pour une chose, mais Allah décide”, est en passe de devenir superstitieux. Parce que 2012 pourrait bien être différent de 2002 et 2007.

Sous la pression des rénovateurs qui, à l’époque, réclamaient la tenue d’un congrès extraordinaire, IBK démissionne de toutes ses responsabilités au sein du parti Adéma en marge de la conférence nationale d’Octobre 2000.

Le désormais ex-président du parti de l’Abeille -durant six ans, il cumulait les fonctions de Premier ministre et de chef du gouvernement- part en exil pendant au moins huit mois. Le 30 Juin 2001, accompagné de ses partisans, il fonde le Rassemblement Pour le Mali.

En 2002, IBK participe à sa première présidentielle. Il n’arrive que 3eme sur 24 candidats, donc ne participe pas au second tour du scrutin. Pour justifier sa défaite, le RPM devient le pourfendeur d’Alpha, accusé d’avoir truqué les résultats du premier tour de la présidentielle, pour récaler Ladji Bourama.

IBK dit à qui veut l’entendre qu’il avait bel et bien gagné, mais que le pouvoir a volé sa victoire pour la donner à ATT.

Dès fois, IBK dit aussi qu’il a cédé sa place de premier à cette élection, au profit d’ATT.

A l’époque, certaines personnes proches de lui voudraient qu’il appelle à la violence pour revendiquer une éventuelle victoire. Comme l’avait d’ailleurs fait son ami, Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire en 2000. Mais au lieu d’un scénario à l’ivoirienne, il appelle plutôt, au nom du RPM et de Espoir 2002, à voter pour ATT au 2e tour, contre Soumaïla Cissé.

Lors des législatives qui vont suivre, le RPM obtient 46 députés et devient le premier parti qui a plus de représentants que les autres au Parlement. L’Adéma, qui pouvait revendiquer cette place avec une cinquantaine, a malheureusement assisté au départ d’une vingtaine de ses députés pour l’URD.

Et IBK, dans le cadre du regroupement Espoir 2002, est élu président de l’Assemblée nationale.

Cependant, son compagnonage avec le Président ATT ne sera pas facile, étant donné que le RPM a toujours critiqué la gestion du pouvoir. A croire qu’il y avait un besoin de rupture de la part des rpmistes, pour se positionner par rapport à la présidentielle qui pointait à l’horizon.

L’alternance impossible en 2007

Ainsi, après une première tentative en 2002 soldée par un échec, le RPM misait gros sur 2007. Il annonce la couleur lors de son congrès de Janvier 2007, en investissant son candidat. Et le ton est devenu plus que jamais va-t-en guerre. Pour preuve, l’une des principales résolutions stipulait que “le congrès invite le parti à tout mettre en oeuvre pour réaliser l’alternance en 2007”.

Chez ses amis, le ton est plus que jamais dur. Et Amadou Baba Wagué, dans l’organe du parti, “Le Tisserand”, daté du 31 Janvier 2007, d’enfoncer le clou dans un papier intitulé “Présidentielle 2007 : nous gagnerons” , en écrivant : “Depuis le dimanche 28 janvier à 17 heures, voilà chose faite.


Le 2 ème congrès ordinaire du RPM, remarquable de par son organisation et sa mobilisation, a investi Ibrahim Boubacar kéïta comme candidat du parti aux prochaines présidentielles.

Qu’ils se détrompent donc, ceux qui pensaient que ces dernières seront une promenade de santé pour le sacre du bonapartisme ambiant Al Hamdullilah ! Allelua !

Mieux, après avoir lancé, avec boucan et fracas, “l’opération 3 millions de femmes pour IBK” , le RPM se rend compte qu’il lui faut des alliés. C’est ainsi que lui et d’autres mécontents du pouvoir fonderont le Front pour la Démocratie et la République. Objectif: réaliser l’alternance politique au Mali en 2007.

Le FDR est parti en rangs dispersés au scrutin, et comptait contraindre ATT à un second tour, pour pouvoir le battre.

Mais à la proclamation définitive des résultats par la Cour Constitutionnelle, le Président sortant est passé dès le premier tour du scrutin, face à ses sept adversaires. IBK, son principal adversaire, n’a pas 20% des suffrages exprimés, même s’il arrive 2eme. Ne parlons pas non plus des trois autres camarades du FDR, à savoir, Tiébilé Dramé du Parena, Mamadou Bakary Sangaré “Blaise” de la CDS-Mogotigiya et Soumeylou Boubeye Maïga de Convergence 2007.

Si les frontistes juraient de réaliser l’alternance en 2007, en chassant ATT de Koulouba, ce dernier les a tous humiliés électoralement dans leurs fiefs respectifs. Et après une tentative de vouloir contester les résultats, les opposants finissent par renoncer à tout acte de violence et se tournent vers les législatives.

A l’élection des députés, la participation du RPM a confirmé une double baisse estime. De 46 députés, le RPM n’obtient que 11. Parmi ces 11 députés, seul IBK est réélu. Et chacun se souvient des circonstances de la réélection d’IBK. N’eût été l’apport des autres partis, le jeune Moussa Mara l’aurait battu sans problème. D’ailleurs, malgré cet apport, la liste RPM l’a remporté devant celle du jeune Mara sur le fil.

Avec ces contre-performances électorales, nombreux sont les observateurs qui pariaient sur l’avenir d’IBK et de son RPM, étant donné que beaucoup de cadres et militants sont en train de faire leurs valises, soit pour rejoindre l’URD, soit pour retourner à l’Adéma. Malgré tout, le RPM doit-il, pour autant, signer sa mort politique? Est-il capable de rebondir devant l’Adéma et l’URD qui sont en train de ratisser large ?

Le rêve du RPM

Quand on sait qu’on est une créature de Dieu et qu’on est en démocratie ,et que les sorts, quels qu’ils soient , sont faits par les hommes, pas par une volonté unique, on doit être modeste, humble. Et pas comme jupiter, tenant du haut de l’Olympe, penser qu’on peut dire la loi et écraser (…) En tant que croyant, il est dit que l’avenir appartient à Allah Soubhana Watallah.

On peut vouloir une chose, on peut se battre pour une chose, mais Allah décide”, affirmait IBK au cours d’une grande interview accordée aux rédactions du “Nouvel Horizon” et de “Le soir de Bamako” dans la matinée du mercredi 12 Juillet 2000 chez lui à Sébénicoro.

Certes, IBK sait que c’est Dieu qui donne le pouvoir. Mais il reste convaincu qu’en démocratie, certaines circonstances peuvent amener certains acteurs à se demander si la prochaine fois ne serait pas la bonne. Sans faire de la superstition, qui sait si, après deux tentatives infructueuses, la troisième fois ne serait pas la bonne?

Au RPM, on pourrait être tenté d’y répondre par l’affirmative. Ce rêve pourrait venir du fait que le Président ATT a déclaré le 8 Juin dernier qu’il n’est pas concerné par un troisième mandat à la tête du Mali. Cette seule déclaration enlève l’épine du pied du parti du Tisserand, où on semble se convaincre qu’après ATT, aucun autre leader politique n’est en mesure de mobiliser les Maliens.

C’est dire que le RPM ne semble craindre ni Soumaïla Cissé et l’URD, ni l’Adéma. D’ailleurs, chacun reste convaincu que le parti de l’Abeille évolue vers une autre cassure due à l’impossibilité de gérer sa pléthore actuelle. A cela, il faut ajouter l’absence d’un vrai présidentiable qui peutfaire gagner le parti, quoi qu’il advienne.

Alors rassurés, IBK et camarades, au lieu de se lancer dans une logique de possibles retrouvailles avec l’Adéma, est plutôt sur le terrain en vue de remobiliser les troupes. Puisque des Rpmistes restent toujours divisés entre retourner à l’Adéma et rejoindre l’URD, deux partis qui n’ont pas le même agenda. Et avec l’annonce du Président sortant qui ne sera pas candidat, une fusion avec un autre parti ne saurait être l’option qui s’ouvre au parti du Tisserand.

En tout cas, pas une fusion avec l’Adéma, quand on sait que les propos d’IBK expliquent jusqu’à quel point il est sidéré par la “déloyauté” dont le PASJ fait montre envers le RPM. Pendant que Dioncounda Traoré et camarades nourrissent d’aller vers les retrouvailles, au même moment, ils sont en train de procéder à des débauchages tous azimuts dans les rangs de ceux qui doivent les rejoindre. Sans oublier le boucan et le coup médiatique qui s’ensuivent.

A ceux qui s’apitoient sur son sort politique, eu égard à sa baisse d’estime et celle de son parti, au sortir des dernières élections générales, IBK, de renchérir : “Sans aucune crainte, ni rancoeur, j’accepte, dans la dignité, le sort qui est aujourd’hui le mien…

C’est dire que l’homme s’est résolu à jouer son rôle d’opposant “déterminé à jamais à se battre pour lutter en faveur du développement du pays et de la prospérité de ses enfants”. A croire qu’il répond ainsi à l’exhortation du président du groupe parlementaire PARENA-SADI et non moins secrétaire général du PARENA : “IBK, vous avez géré ce pays avec dignité; l’heure est venue, pour nous, de s’opposer maintenant avec dignité” , a indiqué Me Amidou Diabaté.

Mais malgré le rêve, au RPM, on reste convaincu que la réussite de l’après-ATT, en 2012, passe nécessairement par les communales de 2009. Autrement dit, il faudrait que le parti apporte la preuve qu’il est capable de rebondir électoralement, afin de rassurer les plus hésitants et ceux qui commencent à penser que leur avenir politique passe par l’Adéma ou l’URD.

IBK et camarades sauront-ils faire mentir ceux qui pensent déjà que le RPM est définitivement enterré?


Oumar SIDIBE

23 Juin 2008