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Lors de la profanation du tombeau des Askia par les vandales de l’Azawad, les jeunes de Gao s’étaient farouchement opposés, au prix du fouet, à cet acte de bellicisme horrible. Cette image surréaliste nous rappelle la barbarie du mollah Omar faisant voler en éclats les Bouddha géants d’Afghanistan.
Tout un peuple avait alors vite cru au début d’une « intifada » telle qu’organisée depuis des années par les jeunes lanceurs de pierres de Gaza contre les soldats de Tsahal armés jusqu’aux dents et les colons juifs de Jérusalem.

Hélas ! Il fallut vite déchanter car l’idée de la naissance d’une résistance populaire face à l’occupation n’a été qu’un feu de paille. Or tous les patriotes maliens, avec ou sans l’autorisation des autorités légitimes, comptaient sur ce noyau insurrectionnel pour monter au front affronter les rebelles. C’est la faute à Zapata et Trinita, Mao et Castro, Lénine et à l’absence d’une conscience patriotique bien ancrée dans les cœurs et les esprits. La vue des pères fouettards qui flagellent et coupent les bras pour cause d’application de la charia a fini par semer l’effroi au sein d’une jeunesse non enturbannée et privée des libertés essentielles.

Il est pourtant un fait incontestable dans l’histoire : on n’offre jamais la liberté à un peuple sur un plateau d’argent. Celui-ci doit se battre, y compris au prix de son sang, pour briser les chaines de la servitude. Sachant cela, Salomon, en sa sagesse infinie, disait qu’il y a deux choses qui mettent le monde sens dessus dessous : c’est l’esclave devenu roi et un sot qui s’empiffre de nourriture. Sous l’occupation nazie, les résistants français, sous la direction de Jean Moulin ont posé des actes héroïques sinon suicidaires, allant jusqu’à pousser les Allemands dans leurs derniers retranchements, sabotant les convois de ravitaillement ennemis, coupant les lignes de communication pour isoler les troupes du commandement et cela jusqu’à la libération totale de la France.

Plus loin, dans l’antiquité, on ne peut passer sous silence la bravoure de Spartacus, Bergerthrace, soldat déserteur repris et vendu comme esclave, il s’évada d’une école de gladiateurs de Capoue entrainant avec lui un petit groupe de compagnons qui formèrent bientôt le noyau d’une armée de 30 000 puis de 100 000 esclaves en révolte. Cette armée battit plusieurs fois les légendaires légions romaines avant d’être matée par Crassus dans un combat où Spartacus trouva la mort. La répression, qui s’abattit alors sur les vaincus, fut impitoyable : 6000 prisonniers furent crucifiés sur la route de Capoue à Rome.

Autre temps, autres mœurs, il semble, à la lumière de l’actualité, que nos dirigeants n’ont rien compris sens de l’histoire. La première gaffe de Dioncounda Traoré a été, une fois installé à l’hôtel du Golfe (Salam) de se précipiter dans les bras du MNLA à Nouakchott. Il ne pouvait que s’en retourner les mains vides avec en plus plein de couleuvres à avaler. Jusqu’à son installation dans son bunker troué de Koulouba (diable qu’est ce qui lui a pris d’aller si vite en besogne) de cet incident le président intérimaire ne pipera mot au peuple malien. Son tout puissant premier ministre (doté pourtant des pleins pouvoirs) semble, lui aussi, du moins a priori, abonder dans le sens du dialogue.

Dans ses récentes déclarations à Ouaga et Abidjan, il a indiqué qu’il y a plusieurs options pour récupérer les territoires occupés comme pour balayer d’un revers de la main toute intervention des troupes de l’ECOMOG. Conséquence, trois mois après sa nomination (il ne lui en reste plus que neuf) il navigue à vue contrairement à la NASA, il tâtonne, il fait du sur place, appelle à la rescousse les partis politiques de façon désespérée après les avoir soigneusement dédaignés. A l’heure actuelle aucun Malien ne peut dire avec certitude ce que le gouvernement est en train de faire pour bouter les bandits armés hors des 2/3 du territoire national.

Partout c’est l’indignation et une colère continue. Le peuple malien est meurtri dans sa chair et dans son âme. A part quelques chantiers chinois qui tournent au ralenti sur nos routes (vivent Mao et le liste rouge), le pays est sous perfusion. Même les amis américains du spationaute sont fâchés. Ils l’ont plusieurs fois fait savoir par la voix du département d’Etat. Le Mali étant soumis à un embargo international sans nom (même en dehors de celui de la CEDEAO) on se demande de quelle marge de manœuvre mais surtout de quelles ressources dispose le PM pour opérer le réarmement moral et matériel de nos troupes.

A défaut de doter l’armée nationale d’une capacité opérationnelle suffisante, le revers de la médaille c’est le dialogue. A l’heure actuelle toutes les preuves sont réunies que le dialogue a atteint ses limites. De Moussa à ATT en passant par Alpha, tous ont passé leur vie à négocier. Ça n’a jamais été qu’un marché de dupes car ayant toujours profité aux bandits armés pour mieux se réarmer. Au demeurant que peut-on négocier avec des hors-la-loi ? L’indépendance de l’Azawad ? La laïcité de la république ou même l’autonomie des régions du nord ?

Impensable. Comme le dit Mao, il ne faut pas voir l’arbre et non la forêt. Nos dirigeants étant des adeptes de la politique de l’autruche, il faut les mettre en garde de pactiser avec le diable et a fortiori de lui vendre notre âme comme ce fut le cas entre Méphisto et le Docteur Faust. Un leader religieux, exaspéré, a dit qu’on a trop parlé et qu’il faut agir. A cela il faut ajouter que nos frères du nord ont autant sinon plus besoin de liberté que de nourriture dont il est sûr au moins que la moitié est détournée par des bandits. Etant un peuple à terre, nous n’avons plus assez d’orgueil à revendre, comme l’a dit fort justement Iba N’Diaye, pour nous passer des troupes étrangères même si elles « touchent des per diem et violent nos femmes » (dixit une certaine Sanogo).

Mamadou Lamine Doumbia

L’Indépendant du 25 juin 2012.