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En vérité et en son intime conviction, il sait que ce n’est ni l’un ni l’autre. En effet, depuis que le président a annoncé son départ des affaires, ce n’est plus la ruée sur l’or à Koulouba. N’empêche que de façon générale, un scepticisme total entoure les intentions présidentielles. Si certains estiment que la promesse d’ATT est un vœu pieux parce que l’habit ne fait pas le moine et que l’appétit vient en mangeant, d’autres pensent que derrière l’agneau se cache le loup et redoutent le règne d’un Tandja bis au Mali. En tout cas, la polémique est loin de prendre fin alimentée par cette velléité de révision constitutionnelle clairement affichée par le locataire de Koulouba.

Pourtant, qu’on y croit ou qu’on n’y croit pas, personne ne veut être surpris par la nouvelle donne. A commencer par les ouailles du palais qui, à l’annonce de la « mauvaise nouvelle », ont paniqué ne sachant pas bien à quelle sauce, demain, ils seront mangés. Chacun prépare ses valises tout en ayant un pied dedans, un pied dehors. Personne ne veut aller à l’orphelinat de la pension du palais. Ces enfants gâtés de la République ont bien des raisons de se cacher à l’ombre du maître. Ils battent le haut du pavé, ils ont presque tout eu à défaut du paradis et ils n’entendent plus ramper ventre à terre. Un dieu ne descend pas sur terre.

Forcément donc ceux qui aspirent monter à leur place sur la colline du pouvoir ont la tête ailleurs, surtout que les échéances approchent à grand pas. Le temps de la courtisanerie est terminé surtout que chacun a eu sa part du butin. ATT a partagé le gâteau conformément aux termes convenus avant la pêche. Cette atmosphère de fin de règne à Koulouba consacre nécessairement la fin d’un gentleman agreement. Sont aussi loin derrière nous les meetings de soutien à ATT pompeusement organisés par l’Adema et le MPR au temps de la tentation. Bien sûr que chacun jouera sa partition jusqu’au bout pour ne pas paraître ridicule.

Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt, on assiste actuellement à une campagne sournoise dans la perspective des élections de 2012. L’Adema n’a jamais fait mystère de son intention de reconquérir le pouvoir à cette date. Craignant la foudre de son bienfaiteur Soumaïla Cissé depuis Ouaga, joue au chat et à la souris alors que même le dernier crétin du Mali sait qu’il figure sur la première liste des présidentiables. Les principaux ténors de la scène politique avancent n’importe quel prétexte pour se lancer à la conquête du pays profond : tournée annuelle du président, remobilisation des troupes, renouvellement des structures. Par exemple, le député de Sikasso, Ousseini Guindo, a avalé en quelques mois plus de kilomètres que tous les politiciens du Mali réunis. Certains tentent crânement leur chance mais on sait que dans le lot les rêveurs sont légion. Pendant ce temps, des émissaires sont envoyés dans la brousse pour connaître les oracles de la Pythie de Delphes. Passera ? Passera pas ? Entre faux marabouts et vrais escrocs, les politiciens se font plumer comme des canards sauvages.

Plus concrètement, l’ADP (ou ce qu’il en reste) n’a même plus le temps de courir derrière ATT. On l’a su depuis l’affaire du maudit Code des personnes et de la famille. Assiégé par les islamistes qui voulaient lui ôter son turban, le président, très amer, avait déclaré : « je ne me suis jamais senti aussi seul ». Où s’étaient-ils donc terrés, ces vrais faux amis qui se comportent comme Tartarin de Tarascon à la chasse ? ATT lui-même commence à prier : « O Dieu, protège-moi de mes amis , mes ennemis, je m’en charge ».

A moins que Diane Séméga ne prenne des vessies pour des lanternes, si l’ADP court derrière ATT, ATT fuit l’ADP. Fin d’une alliance électoraliste.

Mamadou Lamine DOUMBIA

02 mars 2010