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La cabale avait commencé bien avant l’intrusion des militaires sur la scène politique c’est-à-dire au moment même où les différents candidats à l’élection présidentielle s’apprêtaient à descendre dans l’arène dans une sorte de campagne avant la lettre.

Ainsi au cours de leurs meetings certains responsables politiques ne cachaient guère leur ferme volonté de barrer la route de Koulouba à Modibo Sidibé. Le crime de Modibo Sidibé, c’est d’être un candidat indépendant. Or, à part l’intermède ATT qu’ils ont suivi comme des moutons de panurge aucun indépendant, disent-ils, ne doit plus franchir le seuil du palais présidentiel. Les candidatures indépendantes, affirment-ils, c’est la négation des partis politiques. . Rien donc d’étonnant à ce que avant même l’ouverture des hostilités certaines grandes formations comme l’Adema et l’URD aient entamé des conciliabules secrets pour mettre Modibo hors jeu dès le premier tour. Le maire de la Commune IV, Moussa Mara, n’oubliera pas de si tôt le coup monté de toutes pièces qui l’a fait chuter dans l’abîme au deuxième tour des législatives de 2007 alors qu’il était en balottage favorable face au mandemansa.

C’est ce scénario catastrophe qui a été concocté depuis belle lurette pour abattre l’enfant du Wassoulou. Il ne faut pas se faire d’illusion, même avec le report des élections il reste toujours dans la lunette de visée de ses adversaires politiques. Pire, le complot a pris une autre dimension avec son arrestation à deux reprises par la junte militaire cependant même qu’il n’est plus aux affaires. Désormais chacun y va de ses commentaires et de ses phantasmes. Ce qu’on peut désormais appeler l’affaire Modibo Sidibé est devenu le bon filon. Ici il y a à boire et à manger. Plumitifs et écrivassiers s’en donnent à cœur joie. A force d’intox et de manipulations, c’est devenu un conte de fée.

Certains racontent que lors de son arrestation à domicile, on a trouvé des dizaines de milliards de francs CFA c’est-à-dire plus que dans la caverne d’Ali Baba. D’autres disent qu’il a acheté et parqué des centaines de 4X4 dans son champ en prévision de sa campagne sans se rendre compte que, paradoxalement, l’homme de l’initiative riz est le plus mauvais disciple de Bakary Togola.

De commisération en affabulation d’autres encore y voient le dauphin caché d’ATT. Celui-ci l’aurait sorti de la primature pour lui donner le temps et les moyens de se préparer. Le hic est que l’ancien président n’est plus aux affaires et dans ce cas Modibo orphelin se retirera-t-il de la course ? Même l’annonce de sa candidature a fait l’objet de suspicion. Ira ? N’ira pas ? C’est vrai que le suspens a failli tuer l’enjeu tout comme l’enjeu tue le jeu mais n-a-t-il pas au finish mouillé le maillot en rase campagne ? Contrairement à d’autres qui avaient volé auparavant en hélico au dessus des nids de misère, il a avalé plein de poussière sur des routes cahoteuses.

Après plus de vingt ans de bons et loyaux services dans les hautes sphères de l’Etat, l’ancien super flic connu pour sa discrétion légendaire mérite assurément, comme tout autre, de rêver de monter au septième ciel. Surtout qu’à ces paliers supérieurs il a eu le temps d’amasser un bon butin de guerre à la sueur de son front. Koulouba n’étant pas une loterie il ira comme tous les autres concurrents par monts et par vaux, escaladera des pentes abruptes, affrontera des ennemis mortels…

Le problème n’est pas de savoir à qui profite le crime mais jusqu’à quand durera la farce.

La course à l’élection présidentielle n’est pas un théâtre de matamores. Aussi, comme le disait Voltaire au lieu de jeter des cailloux dans le jardin d’autrui, mieux vaut balayer devant sa propre porte.

La chasse aux urnes ne doit pas faire place à la chasse à l’homme. Le code de conduite des partis politiques n’est plus qu’un chiffon de papier. Mille cornues alambiquées !

Mamadou Lamine DOUMBIA

16 Avril 2012