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La route Kayes/Yélimané (141 km) se trouve dans un état de dégradation avancée avec des ponts et radiers ravagés par l’eau de la rivière provoquant des accidents. Si rien n’est fait, la route va certainement faire parler d’elle. Que l’Etat ne joue pas aux sapeurs pompiers.

La route du développement passe par le développement de la route a t-on coutume de dire. Depuis l’avènement de la démocratie, les autorités s’attellent à la construction des routes urbaines et inter urbaines. Si les Maliens peuvent se féliciter des milliards investis dans la construction des routes, des inquiétudes demeurent quant à leurs entretiens.

Selon les experts, une route en bitume bien faite peut faire des décennies de vie. Aujourd’hui, tel n’est pas le cas. Les entreprises chargées de veiller à la bonne exécution se soucient peu de sa survie. Pour elles, l’essentiel est de voir du noir sur la couche de terre.

Malgré le milliard investi par l’Etat en 2006 pour sa réhabilitation, l’axe Kayes/Yélimané longue de 141 km est fortement dégradé. La construction de cette route en 2002 a été une bouffée d’oxygène pour les ressortissants du cercle de Yélimané.

Elle a fait prospérer les activités commerciales et de transports humains. La distance entre Kayes et Yélimané était parcourue en un temps record par les usagers. Cette voie n’est plus ce qu’elle était. Suite à l’hivernage de 2003, une bonne partie a été endommagée.

Parce que, l’entreprise en charge des travaux se serait très mal exécutée. Elle a fait, semble-t-il, à la hâte le bitumage sans tenir compte du terrain situé en grande partie dans une zone lacustre. L’étude technique pour son bitumage présentait, affirme-t-on des lacunes.

A l’époque après maintes interpellations du ministre en charge de l’Equipement et des Transports par l’Assemblée nationale, les travaux de réhabilitation ont commencé en juin 2005 et ont été confiés à l’entreprise Somafrec qui a exécuté les travaux.

Ils ont coûté plus d’un milliard à l’Etat malien. Les travaux confiés à l’entreprise Somafrec ont permis de multiplier les ouvrages de protection en construisant 15 nouveaux dalots et radiers et refaire les parties endommagées.

Moins de deux ans après, circuler sur cette route relève du parcours du combattant. En effet, sur la dizaine de radiers construits ou réparés, 5 ont été complètement emportés par les eaux de pluie.

Quatre ponts situés dans une zone marécageuse ont été emportés. Cette situation oblige les usagers à dévier dans la marre praticable seulement pour les véhicules 4X4 et pour les habitués de la route. Une situation pénible pendant la saison pluvieuse.

Village coupé du monde

Selon les usagers, en saison des pluies, les villages de Yélimané sont coupés les uns des autres « les radiers et ponts où est érigée la voie sont transformés en bras de fleuve », a témoigné un conseiller du chef de village de Sambaga.

A chaque occasion, les populations par la voie de leurs autorités coutumières et administratives ont toujours posé le problème. D’ailleurs, le chef de village de Kersignané/Kirané, Diaby Mody Traoré a soulevé la question devant le ministre de la Communication en visite dans la région la semaine dernière. A ses dires, « l’impraticabilité de la route pendant les périodes de hautes eaux, rend difficile le ravitaillement du village en vivres ».

En cette saison sèche, la route traverse des lits asséchés de rivières avec son lot d’accidents. Pour conduire sur cette voie, il faut être extrêmement prudent, sinon c’est pour aller se donner à la mort.

En effet, la voie est dépourvue de panneaux de signalisation indiquant le mauvais état de la route (ponts emportés, présence de ravins etc.) Ce qui aggrave la situation, c’est le stationnement sans signalisation des nombreux véhicules qui tombent en panne. Un phénomène qui provoque de nombreux accidents à longueur de journée.

Nonobstant la présence d’une multitude de structures chargées de l’entretien routier et la mise à disposition de 10 milliards de FCFA pour l’exercice 2007-2008 à l’Autorité routière, l’état délabré de nos routes continue d’être l’une des causes des accidents de la circulation. Selon l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga alias Pinochet, « l’essentiel n’est pas de construire une route mais aussi de l’entretenir ».

Le président de la République, lors de la fête du 8 mars a interpellé son ministre des Transports sur les nombreux cas d’accidents. ATT savait-il qu’il y a un tombeau ouvert sur l’axe Kayes/Yélimané ?

Amadou Sidibé

28 mars 2008.