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Le Comité central du parti communiste de l’Union Soviétique était composé de plus de trois cents apparatchiks dirigés par une troïka composée du secrétaire général du parti, du chef de l’Etat et du président du conseil (premier ministre). Cette pléthore était néanmoins proportionnelle à l’immensité du territoire et au nombre assez élevé de la population car l’URSS ne comptait pas moins de quinze Républiques fédérées et trois Républiques autonomes couvrant une superficie totale de plus de 22 millions km2 pour une population de plus de 300 millions d’habitants.

Le Mali est un nabot comparé à l’ancien empire des tsars mais dans ce pays un parti politique, l’Adema, a trouvé les moyens de mettre sur pied un comité exécutif digne d’un parti communiste. Avec un effectif de 80 membres, le comité exécutif de l’Adema sera même envié par les Chinois et les Nord-Coréens. En dépit du remplacement de la faucille et du marteau (signe de labeur) par une abeille solitaire, le présidium de la Ruche nous donne une forte reminiscence du parti-Etat et du parti unique.

En fait, sans aucune justification ou sous le prétexte de former un grand rassemblement d’hommes et de femmes, il y a eu beaucoup d’appelés et beaucoup d’élus. On a voulu arranger tout le monde sauf ceux qu’on ne voulait pas arranger. Aujourd’hui, ce parti est devenu un fourre-tout à force de débaucher chez les autres. Ce qui fait aussi sa force mais il y a le risque qu’il se transforme en une immense tour de Babel où chacun parle son propre langage sans comprendre celui des autres.

Des frères égarés aux dissidents repentis en passant par les politiciens hara kiri qui ont sabordé leur parti pour se faire une place au soleil, la coupe Adema est pleine à ras bord mais on est encore loin de l’objectif recherché, à savoir la reconstitution de la grande famille.


Au demeurant, après l’échec de la révolution de palais menée par Iba N’Diaye pour mettre l’abeille en chef hors-jeu, y avait-il vraiment nécessité de faire appel à un si grand nombre en gonflant artificiellement un effectif déjà pléthorique ?

On sait, depuis belle lurette, que Dioncounda Traoré est passé maître dans l’application de la politique des deux poids, deux mesures. Il excclut du Comité exécutif Seydou Traoré, le ministre des criquets tout en réintégrant El Madani Diallo.

Le premier mérite sans doute son sort mais pas le second. Au premier rang des défenseurs de la candidature d’ATT à l’élection présidentielle de 2007, l’ancien secrétaire politique de l’Adema s’était mis, ces derniers temps, en marge des activités du parti. Sans doute déçu par sa sortie du gouvernement, il était davantage devenu un militant zélé du mouvement citoyen qu’un responsable du parti de l’abeille. En politique aussi, on ne récolte que ce que l’on sème. La présidence de la CENI sera d’une piètre consolation pour un homme qui a été déboussolé dans son fief de Ségou.

El Madani Diallo, qui a retrouvé son poste de secrétaire aux affaires économiques, est un transhumant politique indécrotable. L’homme n’hésite pas à marcher allègrement sur les textes du parti au gré de ses caprices. D’abord candidat à l’élection présidentielle de 2002 contre Soumaïla Cissé, en 2007, il rejoint le Front pour la démocratie et la République.

En outre, que signifie la promotion inconsidérée de Sékou Diakité qui, de son poste de secrétaire à la communication, se hisse au rang de deuxième vice-président de l’Adema ? Un esclave devenu roi peut mettre le monde sens dessus dessous. Même Boubèye a brûlé les étapes à cause de la bienveillance de son ami Dioncounda Traoré.

Il devait d’abord passer au purgatoire après avoir été sanctionné pour indiscipline et travail fractionnel.
Enfin, pour caser tout le monde, on a même créé des postes fictifs car certains secrétaires ont jusqu’à trois adjoints.

A présent, Dioncounda peut jubiler à la vue de cette immense basse-cour remplie de toutes sortes de volatiles surtout qu’il a pu sauver son fauteuil. Tant et si bien que la moutarde lui monte au nez dans la perspective de la reconquête du pouvoir par l’Adema en 2012. Surtout que ATT est empêché de rempiler à cette date. Et cette ivresse le pousse inconsidérément à vendre la peau de l’ours avant de l’avoir mis par terre.

Mamadou Lamine DOUMBIA

12 Novembre 2008