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A propos des accords d’Alger et pour ceux qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes, on peut tout aussi adjoindre aux sophistes les alchimistes du moyen âge qui pensaient, sincèrement, que grâce à la pierre philosophale, ils pouvaient changer le métal en or massif.

Après les élucubrations des uns et des autres, on a à présent dépassé la question de savoir si le verre est à moitié plein ou à moitié vide. Il ne s’agit pas non plus de se livrer à d’éternelles discussions oecuméniques sur le sexe des anges.

Panier à crabes ou boîte de Pandore, les vrais faux accords d’Alger ont fait couler assez d’encre et de salive. Et on a fait sortir à l’occasion tous les diablotins de leur boîte. Prestidigitateurs, charlatans, charmeurs de serpent, chacun y est allé de son tour pour dire qu’il aime le Mali plus que tous les Maliens.

Pour ainsi dire que de Modibo à Alpha aucune décision politique n’a suscité tant de levées de boucliers, déchaîné les passions, ravivé les tensions. Fort justement parce qu’il s’agit d’une question de souveraineté et d’intégrité nationales. Or sur ce chapitre précis le cœur de chaque Malien bat la chamade. Alors, loin donc de nous les querelles byzantines car l’heure est grave. La patrie est en danger !

Mais qu’on ne s’y trompe guère. Le débat ne se situe pas entre partisans et adversaires des accords de la trahison signés à Alger le 4 juillet dernier. On assiste davantage à une bataille de tranchées entre pro-ATT et ceux qui dénoncent les accords. Car au fond, en son âme et conscience, aucun Malien digne de ce nom ne peut accepter d’avaler une si grosse couleuvre.

Aucun Malien n’est d’accord avec les accords d’Alger à commencer par ses signataires eux-mêmes. Et donc, forcement, quelque part, il y a anguille sous roche. On comprend les soucis de ceux qui font l’avocat du diable, à commencer par les députés de Bagadadji et les responsables politiques.

Les premiers, après avoir maugréé entre leurs dents et pesté contre les accords, ont fini par les adopter comme vérité d’évangile. Il en est de même pour les seconds qui, réunis sous le joug de l’Adema ou individuellement on a érigé des monuments à la gloire des comédiens d’Alger.

C’est vrai que les uns défendent leur pain, d’autres cherchent des places, d’autres encore ont peur des représailles. Aucun de ces gens là n’a consulté sur une question aussi gravissime sa base ou ses militants. Aujourd’hui au Mali la démocratie n’a plus de sens. Tout est décidé dans les salons feutrés de Bamako et dans les états-majors à coup de démagogie politique, d’hypocrisie et de mensonge.

A telle enseigne que les disciples de l’école des sophistes et de Merlin l’Enchanteur, les alchimistes du laboratoire central de la démocratie malienne, veulent chercher des pieds aux accords d’Alger comme ils en ont trouvé chez les anguilles. Chacun prêche pour sa chapelle dans un tintamarre assourdissant.

Ils sont conformes à la constitution, c’est la continuation du pacte national, clament les uns pendant qu’on est en train de diviser le pays en deux pour faire plaisir à une bande de forbans. Des bons samaritains de la paix ont même pris leur plume pour dire que ces accords sauvent le Mali de la catastrophe et que c’est notre dernière chance. Apocalypse now !

En réalité les accords inapplicables d’Alger sont pires qu’une victoire à la Pyrrhus où à la première alerte on est allé courber l’échine devant une bande de maîtres chanteurs. Les Goebbels qui défendent la propagande officielle (et non les accords) savent pourtant, comme l’a dit Corneille que « quelque grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes« .

Et aux acteurs d’Alger on peut rappeler cette phrase de Hegel, à savoir que « l’histoire nous apprend que l’homme n’apprend rien de l’histoire« . Ceci est une prophétie de la Pythie de Delphes qui sonnera bientôt le tocsin à l’oreille de certains de nos dirigeants. Laissons le temps au temps, aimait à dire François Mitterrand.

Mamadou Lamine DOUMBIA

03 août 2006.